‹ Principaux chapitres et extraits des "assais";Chapitre 194 sur 479 · Serré, gêné par la difliculté · texte numérisé non relu

Serré, gêné par la difliculté

du texte.

De la torture*.

C'est une dangereuse invention que celle des géhennes-, et semble que ce soit plutôt un essai de patience que de vérité. Et celui qui les peut soutFnr cache la vérité, et celui qui ne les peut souffrir 5. Car pourquoi la douleur me lera elle plutôt confesser ce qui en est qu'elle ne me forcera de dire ce qui n'est pas? Et, au rebours, si celui qui n'a pas fait ce de quoi on l'accuse est assez patient pour supporter ces tourments, pourquoi ne le sera celui qui l'a fait, un si beau guerdon^ que de la vie lui étant proposé? Je pense que le fondement de cette invention vient de la considération de l'effort de la conscience'^ : car, au coupable, il semble qu'elle aide à la torture pour lui faire confesser sa faute et qu'elle Fan'aiblisse^; et, de l'autre part, qu'elle fortifie l'innocent contre la torture. Pour dire vrai, c'est un moyen plein d'incertitude et de danger^ : que ne dirait-on, que ne f«rait-on pour fuir à® si grièves douleurs?

Etiain innocentes co^it nientiri dolor^.

1. Cette éloquente protestation resta à peu près isolôe au xvi' siècle et même au xvii*. Au xvm', Beccaria, Montesquieu, Voltaire s'élèveront avec plus d'éner{^Me encore que Montaigne contre le barbare usaj^e de la question, qui ne sera aboli en Fiance que le W octobre 1789.

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