‹ Principaux chapitres et extraits des "assais";Chapitre 215 sur 479 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

richesque j'y trouve semées, et que tous les fruits de mou cru ne les sauraient payer*. De ceci suis-je tenu de répondre : si je m'empêche moi-même*; s'il y a de la vanité et vice en mes discours, que je jie sente point, ou que je ne sois capable de sentir en me le représentant; car il échappe souvent des fautes à nos yeux; mais la maladie du jugement consiste à ne les pouvoir apercevoir lorsqu'un autre nous les découvre. La science et la vérité peuve4it loger chez nous sans jugement; et le jugement y peut aussi être sans elles : voire la reconnaissance de l'ignorance est l'un des plus beaux et plus sûrs témoignages de jugement que je trouve^. Je n'ai point d'autre sergent de bande à ranger mes pièces que la fortune* : à même que^ mes rêveries se présentent, je les entasse; tantôt elles se pressent en foule, tantôt elles se traînent à la lile. Je veux qu'on voie mon pus naturel et ordinaire, ainsi détraqué^ qu'il est; je me laisse aller connne je me trouve : aussi ne sont-ce point ici matières qu'il ne soit pas permis d'ignorer et d'en parler casuellement et témérairement '^. Je souhaiterais avoir plus parfaite intelligence des choses; mais je ne la veux pas acheter si cher qu'elle coûte. Mon dessein est de passer doucement, et.non laborieusement, ce qui me reste de vie : il n'est rien pourquoi je me veuille rompre la ti^^te, non pas^ pour la science, de quelque grand prix qu'elle soit.

Je ne cherche aux livres qu'à m'y donner du plaisir par un honnête anuisement : ou, si j'étudie, je n'y

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