‹ Principaux chapitres et extraits des "assais";Chapitre 248 sur 479 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Les sens nous trompent constamment (nombreux exemples « d'erreurs et d'incertitudes dans leurs opérations ») ; s'ils trompent notre intelligence, ils sont à leur tour trompés par elle, car nos sentiments influent sur leur témoignage. Les animaux ayant certains sens plus subtils que les nôtres, ne serait-il point légitime « de les appeler au conseil », et qui nous dit que ces sens porteraient sur les objets le même témoignage que les nôtres? Ceux-ci sont parfois même en contradiction les uns avec les autres. Nous ne percevons les objets que par eux et ils accommodent peut-être les objets à eux; nous ne percevons donc que des apparences et l'essence des choses nous échappe fatalement. — Concluons que l'homme n'est rien et qu'il ne peut s'élever au-dessuj? de lui-même que si Dieu, par un pur elfet de sa grâce, « lui prête la main ».

C'est, à la vérité, une très-utile et grande partie que la science ; ceux qui la méprisent témoignent assez leur bêtise; mais je n'estime pas pourtant sa valeur jusques à cotte mesure extrême qu'aucuns lui attribuent, comme llerilKis* le pbilosopbo, qui logeait en elle le souverain bien, et tenait qu'il lut en elle de nous rendre sages et contents : ce que je ne crois pas; ni ce que d'autres ont dit, que la science est mère de toute vertu, et que tout vice est produit par l'ignorance. Si cela est vrai, il- est sujet à une longue interprétation. Ma maison a été dès lono:lomps ouverte aux gens de savoir et en est fort comme; car mon père, qui l'a commandée*^ cincpiante ans et i>Ius. échautVé de cette ardeur nouvelle de ipioi le roi François 1""^ embrassa les lettres* et les mit en crédit, rechercba avec grand soin et dépense l'accointance des bonnnes doctes, les ,TC(»vant v\\c7. lui comme personnes saintes et ayant ipielipie particulière inspiration de sagesse divine; recueillant leuis sentences et leurs discours comme des oracles, et avec d'autant ])lus de révérence et de religion qu'il avait moins de loi ^ d'en juger; car il n'avait

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