‹ Principaux chapitres et extraits des "assais";Chapitre 26 sur 479 · T. DES ESSAIS · texte numérisé non relu

T. DES ESSAIS

MONTAIGNE

fice : car c'est moi que je peins*. Mes défauts s'y liront au vif, mes imperfections et ma forme naïve ^, autant que la révérence publique^ me l'a permis. Que si j'eusse été parmi ces nations qu'on dit vivre encore sous la douce liberté des premières lois de nature*, je t'assure que je m'y fusse très volontiers peint tout entier et tout nu. Ainsi, lecteur, je surs moi-même la matière de mon livre : ce n'est pas raison que tu employés ton loisir en un sujet si frivole et si vain. Adieu donc. De Montaigne, ce premier de mars 1580^.

1. On sait avec queUe dureté Pascal a relevé ce mot : « Le sot projet qu'il a de se peindre! Et cela, non pas en passant et contre ses maximes..., mais par ses propres maximes et par un dessein premier et principal. f> (Ed. Havet, Art. VI, 55).

2. <^es deux substantifs sont sujets de s'y liront. — Naïve^ native (sens étymologique).

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