LIVRE II
ainsi étourdie et étonnée, et qu'avec l'ouïe, la voix se fût quant et quant éteinte; mais on trouva enfin que c'était une étude profonde, et une retraite en soi-inéme, son esprit s'exercitant,'et préparant sa voix à représenter le son de ces trompettes, de manière que sa première voix ce fut celle-là* d'exprimer parfaitement leurs reprises, leurs poses et leurs muances^, ayant quitté par ce nouvel apprentissage et pris à dédain tout ce qu'elle savait auparavant.
Je ne veux pas omettre d'alléguer cet autre exemple d'un chien que ce même Plutarque dit avoir vu (car, quant à l'ordre, je sens bien que je le trouble, mais je n'en observe non plus à ranger ces exemples qu'au reste de toute ma besogne), lui étant dans un navire : ce chien, étant en peine d'avoir l'huile qui était dans le fond d'une cruche, où il ne pouvait arriver de la langue, pour l'étroite embouchure du vaisseau, alla quérir des cailloux^ et en mit dans cette cruche jusques à ce qu'il eût fait hausser Thuile plus près du bord, où il la put atteindre. Cela, qu'est-ce, si ce n'est l'elTet d'un esprit bien subtil? On dit que les corbeaux de Barbarie en font de même quand l'eau qu'ils veulent boire est trop basse. Cette action est aucunement voisine de ce que récitait des éléphants un roi de leur nation, Juba, que, quand, par fa linesse de ceux qui les chassent, l'un d'entre eux se trouve pris dans certaines fosses profondes qu'on leur prépare, et les recouvre l'on de menues broussailles pour les tromper, ses compagnons y apportent en diligence force pierres et pièces de bois, atin que cela l'aide à s'en mettre hors....
Quant à la guerre, qui est la plus grande et pompeuse des actions humaines, je saurais volontiers* si nous