LIVRE îî
Cette effroyable ordonnance de tant de milliers d'hommes armés, tant de lureur, d'ardeur, et de courage, il est plaisant à considérer par combien vaines occasions elle est agitée, et par combien légères occasions éteinte.
Paridis propter narra tur amorem Grîccia Barbaria} diro collisa diiello*.
L'envie d'un seul homme, un dépit, un plaisir, une jalousie domestique, causes qui ne devraient pas émouvoir deux harengères à s'égratigner, c'est l'àme et le mouvement- de tout ce grand trouble....
Or, ce grand corps à tant de visages et de mouvements, qui semblent menacer le ciel et la terre :
Qiiam niulti I.ybico volviintur marmore fïuctus, S«Tvus u])i Orioii liibeniis conditur midis, Vel cum sole iiovo densae torrentur aristae, Aut Henni campo, aut Lycise flaventibiis arvis, ScLita sonant, pulsuqiie pediim tremit excita telliis^;
ce furieux monstre à tant de bras et tant de tètes, c'est toujours l'homme faible, calamileux et misérable. Ce n'est qu'une fourmilière émue et échautfée,
It ni^riiin cainpis a?:nieii'^;
un souftle de vent contraire, le croassement d'un vol de corbeaux, le taux pas d'un cheval, le passage fortuit d'un aigle'*, un songe, une voix, un signe, une brouée matinière^ sutlisent à le renverser et porter par terre.
1. « On raconte quo, pour servir rameur de Paris, la Grèce st^ mesura avec l Asie dans un ellVoyable duel. » (Horace. /•'/;?, I, n, 6.)
2. C.-à-d. leur point de départ {indc inorcnh, leui* orii^ine.
7). « Comme les Ilots innombrables qui roulent sur la nier de Lybié. quand l'orai^eux Orion, au retour de l'hiver, se ploni,^e dans les ondes, ou comme, au renouvellement de l'été, les moissons
épaisses que brûle lo soleil, soit dans les i^iaines do ribMnuis. soit dans les campagnes jaunissantes de la Lycie : les boucliers résonnent et la terre ébranlée tremble sous les pas. » (Vir{^^, En. y VII, 718.)
4. « Le noir essaim ma robe dans la plame. » (Virg., £'«., IV, iO-i.)