LIVRE II
Ce même Platon, qui définit l'homme comme une poule S dit ailleurs, après Socrates- : a Qu'il ne sait à la vérité que c'est que l'homme ; et que c'est l'une des pièces du monde d'autant difficile connaissance^. )) Par cette variété et instabilité d'opinions, ils nous mènent comme par la main, tacitement, à cette résolution de leur irrésolution*. Us font profession de ne présenter pas toujours leur avis^ à visage découvert et apparent; ils l'ont caché tantôt sous des ombrages''^ fabuleux de la poésie, tantôt sous quelque autre masque : car notre imperfection porte encore cela que la viande crue ' n'est pas toujours propre à notre estomac; il la faut assécher, altérer et corrompre^; ils font de même : ils obscurcissent parfois leurs naïves opinions et jugements et les falsillent ^ pour s'accommoder à l'usage publique. Ils ne veulent pas faire protession expresse d'ignorance et de l'imbécillité de la raison humaine, pour ne faire peur aux enfants *^, mais ils nous la découvrent assez sous l'apparence d'une science trouble et inconstante.
Je conseillais, en Italie^', à quelqu'un qui était en peine de parler italien, que, pourvu qu'il ne cherchât qu'à se faire entendre, sans y vouloir autrement exceller, qu'il employât seulement les premiers mots qui lui viendraient à la bouche, latins, trançais, espagnols ou gas-
1. « l'n animal à iKmix piods, saii.s plumes. >» Colle dôlinifion ridi».iile, qui fut de bonne heure attribuée ù Platon (oar Diogène la raiMaildéjà), n'est nulle part dans ses œuvres
2. Plus exaetement,c'e^tSocrate qui réduit Ab'ibiade à le dire {Premier A /rihi(ule).
3. On attendrait : de plus difficile. Ne faut-il pas lire, au lieu de c'est, n'est?
i C.à-d. ils nous amènent à résoudre, à expliquer ainsi leurs contradictions.