LIVRE II
de quoi' vous étés tous les jours instruite, et exercerez en cela voire esprit et votre étude : car ce dernier tour d^escrime ici, il ne le faut employer que comme un extrême remède ; c'est un coup désespéré, auquel il faut abandonner vos armes, pour faire perdre à votre adversaire les siennes, et un tour secret, duquel il se faut servir rarement et réservément. C'est une grande témérité de vous perdre pour perdre un autre : il ne faut pas vouloir mourir pour se venger.... Nous secouons ici les limites et dernières clôtures des sciences, auxquelles l'extrémité est vicieuse, comme en la vertu. Tenez vous- dans la route commune; il ne fait pas bon être si subtil et si fm. Souvienne-vous de ce que dit le proverbe toscan :
Chi troppo s'assottiglia si scavozza^.
Je vous conseille, en vos opinions et en vos discours, autant qu'en vos mœurs et en toute autre chose, la modération et l'attrempance^, et la fuite de la nouvelleté et de l'étrangeté : toutes les voies extravagantes me fâchent. Vous, qui, par l'aulorité que votre grandeur vous apporte, et encore plus par les avantages que vous donnent les qualités plus vôtres, pouvez, d'un clin d'œil commander à qui il vous plaît, deviez^ donner celle charge à queUiu'un qui fît profession des lettres, qui vous eût bien auliement ai)puyé et emiclii cette fantaisie*^. Toutefois, en voicj assez pour ce que vous en avez à faire.
Epicurus disait, des lois, que les pires nous étaient si nécessaires, qu , sans elles, les hommes s'entremange-