LIVRE II
seulement regarder sans tournoiement de tête : itl despici sine vertigine simul oculorum animique non possit^: : qui est une évidente ^ imposture de la vue. Ce fut pourquoi ce beau philosophe^ se creva les yeux, pour décharger Tàme de la débauche^ qu'elle en recevait, et pouvoir philosopher plus en hberté....
Cette même piperie^, que les sens apportent à notre entendement, ils la reçoivent à leur tour. Notre àme parfois s'en revenche^ de même; ils mentent, et se trompent à Tenvi". Ce que nous voyons et oyons agités de colère, nous ne l'oyons pas tel qu'il est :
El solem geminum et duplices se ostendere Thebas^.
L'objet que nous aimons nous semble plus beau qu'il
n'est :
Mullimodis ic^itur pravas turpesque videmus Esse iii deliciis summoque in honore vigere^;
et plus laid celui que nous avons à contre-cœur; à un
homme ennuyé et affligé la clarté du jour semble
obscurcie et ténébreuse. Nos sens sont, non seulement
altérés, mais souvent hébétés du tout par les passions
de l'àme. Combien de choses voyons-nous que nous
n'apercevons pas si nous avons notre esprit empêché*^
ailleurs?
In rébus quoquc aportis noscere possis,
1. « Do sorte (ju'on ne peut re^^n'der en bas que la lêle no tourne ot que rosprit ne se troul»lo. » (Tito-Livo, Xl.IV, tî ; oit.
ajoulôe <Mi 15^X5.) ' ± Var. : prt'pnri'c rf (1580-8).
3. Ce serait Dômocrile, li'après Cioôron iHc fin., V,20) qui révoque io lait on doute.