Dt'penses. Cf. p. ISl, n
S. w Uestes qui échappent aux yeux du maître et qui profitent
230 MONTAIGNE
J'aime à ne savoir pas le compte de ce que j'ai, pour sentir moins exactement ma perte; je prie* ceux qui vivent avec moi, où l'affection^ leur manque et les bons eirets-, de me piper et payer de bonnes apparences. A faute d'avoir assez de fermeté pour souflrir l'importunité des accidents contraires auxquels nous sommes sujets, et pour ne me pouvoir tenir tendu à régler et ordonner les affaires, je nourris, autant que je puis, en moi cette opinion, m'abandonnantdu tout à la fortune, de prendre^ toutes choses au pis; et ce pis là, me résoudre à le porter doucement ei patiemment; c'est à cela seul que je travaille et le but auquel j'achemine tous mes discours. A un danger^, je ne songe pas tant comment j'en échapperai que combien peu il importe que j'en échappe : quand j'y demeurerais, que serait-ce? Ne pouvant régler les événements, je me règle moi-même, et m'applique à eux s'ils ne s'appliquent à moi^. Je n'ai guère d'art pour savoir gauchir ^ la fortune et lui échapper ou la forcer^ et pour dresser et conduire par prudence les choses à mon point ; j'ai encore moins de tolérance pour supporter le soin âpre et pénible qu'il faut à cela ; et la plus pénible assiette pour moi, c'est être suspens" es choses qui pressent et agité entre la crainte et l'espérance.
Le délibérer, voire es choses plus légères^, m'importune, et sens mon esprit plus empêché à souffrir le branle et les secousses diverses du doute et de la consultation qu'à se rasseoir^ et résoudre à quelque parti que
une add. de 1588.
o. Ce précepte est tout opposé à celui qu'Horace prête à Aris- tippe : Et mihi res. non me rébus • subjuiigere conor {Ep.^ I, i, 19).