‹ Principaux chapitres et extraits des "assais";Chapitre 319 sur 479 · L'avare soudre plus de · texte numérisé non relu

L'avare soudre plus de

8. « .le n'achète pas l'espéM-ance ar'^ent comptant. » (Térence, Aflel/)., Iir, II. II.] Cette cit. et ce (|ui s'iit .jus(]u'à />////<', p.2r>:2. 1. 17, MMil des add. de i58S.

MONTAIGNE

je m'attache à ce que je vois et que je tiens, et ne m'éloigne guère du port; -i

Alter remus aquas, alter tibi radat arenas* ;

et puis, on n'arrive peu à ces avancements, qu'en^ hasardant premièrement le^ sien; et je suis d'avis que si ce qu'on a suffit à maintenir la condition en laquelle on est né et dressé, c'est folie d'en lâcher la prise sur l'incertitude de l'augmenter. Celui à qui la fortune refuse de quoi planter son pied et établir un ètre^ tranquille et reposé, il est pardonnable s'il jette au hasard ce qu'il a, puis qu'ainsi comme ainsi, la nécessité l'envoie à la quête :

Capienda rébus in malis praeceps \ia est*.

Et j'excuse plutôt un cadet de mettre sa légitime au vent^ que celui à qui l'honneur de la maison est en charge, qu'on ne peut point voir nécessiteux que par sa faute. J'ai bien trouvé le chemin plus court et plus aisé, avec le conseil de mes bons amis du temps passé, de me défaire de ce- désir, et de me tenir coi :

Cui sit conditio dulcis, sine pulvere palmse^,

jugeant aussi bien sainement, de mes forces, -qu'elles n'étaient pas capables de grandes choses....

Les qualités mêmes qui sont en moi non reprochables, je les trouvais inutiles en ce siècle. La facilité de mes mœurs, on l'eût nommée lâcheté et faiblesse ; la foi et la conscience s'y fussent trouvées scrupuleuses et superstitieuses; la franchise et la liberté, importunes, inconsidérées et téméraires. A quelque chose sert le malheur. Il

1. « Qu'une rame fende les Ilots, que l'autre frôle le sable du rivage. » (Properce, III, m, 25.)

Page 1