‹ Principaux chapitres et extraits des "assais";Chapitre 335 sur 479 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

les yeux sanglants hors de la tête, à force d'avoir le front serré d'une corde, avant que de s'être seulement voulu mettre à rançon. J'en ai vu un, laissé pour mort tout nu dans un fossé, ayant le cou tout meurtri et enflé, d'un licou qui y pendait encore, avec lequel on l'avait tirasse* toute la nuit à la queue d'un cheval, le corps percé en cent lieux à coups de dague, qu'on lui avait donnés, non pas pour le tuer, mais pour lui faire de la douleur et de la crainte : qui avait souflert tout cela, et jusques à y avoir perdu parole et sentiment, résolu, à ce qu'il me dit, de mourir plutôt de mille morts (comme de vrai, quant à sa soutTiance, il en avait passé une tout entière-) avant que rien promettre : et si était un des plus riches laboureurs de toute la contrée. Combien en a l'on vu se laisser patienmient brûler et rôtir, pour des opinions empruntées d'autrui, ignorées et inconnues?...

11 ne faut pas juger ce qui est possible et ce qui ne l'est pas, selon ce qui est croyable et incroyable à notre sens^, comme j'ai dit ailleurs; et est une grande faute, et en laquelle toutefois la plupart des hommes tombent (ce que je ne dis pas pour Bodin^), de faire difficulté de croire d'autrui ce qu'eux ne sauraient faire ou ne voudraient^. 11 semble^ à chacun que la maîtresse forme de l'humaine nature est en lui : selon elle il faut régler tous les autres; les allures qui no se rapportent aux siennes sont feintes et fausses. Quelle bestiale stupidité! Lui pi'opose l'on quelque chose des actions ou facultés d'un autre? La première chose qu'il appelle à la consultation de son jugement, c'est son exemï)le : selon qu'il en va cliez lui, selon cela va l'ordre du monde. 0 l'àneric

cwpistoU\ « hoinine nrnu' diin pistolet «, dans une pièce bien connue de Passerai.

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