‹ Principaux chapitres et extraits des "assais";Chapitre 355 sur 479 · LIVRE III. ' 2G · texte numérisé non relu

LIVRE III. ' 2G

et, quand il y ëchetS contraires; soit que je sois autre moi-même, soit que je saisisse les sujets par autres circonstances et considérations : tant y a que je me contredis bien à l'aventure, mais la vérité, comme disait Demades^, je ne la contredis point. Si mon àme pouvait prendre pied, je ne m'essaierais pas, je me résoudrais^ : elle est toujours.en apprentissage et en épreuve.

Je propose* une vie basse et sans lustre : c'est tout un; on attache aussi bien toute la philosophie morale à une vie populaire et privée qu'à une vie de plus riche étotîe : chaque homme porte la forme entière de l'humaine condition. Les auteurs ^ se communiquent au peuple par quelque marque spéciale et étrangère ; moi, le preminr, par mon être universel, comme Michel de Montaigne, non comme gi'ammairien, ou poète ou jusrisconsulte. Si le monde se plaint de quoi^ je parle trop de moi, je me plains de quoi il ne pense seulement pas à soi. Mais est-ce raison que, si particulier en usage % je prétende me rendre public en connaissance? Est-il aussi raison que je produise au monde, on la façon et l'art ont tant de crédit et de commandement, des elTels de nature et crus et simples, et d'une nature encore bien faiblette? Est-ce pas faire une muraille sans pierre, ou chose semblable, que de bâtir des livres sans science? Les fantaisies de la musique sont conduites- par art; les miennes, par sort^. Au moins j'ai ceci selon la discipline^, que jamais honune ne traita vsujet qu'il entendît ne *^ connût mieux que je fais*» celui (jue j'ai entrepris; et

1. Autre prononrialion de échoit ; oî, au wi* siôolo, tHail prononce oué et souvent c.

^. Déuiade disait « qu'il avait pu souvent se contredire luimême, niais rinlt^rèt public, jamais ». (Plularque. Vie de Déuwsthèue, ni.)

o. Var. : prendre pied et forme, je me résoudrais...

•i. Au sens étymoloijique {propo-

nere, nieltrt' en avant), jcxpusf.

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