LIVRE IIÎ
description que je vois faire tous les jours, par honneur*, à chacun de soi! Quœ fuerant vUia, mores sunl-. Tels de mes amis ont parfois entrepris de me chapitrer et mercuriahser^ à cœur ouvert, ou de leur propre mouvement, ou semons* par moi, comme d'un oftice, qui, à une âme bien faite, non en utilité seulement, mais en douceur aussi, surpasse tous les oftices de l'amitié; je l'ai toujours accueilH des bras de la courtoisie et reconnaissance les plus ouverts : mais, à en parler à cette heure en conscience, j'ai souvent trouvé en leurs reproches et louanges .tant de fausse mesure que je n'eusse guère failli de faillir, plutôt que de bien faire à leur mode. Nous autres principalement, qui vivons une vie privée qui n'est en montre qu'à nous^, devons avoir étabh un patron au dedans, auquel toucher nos actions*^ et, selon icelui, nous caresser tantôt, tantôt nous châtier. J'ai mes lois et ma cour^ pour juger de moi, et m'y adresse plus qu'ailleurs : je restreins bien selon autrui mes actions, mais je ne les étends que selon moi. Il n'y a que vous qui sache^ si vous êtes lâche et criu^l, ou loyal et dévotieux : les autres ne vous voient point, ils vous devinent par conjectures incertaines; ils voient non tant votre nature^ que votre art : i>ar ainsi, ne vous tenez }>as à leur sentence, tenez-vous à la vôtre ^^^ : Tua tibi