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LIVRE III

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hardis et dédaigneux pour ne suivre pas la route commune ; mais faute d'invention et de discrétion les perd; il ne s'y voit qu'une misérable affectation d'étrangeté, des déguisements iVoids et absurdes, qui, au lieu d'élever, abattent la matière : pourvu qu'ils se gorgiasent* en la nouvelleté, il ne leur chaut de l'elïicace; pour saisir un nouveau mot, ils quittent l'ordinaire, souvent plus fort et plus nerveux.

En notre langage je trouve assez d'étofTe, mais un peu faute de façon : car il n'est rien qu'on ne fit du jargon de nos chasses et de notre guerre, qui est un généreux terrain à emprunter 2; et les formes de parler, comme les herbes, s'amendent et fortifient en les transplantant. Je le treuve suffisamment abondant, mais non pas maniant ^ et vigoureux suftisamment ; il succombe ordinairement aune puissante conception: si vous allez tendu*, vous sentez souvent qu'il languit sous vous, et fléchit, et qu'à son défaut le latin se présente au secours, et le grec à d'autres^. D'aucuns de ces mots que je viens de trier 6, nous en apercevons plus malaisément l'énergie, d'autant que l'usage et la fréquence nous en ont aucunement avih et rendu vulgaire la grâce; comme en notre commun ^ il s'y rencontre des phrases excellentes, et des métaphores desquelles la beauté flétrit de vieillesse, et la couleur s'est ternie pai' maniement trop ordinaire; mais cela n'ôte rien du goût ^ à ceux cpii ont bon nez, ni ne déroge à la gloire de ces anciens auteurs qui, comme

1. Se f/orfiidscr, so pavaner, de i'adjectii' (joiuiias, oo(}Ut't, él^'^Miit.'

2. Cf. R'onsai-d (Abrcfjc de IWrl poétique) : « Tu |)ratiqiUM-as l)i<Mi souvent les artisans de toul uu'titM". coiunie de marine, vénerie, l'aueonnerie..., et de là tireras maintes l^lles et vives conrparaisons », etc.

5. Part. prés, actif, piis au sens passif : maniable, souple. Maniant et sont une add. de 1595.

i.-C.-à-d. si vous traitez un sujet difficile; métaphore tirée de l'équilation.

5. C.-àd. qu'à res|)rit de ceux qui savent le latin se présente alors un mot latin, etc.

6. Monlaiçrne a cité plus haut quehpies mots très expressifs de Lucrèce et de Vircrile.

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