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iN "cil lève rien de leur saveur

276 MONTAIGNE

il est vraisem})lable, mirent preniièremeiit ces mots en ce lustre....

Quand j'écris, je me passe bien de la compagnie et souvenance des livres, de peur qu'ils n'interrompent ma forme ^; aussi que^, à la vérité, les bons auteurs m'abattent par trop et rompent le courage : je fais volontiers le tour de^ ce peintre, lequel^ ayant misérablement représenté des coqs, défendait à ses garçons qu'ils ne laissassent venir en sa boutique aucun coq naturel; et aurais* plutôt besoin, pour nie donner un peu de lustre, de l'invention du musicien Antigenides^, qui, quand il avait à faire la musique, mettait ordre que, devant ou après lui, son auditoire fût abreuvé de quelques autres mauvais chantres. Mais je me puis plus malaisément défaire de Plutarque : il est si universel et si plein qu'à toutes occasions, et quelque sujet extravagant que vous ayez pris, il s'ingère à votre besogne et vous tend une main libérale et inépuisable de richesses et d'embellissements, il m'en fait dépit ^ d'être si fort exposé au pillage de ceux que le hantent; je ne le puis si peu raccointer^ que je n'en tire cuisse ou aile.

Pour ce mien dessein, il me vient aussi à propos d'écrire chez moi, en pays sauvage, où personne ne m'aide ni me relève^, où je ne hante communément homme qui entende !e latin de son patenôtre, et de français un peu moins. Je l'eusse fait meilleur ailleurs, mais l'ouvrage eût été moins mien : et sa tin principale et perfection, c'est d'être exactement mien ^. Je corrigerais bien une erreur accidentale, de quoi je suis plein, ainsi

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