‹ Principaux chapitres et extraits des "assais";Chapitre 385 sur 479 · A l'improviste; cf. p.5, n · texte numérisé non relu

A l'improviste; cf. p.5, n

LlVfŒ III.

Je ne suis* pas philosophe. Les maux me foulent selon qu'ils pèsent : et pèsent selon la forme comme selon la matière^, et souvent plus. J'y ai plus de perspicacité que le vulgaire, si j'y ai plus de patience. Enfin s'ils ne me ^blessent, ils me pèsent. C'est chose tendre que la vie et aisée à troubleV^. Depuis que* j'ai le visage tourné vers le chagrin, nemo ojiim res'istit sibi ciun ceperit impelli^, pour sotte cause qui m'y ait porté, j- irrite l'humeur de ce c6té-là, qui^ se nourrit après et s'exaspère de son propre branle, attirant et amoncelant une matière sur autre, de quoi se paître.

Stillicidi casus lapidein cavat''.

Ces ordinaires^ gouttière^ me mangent^, et m'ulcèrent. Les inconvénients^*^ ordinaires ne sont jamais légers. Ils sont continuels et irréparables quand ils naissent des membres** du ménage, continuels et inséparables. Quand je considère mes affaires de loin et en gros, je trouve, soit pour n'en avoir la mémoire guère exacte, qu'ils sont allés jusques à cette heure en prospérant, outre mes comptes et mes raisons*-. J'en retire, ce

1. Je ne suis... me pèsent. Au lieu de ces lignes on lisait dans réd. de 1588 : Or nous montre assez Homère combien la surprise donne (VdvanUuie, ([ui fait il',sse pleurant de la mort de son chien, et ne pleurant point des pleins de sa mère : le premier accident, tout léger qu'il était, l'emporta, d'autant qu'il en fut inopinément assailli: il soutint le second, pltis impétueux'., parce qu'il y était préparé. Ce sont légères occasions qm pourtant troublent la vie : c'est chose tendre,, etc.

2. C.-à-d. l'etVet qu'ils produisent sur moi est proportionné, non -seulement à l'importance de l'ol^jet, mais à la lorme qu'ils revêtent, aux cir-

constances qui les accompagnent.

5 Vai*. : Iflesser.

i. Dès le moment où.

5. u On ne peut plus se résister quand on a obt'i à la premièi^e impulsion. » \Sénèque, Ep. XIII; cit. aj. en loDo.)

r>. L'antécédent de qui est humeur.

7. « La chute réitéivo d'une «goutte d'eau perce la pierie. » \Lucrèce, 1, 314.)

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