‹ Principaux chapitres et extraits des "assais";Chapitre 393 sur 479 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

pas toujours avant, il va à reculons aussi*; je ne me défie guère moins de mes fantaisies, pour être secondes ou tierces que premières, ou présentes que passées : nous nous corrigeons aussi sottement souvent comme nous corrigeons les autres^. Je suis envieilli de nombre d'ans depuis mes premières publications, qui furent l'an mil cinq cent quatre-vingts^; mais je fais douté que je sois assagi* d'un pouce. Moi^, à cette heure, et moi, tantôt^, sommes bien deux; quand meilleur ^ je n'en puis rien dire. Il ferait bel être vieil, si nous ne marchions que vers l'amendement : c'est un mouvement d'ivrogne, titubant, vertigineux, informe; ou des jonchets^, que l'air manie casuellement selon soi^. Antiochus*^ avait vigoureusement écrit en faveur de l'Académie; il prit sur ses vieux ans un autre parti : lequel des deux je suivisse, serait-ce pas toujours suivre Antiochus**? Après avoir établi le doute, vouloir établir la certitude des opinions humaines, était-ce pas établir le doute, non la certitude, et promettre, qui lui eut*^ donné encore un àge*^ à durer, qu'il était toujours en termes de nouvelle agitation, non tant meilleure qu'autre?

La faveur publique m'a donné un peu plus de hardiesse que je n'espérais : mais ce que je crains le plus, c'est de saouler; j'aimerais mieux poindre** que lasser.

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