‹ Principaux chapitres et extraits des "assais";Chapitre 398 sur 479 · Cf. p. 55, n · texte numérisé non relu

Cf. p. 55, n

MONTAIGNE

nie déplaît d'être hors la protection des lois et sous autre sauvegarde que la leur. Comme les choses sont, je vis, plus qu'à demi, de la faveur d'autrui, qui* est une rude obligation 2. Je ne veux devoir ma sûreté ni à la bonté et bénignité des grands, qui s'agréent de ma légalité et liberté^, ni à la facilité des mœurs de mes prédécesseurs et miennes; car quoi"^, si j'étais autre? Si mes déportements ^ et la franchise de ma conversation ^ obligent mes voisins, ou la parenté, c'est cruauté qu'ils s'en puissent acquitter en me laissant vivre et qu'ils puissent dire : (( Nous lui condonnons^ la libre continuation du service divin en la chapelle de sa maison, toutes les églises d'autour étant par nous désertées^; et lui condonnons l'usage de ses biens et sa vie, comme il conserve nos femmes et nos bœufs au besoin^. )) De longue main chez moi, nous avons part à la louange de Lycurgus Athénien*^, qui était général dépositaire et gardien des bourses de ses concitoyens. Or, je tiens qu'il faut vivre par droit et par autorité, non par récompense *hii par grâce. Combien de galants hommes ont mieux aimé perdre la vie que la devoir! Je fuis à me soumettre à toute sorte d'obligation, mais surtout à celle qui m'attache par devoir d'honneur. Je ne trouve rien si cher que ce qui m'est donné et ce pour quoi ma

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