Titre d'un traité des Œuvres morales
11. D'autant plus quelle ressemble davantage à la nonchalance et a\i caorice.
MONTAIGNE
pas moi : il s'en trouvera toujours en un coin quelque mot qui ne laisse pas d'être bastant * , quoiqu'il soit serré. Je vais au change- indiscrètement et tumuUuairement : mon style ^ et mon esprit vont vagabondant de même : il faut avoir un peu de folie, qui ne veut avoir plus de sottise, disent^ et les préceptes de nos maîtres, et encore plus leurs exemples. Mille poètes traînent et languissent à la prosaïque : mais la meilleure prose ancienne, et je la sême^ céans indifïeremment pour vers, reluit partout de la vigueur et hardiesse poétique, et représente quelque air de sa fureur. 11 lui^ faut, certes, quitter la maîtrise et prééminence en la parlerie'. Le poète ^, dit Platon^, assis sur le trépied des Muses, verse, de furie, tout ce qui lui vient en la bouche, comme la gargouille d'une fontaine, sans le ruminer et peser, et lui échappe des choses de diverse couleur, de contraire substance, et d'un cours rompu; et la vieille théologie est toute poésie, disent les savants, et la première philosophie. C'es-t l'originel langage des dieux. J'entends que la matière se distingue soi-même. Elle montre assez où elle se change, où elle conclut, où elle commence, où elle se reprend, sans l'entrelacer de paroles de liaison et de couture, introduites pour le service des oreilles faibles ou nonchalantes, et sans me gloser moi-même. Qui est celui qui n'aime mieux n'être pas lu que de l'être en dormant ou en fuyant? Nihil^^ est tcnn utile quod in transitu prosit^^. Si prendre des livres était les apprendre, et si les voir était les regar-