LIVRE lit
ou
Ceux qui savent combien ils se doivent et de combien d'oflices ils sont obligés à eux* trouvent que nature leur a donné cette commission pleine assez, et nullement oisive : (( Tu as bien largement affaire chez toi, no féloigne pas. ))
Les hommes se donnent à louage : leurs facultés ne sont pas pour eux, elles sont pour ceux à qui ils s'asservissent : leurs locataires sont chez eux, ce ne sont pas eux*. Cette hum.eur commune ne me plaît pas. Il faut ménager la liberté de notre àme et ne Thypothéquer qu'aux occasions justes, lesquelles sont en bien petit nombre, si nous jugeons sainement. Voyez les gens appris à se laisser emporter et saisir : ils le font partout, aux petites choses comme aux grandes, à ce qui ne les touche point comme à ce qui les touche ; ils s'ingèrent indifféremment où il y a de la besogne et de l'obligation^; et sont sans vie quand ils sont sans agitation tumultuaire : in negotiis^ suntf ne(fotii causa^: ils ne cherchent la besogne que pour embesognement^. Ce n'est pas qu'ils veuillent aller, tant connue c'est qu'ils ne se peuvent tenir : ne plus ne moins qu'une pierre ébranlée en sa chute, qui ne s'arrête jusqu'à tant qu'elle se couche. L'occupation est, à certaine manière de gens, manjue de suttisance et de dignité ; leur esprit cherche son repos au branle, connue les entants au berceau : ils se peuvent dire autant serviables à leurs amis comme importuns, à eux-mêmes. Personne^ ne distribue son argent à auliui; chacun y^ distribue sou tenq)s et sa vie : il n'est rien de quoi nous soyons si pro-