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Sans que je le veuille

MaNTAIGNE.

gratitude envers ce peuple, qui employa tous les plus extrêmes moyens qu'il eut entre ses mains à me gratifier, et avant m'avoir connu, et après; et lit bien plus pour moi, en me redonnant ma charge qu'en me la donnant premièrement. Je lui veux tout le bien qui se peut; et certes, si l'occasion y eût été, il n'est rien que j'eusse épargné pour son service. Je me suis ébranlé pour lui comme je fais pour moi. C'est un bon peuple, guerrier et généreux, capable pourtant d'obéissance et discipline, et de servir à quelque bon usage, s'il y est bien guidé. Ils disent aussi cette mienne vacation s'être passée sans marque etsanstrace.il est bon M On accuse ma cessation^ en un temps où quasi tout le monde était convaincu de trop faire. J'ai un agir trépignant^, où la volonté me charrie*; mais cette pointe est ennemie de persévérance. Qui se voudra servir de moi, selon moi^, qu'il me donne des affaires où il fasse besoin^ de vigueur et de liberté, qui aient une conduite droite et courte, et encore hasardeuse"; j'y pourrai quelque chose: s'il la faut longue, subtile, laborieuse, artiiicielle et tortue, il fera mieux de s'adresser à quelque autre. Toutes charges importantes ne sont pas diKiciles: j'étais préparé à m'embesogner plus rudement un peu, s'il en eût été grand besoin ; car il est en mon pouvoir de faire quelque chose plus^ que je ne fais, et que je n'aime à faire. Je ne laissai, que je sache, aucun mouvement que le devoir requît on bon escient de moi. J'ai fa* cilement oublié ceux que l'ambition mêle au devoir, et* couvre de son titre ; ce sont ceux qui, le plus souvent, remplissent les yeux et les oreille'^s, et contentent les hommes : non pas la chose, mais l'apparence les payent; s'ils n'oient du bruit, il leur semble qu'on dorme. Mes

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