LIVRE III
Le peuple y souiïrit bien largement lors, non les dommages présents seulement,
Undique lotis Usque adeo turbatur agris\
mais les futurs aussi: les vivants y eurent à pâtir; si eurent ceux qui n'étaient encore nés: on le* pilla, et moi 5 par conséquent, jusqu'à l'espérance, lui ravissant tout ce qu'il avait à s'apprêter à vivre pour longues aimées :
Qu?e neqaèunt secum ferre aut abducere, perdant;
Et cremat insontes tiirba scelcsta casas*. Mûris nulla fides, squalent populatibus agri^.
Outre cette secousse, j'en souffris d'autres : j'encourus les inconvénients que la modération apporte en telles maladies: je fus pelaudé^ à toutes mains; au gibelin, j'étais guelfe; au guelfe, gibelin : quelqu'un de mes poètes dit bien cela, mais je ne sais où c'est. La situation de ma maison et l'accointance des bommes de mon voisinage me présentaient d'un visage'; ma vie et mes actions, d'un autre. Il ne s'en faisait point des accusations formées^, car il n'y avait où mordre; je ne désempare^ jamais les lois, et qui m'eût recherclié m'en eùtdù
chute. » (Virgile, Géorg., I, 500.) n semble que Montaigne, bien que le passage ait rté érrit avant 1588, fasse aUnsion à Henri de Navarre. Cf. p. ^54, n. 1.
1. « Dans le trouble alfreux qui ravage nos campagnes.» (Virgile, É(/l., 1,11.)
!2. Le représente peuple, dont l'idée est comprise dans ce qui précède.
5. Var. : ef à moi. — Montaigne se ressentait naturellement des pertes éprouvées par ses fermiers.
-i. « C.e qu'ils ne peuvent emporter ou emmener, ils le dé-
truisent, et cette troupe scélérate brûle nos chaumières innocentes.»
(Ovide, 7'n.s7.. III, x, 65.)
5. « iNulle sûreté dans les villes; les campagnes sont en proie à la dévastation. » (Claudien, In Eutrop., I, -2-1-4.)
6. Maltraité, étrillé. Le mot semble un dvvwi' de peter [pilare)., arracher les poils.
7. La situation de sa maison en pays protestant et l'accueil qui y était lait, même aux réformées, tendait à le faire ranger parmi ceux-ci.