C.t's deux vers li;i(lni>ent lo suivant
12. K Les remèdes ne lonuju'.iug"menter et aij^^ir lo mal. » (Vir-
524 MONTAIGNE
Omnia fanda, nefanda, inalo permixta furore, JustiiiGam nobis mentem avertere {leormn*.
En ces maladies populaires, on peut distinguer, sur le commencement, les sains des malades ; mais quand elles viennent à durer, comme la nôtre, tout le corps s'en sent, et la tête et les talons : aucune partie n'est exempte de corruption; car il n'est air qui se hume si laoulùment, qui s'épande et pénètre comme fait la licence. Nos armées ne se lient et tiennent plus que par ciment étranger : des Français, on ne sait plus faire un corps d'armée constant et réglé! Quelle honte! 11 n'y a qu'autant de discipline que nous en font voir des soldats empruntés-. Quant à nous, nous nous conduisons à discrétion, et non pas du chef^, chacun selon la sienne ; iHa plus affaire au dedans qu'au dehors; c'est au commandant^ de suivre, courtiser et plier, à lui seul d'obéir; tout le reste est libre et dissolu. Il me plaît de voir combien il y a de lâcheté et de pusillanimité en l'ambition ; par combien d'abjection et de servitude il lui faut arrivQr à son but : mais ceci me déplaît-il® de voir des natures débonnaires et capables de justice se corrompre tous les jours au maniement et commandement de cette confusion. La longue souffrance engendre la coutume; la coutume, le consentement et l'imitation. Nous avions assez d'âmes mal nées, sans gâter les bonnes et généreuses : si que, si nous continuons, il restera malaisément à qui fier la santé de cet État, au cas que fortune nous la redonne :
Hune saltem everso juvenem succurrere saeclo Ne prohibete'...
1. « Le juste et l'injuste, confondus par nos fureurs, ont justement détourné de nous la protection des dieux. » (Catulle, Noces de Pelée, 405.)
2. Les Italiens, Espaprnols et Allemands soudoyés par les deux partis.
o. Non à la discrétion, selon la volonté du chef, i. // représente le chef.