LIVRE IIÏ
et quel sens il porte*! J'ois encore sans rider le front les subornenients qu'on me fait pour me tirer en place marchande* et m'en défends si mollement qu'il semble que je souffrisse plus volontiers d'en être vaincu. Or» à un esprit si indocile, il faut des bastonnades; et faut rebattre et resserrer, à bons coups de mail^, ce vaisseau* qui se (léprend, se découd^ qui s'écliappe et dérobe de soi; secondement, que cet accident me servait d'exercitation pour me préparer à pis; si moi, cjui, et par le bénéfice de la fortune, et par la condition de mes mœurs, espérais être des derniers, venais à être, des premiers, attrapé de cette tempête, m'instruisant de bonne heure à contraindre ma vie et la ranger pour un nouvel état. La* vraie liberté, c'est pouvoir toute chose sur soi : potcntissimus est, qui se hahet in potestate^. En un temps ^ ordinaire et tranquille, on se prépare à des accidents modérés et communs : mais en cette confusion où nous sommes depuis trente ans, toiit homme français, soit en particulier, soit on général, se voit à chaque heure sur le point de l'entier renversement de sa fortune; d'autant faut-il tenir son courage fourni de provisions" plus foiles et vigoureuses. Sachons gré au sort de nous avoir fait vivre en un siècle non mol, languissant ni oisif : tel qui ne l'eût été par autre moyen, se rendra fameux par son malheur. Connue^ je ne lis guère es histoires ces confusions des autres états sans regret de ne les avoir pu mieux considérer, présent : ainsi lait ma curiosilé que je m'agrée aucunement de voir de mes yeux ce notable spectacle de notre mort publique, ses symiômos et sa forme : et, puisque je ne la saurais retarder, suis