‹ Principaux chapitres et extraits des "assais";Chapitre 432 sur 479 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

la suite du reste : et dehors et dedans ma maison, je fus accueilli d'une peste, véhémente au prix de toute autre. r.: j'eus à soutïrir cette plaisante condition, que la vue de ma maison m'était etFroyable; tout ce qui y était était sans garde, et à l'abandon de qui en avait envie Moi, qui suis si hospitalier, fus en très pénible quête de retraite pour ma famille; une famille égarée, faisant peur à ses amis et à soi-même, et horreur, où qu'elle cherchât à se placer^ : ayant à changer de demeure, soudain qu'un de la troupe commençait à se douloir- du bout du doigt; toutes maladies sont alors prises pour peste; on ne se donne pas le loisir de les reconnaître. Et c'est le bon, que, selon les règles de l'art, à tout danger qu'on approche, il faut être quarante jours en transe de ce mal : l'imagination vous exerçant^ cependant à sa mode, et entiévrant votre santé même. Tout cela m'eût beaucoup moins touché, si je n'eusse eu à me ressentir de la peine d'autrui, et servir six mois misérablement de guide à cette carava^le; car je porte en moi mes préservatifs, qui sont résolution et soutfrance*. L'appréhension ne me presse guère, laquelle on craint particulièrement en ce mal; et si, étant seul, je l'eusse voulu prendre, c'eût été uiîe fuite bien j)lus gaillarde et plus éloignée : c'est une mort qui ne me semble des pires; elle est conmumément courte, d'étôurdissement, sans douleur, consolée par la condition publique, sans cérémonie, sans deuil, sAns presse. Mais, (juant au monde des environs, la centième partie des àmes^ ne se put

sauver :

Videas desertaque régna Pastorum, et longe saltus laieque vacantes^.

tn-(jrnriarc)y alourdir, rendre plus pénible. « Kenj^rè^^euient île mal », écrira encore Molière {Ai'(2re, V, 5).

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