D'Augsbourg
MONTAIGNE
nous prirent pour barons et chevaliers. M. de Montaigne, pour aucunes raisons, avait voulu qu'on s'y contrefit^et qu'on ne dît pas leurs conditions, et se promena seul tout le long du jour par la ville; il croit que cela même servit à les faire honorer davantage. C'est un honneur que toutes les villes d'Allemagne leur ont fait....
Je crois à la vérité que, s'il eût été seul avec les siens, il fût allé plutôt à Cracovie ou vers la Grèce, par terre, que de prendre le tour vers l'Italie; mais le plaisir qu'il prenait à visiter les pays inconnus, lequel il trouvait si doux que d'en oublier la faiblesse de son âge et de sa santé, il ne le pouvait imprimer à nul de la troupe, chacun ne demandant que la retraite 2. Là où il avait accoutumé de dire^, qu'après avoir passé une nuit inquiète, quand au matin il venait à se souvenir qu'il, avait à voir une ville ou une nouvelle contrée, il se levait avec désir et allégresse. Je ne le vis jamais moins las ni moins se plaignant de ses douleurs, ayant l'esprit, et par chemin et en logis,,si tendu à ce qu'il rencontrait, et recherchant toutes occasions d'entretenir les étrangers, que je crois que cela amusait son mal. Quand on se plaignait à lui de ce qu'il conduisait souvent la troupe par chemins divers et contrées^, revenant souvent bien près d'où il était parti (ce qu'il faisait), ou recevant l'avertissement de quelque chose digne de voir, ou changeant d'avis selon les occasions, il répondait qu'il n'allait, quant à lui, en nul lieu que là où il se trouvait, et qu'il ne pouvait faillir ni tordre sa voie, n'ayant nul projet que de se promener par des lieux inconnus; et, pourvu qu'on ne le vît pas retomber sur même voie, et revoir deux fois même lieu, qu'il ne faisait nulle faute à son dessein. Et quant à Rome, où les autres visaient, il la désirait d'autant moiiàO voir que les autres lieux, qu'elle était