‹ Principaux chapitres et extraits des "assais";Chapitre 47 sur 479 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

condamné à la mort » : « Et Nature, eux )), répondit-il*. Quelle sottise de nous peiner sur le point ^ du passage à l'exemption de toute peine? Comme notre naissance nous apporta la naissance de toutes choses, aussi fera la mort de toutes choses notre mort ^, Par quoi c'est pareille folie de pleurer que d'ici à cent ans nous ne vivrons pas, que de pleurer de ce que nous ne vivions pas il y a cent ans. La mort est origine d'une autre vie; ainsi pleurâmes-nous, et ainsi nous coûta-il d'entrer en cette-ci, ainsi nous dépouillàmes-nous de notre ancien voile en y entrant. Rien ne peut être grief* qui n'est qu'une fois. Est-ce raison de craindre si longtemps chose de si bref temps? Le longtemps vivre ^, et le peu de temps vivre est rendu tout un par la mort. Car le long et le court n'est point aux choses qui ne sont plus. Aristote dit qu'il y a des petites bêtes® sur la rivière llypanis qui ne vivent qu'un jour. Celle qui meurt à huit heures du matin, elle lACurt en jeunesse ; celle qui meurt à cinq du soir, meurt en sa décrépitude. Qui de nous ne se moque de voir mettre en considération d'heur ou de malheur ce moment de durée ? Le plus et le moins en la nôtre, si nous la comparons à l'éternité, ou encores^ à

1. Socrate ne fut point condamné par les Trente Tyrans, expulsés trois ans a va nt sa mort (405) .

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