‹ Principaux chapitres et extraits des "assais";Chapitre 5 sur 479 · Voy. notre Extrait \l\U · texte numérisé non relu

Voy. notre Extrait \l\U

2. Une fois pourtant une bande de liuguenots s'introduisit dans son château, que, i)ar une mesure de paradoxale prudence, il n'avait

point voulu fortifier; et il ne dut son salut qu'à la crànerie de son attitude qui leur arracha la « trahison des poings ». Voy. plus loin, p. 295, n. 2 et 6,

NOTICE BTOGRAPHTQrE.

étaient aclievcfî et furent imprimés à Bordeaux, en 1580. Montaigne, qui n'était point si exempt d'ambition littéraire qu'il l'a dit, alla les présenter lui-même au roi, qui voulut bien les juger favorablement. Puis, sans rentrer dans son château, il partit pour un long voyage qui devait le retenir dix-sept mois loin des siens* : atteint de la gravelle, c'est la santé qu'il allait demander aux eaux minérales les plus renommées de France, d'Allemagne et d'Italie. S'il ne l'y trouva point, il fit du moins, au cours de ce voyage, une ample moisson d'observations, dont devaient profiter les nouvelles éditions des Essais.

Il était aux bains délia Villa, près de Lucques, quand il apprit (7 septembre 1581) que lesjurats (conseillei^ mimicipaux; de Bordeaux l'avaient choisi comme maire de la ville. Nommé pour deux ans, sa première mairie se passa "Sans encombre ; mais, en 1585, il fut réélu, et c'est alors que les embarras commencèrent. La Guyenne était alors plus agitée que jamais : Henri de Navarre, qui en avait le gouvernement, était soupçonné de veiller à ses intérêts plus qu'à ceux du roi ; sa femme, Marguerite, sœur de Henri III, également brouillée avec son mari et son frère, nouait contre eux de louches intrigues ; dans Bordeaux même, le parti de la Ligue préparait un coup de main : que de passions à contenir, de menées à déjouer ! Montaigne fit son devoir avec courage, mais ce devoir lui sembla particuhèrement pénible quand le maréchal de Matignon, gouverneur delà ville, ayant dû s'éloigner, eut laissé peser sur lui tout le fardeau. Pour comble de malheur, la peste éclata : Montaigne venait alors d'être très gravement éprouvé dans ses intérêts les plus chers : son château avait été pillé, et, le fléau s'étant aussi abattu sur le Périgord, il avait longtemps cherché en vain un refuge i>our a une famille égarée, ftiisant peur à ses auiis et à soi-jnême w^. Absent de Bordeaux, il eut la faiblesse de n'y point rentrer. 11 est certain que la place du premier magistrat de la ville était alors au milieu de ses concitoyens, et Montaigne eut tort de ne point le sentir. Mais il faut rai>peler à sa décharge que sa magistrature allait prendre thi (l*''^ août 1585) et que les jurais, qui ne le rappelaient d'abord que pour présider à l'élection de son successeur, l'avaient dispensé de cette formalité.

1. Il on avait consigné les sou^ vonirs dans nn Jonnuil, roivouxv au xviu' siècle, dont nous publions

phis loin un frafjfniont. Voy, Ajipriidicc H.

t. Voy. notre Extrait LIU,

MI MONTAIGNE. '

Ne soyons pas plus sévères pour lui que ne paraissent l'avoir été ses contemporains, qui, s'ils l'accusèrent parfois de mollesse et d'insouciance*, ne songèrent pas à lui reprocher de n'avoir pas été un héros.

Ce dut être avec un véritable soulagement qu'il rentra dans son château et y retrouva ses livres, ses meilleurs amis : il se remit au travail, et, en 1588, il publiait- une nouvelle édition des Essais (c'était la cinquième), augmentée d'un troisième livre et de 600 additions fondues dans le texte primitif. Cette édition parut, non à Bordeaux, mais à Paris, où il vint luimême en surveiller l'impression. Il s'attarda quelque peu loin de chez lui, recevant partout, dit Pasquier, « tous les honnêtes accueils que l'on pourrait souhaiter ». Au mois d'octobre, il'assistait aux premières séances des États de Blois; là il retrouvait deux de ses meilleurs amis, Pasquier, qui s'amusa à lui signaler dans les Essais plusieurs gasconismes, et De Thou, avec lequel il échangea les vues les plus pessimistes au sujet de la situation politique. Quand la mort de Henri III eut fait de Henri de Navarre l'héritier légitime du trône, celui-ci, qui entretenait avec Montaigne d'anciennes relations d'amitié^, lui fit les plus flatteuses avances. Vingt ans plus tôt, Montaigne y eût sans doute répondu ; mais sa santé était alors gravement altérée, et il avait définitivement renoncé à l'agitation des affaires : après avoir eu. la joie de marier sa fille et celle de voir monter sur le trône celui qui eût été un roi selon son cœur, il s'éteignit dans son château, le 13 septembre 1592, à l'âge de cinquante-neuf ans et demi : c'était vingt de moins qu'il ne s'en était jadis imprudemment promis.

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