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Il avait même été reçu dans | en octobre

NOTICE BIOGRAPHIQUE

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choses encore, le lecteur le plus curieux, le plus friand de documents humains trouvera largement de quoi se satisfaire. Nous n'avons pas, pour plusieurs raisons, reproduit toutes ces confidences : aussi bien importe-t-il assez peu çl la postérité de savoir qu'il préférait le vin blanc au rouge et ne le buvait jamais que c( dans de petits verres », et (( trempé )), qu'il s'habillait volontiers, soit tout de noir, soit tout de blanc, et qu'il ne put jamais se faire tondre après dîner. Ce qui nous intéresse vraiment et ce qui mérite de nous arrêter, ce sont les principaux traits de sa physionomie morale

Les plus saillants et les plus honorables (qu'il tenait, nous dit-il, de son père) sont l'horreur instinctive de l'hypocrisie, cette « humeur couarde et servile », un sentiment inné et très vif de l'honneur : « Je suis déhcat à l'observation de mes promesses, dit-il, jusques à la superstition. » — Un autre, non moins remarquable, est « cette lâcheté vers ta miséricorde » qui lui faitréproiivçr également la question judiciaire et l'usage du fouet dans les classes, et qui l'amena plusieurs fois, lorsqu'il eût eu l'occasion de prononcer des coixlamnations capitales, à c( manquer à la justice ». Cette « mansuétude » s'étendait jusqu'aux animaux et lui fait blâmer les souffrances inutiles que certains leur infligeaient ^ Tout cela nous paraît aujourd'hui médiocrement a merveilleux » ; niais n'oublions pas que le xvi*' siècle en jugeait autrement et que Rome même censura le chapitre des Essais où Montaigne avait estimé cruauté, a d«ns les condamnations judiciaires, tous les supplices qui sont <( audelà de la mort simple ». — Expansif, <( sociable presque à l'excès », (( né à la société et à l'amitié », il ne veut ïjc faire craindre de personne, ni de ses serviteurs, ni, à plus forte l'aison, de ses enfanVs. Il réprouve cette « morgue hautaine » que quelques-uns croient devoir alTecter envers les leurs, et il rétablit chez lui ^ remploi familier du tendre nom de père »•

Ne nous hâtons point cei)entlant de nous extasier devant sa bonté, de faire de lui une sorte d' a ami des honnnes », tel que l'eut rêvé le xyu!** siècle : à en juger par certaines de ses confidences, sa bonté était peut-être faite surtout du désir de ménager sa sensibilité. Il n'était point vraiment et profonde-

1. Vov. ses paroles s»''vèr(^s à l'éj^ard tio ces pères et de ces mères qui considèrent comme un « passe-

temps » de voir leur fils <■( tordi'e le col à un |)oulet », et eu « tirent augure de bravoure et de générosité».

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MOINTAIGNE.

ment bon, celui qui a écrit, sur ses enfants morts en nourrice» certaine phrase dont on ne se scandalisera jamais assez ^ et qui trouvait, pour moliver ses fréquentes et longues absences du foyer, des raisons si ingénieuses-; né « étrangement tendre », a délicat » au point d'être c( assassiné par un bourdonnement de mouche », il craignait peut-être surtout dans la douleur des autres un spectacle qui eût péniblement alTeclé ses yeux ou trop fortement secoué ses nerfs. Il faut bien l'avouer, en effet, il s'était de bonne heure habitué à rapporter tout à lui-même,. On a protesté récemment, avec ifne ingénieuse fertilité d'arguments, contre ce qu'on a appelé « la légende » de Montaigne, dont les principaux traits seraient son scepticisme, sa paresse et son égoïsme^. Sur les deux premiers points, nous sommes disposés, on le verra, à faire au spirituel apologiste de Montaigne,les plus larges concessions; mais sur le troisième il nous paraît bien que la légende, tout en donnant à la vérité une expression un peu désobligeante, ne l'a point altérée au fond.

Écoutons 3Iontaigne lui-même ; a Je suis si affadi après (fou de)' la liberté, que, qui me défendrait l'accès de quelque coin des Indes, j'en vivrais aucunement plus mal à mon aise » ; ailleurs, et à deux reprises, il appelle ses maîtresses quaUtés (par ce mot entendons ses traits caractéristiques) a Toisivelé et la liberté ». Cette liberté ne consiste point seulement pour lui à vivre où il lui plaît et à rester maître absolu de ses actions, mais aussi à se rendre complètement indépendant d'autrui, à ne subordonner son bonheur ni au bonheur ni à l'opinion de personne, libre de toute « obligation » morale aussi bien que de toute chaîne matérielle^. Ne nous étonnons pas si le souci de cette franchise lui inspira toute une philosophie raffinée et subtile, dont la fin suprême fut l'édification et la défense d'une sorte de forteresse où son moi s'enferma et se complut danfe une voluptueuse contemplation de lui-même.

Le dogme essentiel de cette philosophie est de ne s'attacher

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