Livre III, cli. i.v
5. Nous faisons allusion au charmant volume de M. Staj)t'er (dans Les Grands Etrlcains fiançais^ Paris. 1S1»5).
■i. Voy. le [>assuijo curieu.v et si-
gnificatif où il dit qu'il « compte à profit les ingrati'udes, offenses et indignités » qu'il reçoit de ceux envers qui il a quelque obligation, « prenant cette occasion de leur î'aulo pour autant darquit à décharge de sa dette. » (III, cli. ix.)
NOTICE BIOGRAPHIQUE
trop fortement à rien ni à personne : « Il faut avoir femme, enfanU, biens, et surtout de la santé, qui peut; mais non pas s'y attacher en manière que notre heur en dépende; il se faut réserver une arrière-boutique, toute nôtre, toute franche.... Il faut dénouer ces obhgations si fortes, et mesliui aimer ceci et cela, mais n'épouser rien que soi... La plus grande chose du monde, c'est de savoir ^tre à soi.... » Il faut lire tout ce chapitre x du livre III, où il enseigne, avec cette vigueur, cette abondance toujours renouvelée d'expressions qui procède et témoigne de l'intensité de la conviction, l'art de se dédoubler, de se « prêter à autrui sans se donner qu'à soi ». « Si quelquefois on m'a poussé au maniement d'allaires étrangères, j'ai promis de les prendre en"lnain, non pas au poumon et au foie, de m'en charger, non de les incorporer; de m'en soigner, oui, de m'en passionner, nullement*.... J'ai pu me mêler des charges publiques sans me départir de moi do la largeur d'un ongle, et me donner (le mot a évidennnent échappé à sa plume) à autrui sans m'ôter à moi... » Aussi Montaigne n'en revenait-il point d'étonnement lorsqu'il voyait son jiérc, ce l'àme cruellement agitée de la tracasserie publique », oulilier « le doux air de sa maison, et son ménage et sa santé », ou certain genlilhonnne de ses amis qui pensa a brouiller la santé de sa tète par une trop passioimée attention et alfection aux alfaires d'un prince son maître ». Certes, on ne saurait exiger d'aucun de nous qu'il se donne tout à autrui sans se rien réserver; mais la limite est délicate à tracer, et l'on a bien des chances, quand on est si jaloux de sa part, de faire aux autres la leur avec quelque parcimonie. C'était sans doute le sentiment des Bordelais, qui reprochèrent à Montaigne, connue il nous l'apprend lui-même, un peu de froideur et de nonchalance dans la défense de leurs intérêts; et la postérité n'est point éloignée de le partager, lorsqu'elle lit certaines lignes que ses apologistes n'ont gai'de de crter. Absorbé dans cette âpre défense du moi, il en vint à ])référer ses a connnodités » à des joies qui n'ont pourtant rien que de bien humain : a La plus connnuno et plus saine part des hommes tient s^' grand Iumu- l'abondance des enfants; moi et quelques autres à pareil heur le défaut »-.