‹ Principaux chapitres et extraits des "assais";Chapitre 91 sur 479 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

beaux danseurs démon temps, apprissent des caprioles* à les voir seulement Taire, sans nous bouger de nos places, comme ceux-ci veulent instruire notre entendement sans l'ébranler: ou qu'on nous apprît à manier un cheval, ou une pique, ou un luth, ou la voix, sans nous y exercer, comme ceux-ici nous veulent apprendre à bien juger et à bien parler, sans nous exercer à parler ni à juger. Or, à cet apprentissage tout ce qui se présente à nos yeux sert de livre sutlisant : la malice d'un page, la sottise d'un valet, un propos de table, ce sont autant de nouvelles matières.^

A cette cause le commerce des hommes y est merveilleusement propre, et la visite des pays étrangers; non pour en. rapporter seulement, à la mode de notre noblesse française, combien de pas a Santa Rolonda^y ou, comme d'autres, combien le visage de Néron*^, de quelque vieille ruine de là, est plus long ou plus large que celui de quelque pareille médaille ; mais pour en rapporter principalement les humeurs de ces nations et leurs façons et pour frotter et limer notre cervelle contre celle d autrui. Je voudrais qu'on commençât à Iç* promener dès sa tendre enfance'; et premièrement, pour faire d'une pierre deux coups, par les nations voisines, où le langage est plus éloigné du nôtre, et auquel, si vous ne la formez de bonne heure, la langue ne se peut plier.

Aussi bien est-ce une opinion reçue d'un chacun, que ce n'est pas raison de nourrir un enfimt au giron de ses parents: celle amour naturelle * les attendrit trop et relâche, voire les plus sages ; ils ne sont capables ni de

Page 1