‹ Principe d'une théorie mathématique de l'échangeChapitre 57 sur 109 · L. WALRAS · texte numérisé non relu

L. WALRAS

assimilé les banques d’émission à des établissements insalubres. Enfin M. Gernuschi, dans son beau livre intitulé Mécanique de l’échange, s’est prononcé formellement pour l’interdiction à qui que ce fût d’émettre des billets à vue, au porteur. Quant à nous, nous inclinons à nous ranger à cet avis. Nous croyons qu’en tout état de cause, les inconvénients de l’émission des billets de banque sont supérieurs à ses avantages, et que, dans un pays où l’économie politique serait assez avancée et assez répandue, si l’Etat n’interdisait pas formellement d’émettre des billets à vue, au porteur, les particuliers prononceraient eux-mêmes cette interdiction en refusant d’accepter des billets de banque en paiement ou en s’empressant de les aller présenter au remboursement.

Dans les limites de la somme nécessaire pour transformer tout le métal monnaie en métal marchandise, les billets de banque jouent absolument le rôle de monnaie métallique; par conséquent, dans ces limites, l’émission des billets de banque équivaut absolument au débarquement dans un pays d’un capitaliste étranger porteur de tonnes de monnaie métallique qu’il déposerait en compte courant disponible sans intérêts chez les banquiers du pays. Ce capitaliste étranger, dans le cas de l’émission des billets de banque, c’est le public qui accepte les billets de banque et s’en sert comme de monnaie. Il n’y a, nous le répétons, entre les deux situations, que cette seule et unique différence que la monnaie métallique aurait une valeur par elle-même, tandis que les billets de banque n’en ont pas d’autre que celle des capitaux qu’ils représentent.

Or il est certain que la remise par les banquiers à leurs emprunteurs d’une telle quantité de monnaie métallique supplémentaire mettrait d’une part ces emprunteurs en état de demander à l’industrie du pays une fourniture plus considérable d’instruments de production qui serait, bien entendu,

39 SEP. THÉORIE MATHÉMATIQUE DU BILLET DE BANQUE BULL. 591 compensée, pendant la période de construction de ces instruments, par une fourniture moins considérable d’objets consommables; et qu’elle occasionnerait d’autre part une augmentation dans la quantité du métal précieux et une diminution dans la valeur de ce métal d’où résulterait une hausse de tous les prix. Nous croyons avoir démontré, et c’était à vrai dire le point capital de notre travail, que les instruments de production obtenus en échange de la monnaie métallique supplémentaire consisteront en capitaux fixes et non pas en capitaux circulants.

Gela posé, les billets de banque se présentent au remboursement; autrement dit, le capitaliste étranger redemande ses fonds et veut s’en aller. Il est encore certain que le retrait de la circulation de la quantité de monnaie métallique qui y aurait été introduite occasionnerait d’une part une diminution dans la quantité du métal précieux et une augmentation dans la valeur de ce métal d’où résulterait une baisse de tous les prix; et qu’elle obligerait d’autre part les emprunteurs à liquider une partie de leur capital. Mais le capital fixe n’est pas ainsi liquidable; il n’y a que le capital circulant qui puisse se réaliser sinon immédiatement, du moins dans le délai nécessaire pour l’écoulement des matières premières et produits fabriqués dont il se compose. Si donc on exécutait scrupuleusement les conditions du contrat intervenu avec le public ou avec le capitaliste étranger, on priverait la société d’une portion de son capital circulant, on interromprait les opérations de la production agricole, industrielle et commerciale. Aussi, en réalité, a-t-on pris avec le public ou avec le capitaliste étranger un engagement qu’on ne peut remplir à moins de provoquer un bouleversement de la société. Eh bien, en disant qu’on devrait interdire l’émission de billets à vue, au porteur, nous disons qu’on ne devrait pas permettre aux banquiers de faire au public ou au capitaliste étranger une promesse

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qu’ils ne peuvent pas tenir. Et en disant qu’à défaut de cette interdiction, le public devrait ne pas se prêter à l’émission des billets de banque, nous disons que le capitaliste étranger ferait bien de ne pas se fier à une promesse qui ne peut pas être tenue.

24. L’émission des billets de banque a plus d’inconvénients que d’avantages en supposant même, comme nous l’avons fait, que tous les phénomènes accompagnant ou suivant cette émission s’accomplissent d’une manière normale. Mais que dire à présent si l’on songe qu’il est presque impossible qu’il en soit jamais ainsi ! Nous avons supposé les billets de banque émis exclusivement par des institutions de crédit à courte échéance en représentation de bons effets de commerce. Mais qu’on les suppose à présent émis aussi bien par des institutions de crédit à long terme en représentation de créances hypothécaires ou chirographaires. Qu’on les suppose émis par des institutions de crédit à courte échéance en représentation d’effets renouvelables ou de complaisance. Ils ne sont plus absolument remboursables ni à présentation, ni dans le délai de quatre-vingt-dix jours. Nous avons supposé l’émission lente et progressive, par conséquent la dépréciation de la monnaie, la demande des capitaux nouveaux, la hausse des prix, lentes et progressives également. Mais qu’on suppose à présent tous ces faits se produisant brusquement et avec excès , n’est-il pas alors certain que l’émission des billets de banque n’est rien autre chose que la préparation d’une crise à échéance déterminée ? Qu’on réfléchisse attentivement à ces éventualités et l’on se refroidira de plus en plus à l’endroit de ce dangereux instrument de crédit qui s’appelle le billet de banque.

Tb.maih. du Billet de Banque.

Bull Soc.Yaücl Sc. nat-YoIxyirPLxxni

Mon Wairas

i. J, Ghappu/s. Lausanne,

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