‹ Principe d'une théorie mathématique de l'échangeChapitre 60 sur 109 · L. WALRAS · texte numérisé non relu

L. WALRAS

ques, mais un administrateur rompu au maniement des affaires. L’auteur proteste contre les moyens violents proposés par les révolutionnaires communistes et socialistes. Plus scrupuleux que James Mill, il déclare que les propriétaires fonciers, ayant acheté en tenant compte de la plus-value, ont droit à cette plus-value, et que l’Etat ne saurait les en priver. Il refuse même à l’Etat le droit d’expropriation, et il l’oblige à acquérir les terres en traitant de gré à gré avec les propriétaires, ce qu’il peut, dit-il, parfaitement faire. Selon lui, en effet, l’Etat a, pour l’achat des terres, trois avantages sur les particuliers :

1° Il emprunte à meilleur marché qu’eux, et, en conséquence, il peut acheter plus cher ;

2° Il dure plus longtemps qu’eux, et, en conséquence, une somme à toucher à longue échéance a, pour lui, plus de valeur ;

3° Pour la même raison, il peut conclure des baux plus longs et, par conséquent, plus élevés.

Le résultat de ces trois circonstances est que l’Etat peut acheter la terre des particuliers assez bon marché pour trouver dans la hausse de la rente foncière le moyen d’amortir le prix d’achat.

En Prusse, au moment où Gossen écrivait, c’est-à-dire en décembre 1852, le 3 */ s % était à environ 94, c’est-à-dire que l’Etat empruntait à moins de 3 3 / 4 %• Or, selon lui, dans ce pays, à ce moment, on pouvait acquérir autant de terre que l’on voulait au prix de 26 a /s capitaux pour 1. En empruntant pour acheter à ce prix, l’Etat n’aurait aucun excédant des intérêts à payer sur le fermage à recevoir dans la première année, puisqu’il tirerait de son placement les 3 s /i °/o qu’il payerait pour son emprunt ; et il pourrait commencer dès la seconde année à amortir sa dette au moyen de la plusvalue du fermage. Mais alors même que l’Etat aurait, au

9 SÉP. THÉORIE MATHÉMATIQUE DU PRIX DES TERRES BULL. 197 début, un excédant des intérêts à payer sur le fermage à recevoir, il ne serait, en réalité, pas en perte, selon Gossen, si. la plus-value de la rente pendant la seconde année était au moins égale à l’intérêt de l’excédant en question. Or dans ces conditions, il pourrait augmenter sensiblement son prix.

Soit A le prix d’une terre et le montant d’une somme empruntée par l’Etat pour acquérir cette terre, i le taux de l’intérêt de l’emprunt, a le montant du fermage initial z le taux de la plus-value de la rente. L’intérêt annuel à payer par l’Etat est de Ai. A supposer qu’il y aurait un excédant de cet intérêt Ai sur le fermage initial a, pendant la première année, et que le déficit Ai — a serait à emprunter,, il n’y aurait pas, en réalité, de perte pour l’Etat si l’intérêt de cet emprunt supplémentaire, (Ai — a) i , était compensé par la plus-value az. La limite du prix d’achat, dans ces conditions, est donc fournie par l’équation

(A i—a)i — az,

d’où l’on tire

Dans l’hypothèse où i — 0.0375, où z = 0.01, le rapport de A à a est de 33 7 / 9 , au lieu de 26 */ 3 . Ce prix de 33 7 / 9 capitaux pour 1 représente un placement à environ 3 %.

5. Gossen a appuyé ces calculs généraux de trois tableaux sur lesquels nous en reproduirons deux. Le premier se rapporte au cas d’une terre de 100000 payée au moyen d’un emprunt à 4% et rapportant 4000, soit 4%* avec plusvalue de 1 % par an. L’amortissement commence au bout de 1 an et est terminé au bout de 47 ans. A ce moment, il y a même un excédant de 3 977, et le fermage, de 6448, est entièrement disponible. Le second se rapporte au cas d’une terre de même prix, achetée dans les mêmes conditions, mais

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