L. WALRAS
6. Tel est le plan de Gossen. Il en énumère les avantages dont quelques-uns seraient à discuter et mêmë à contester, mais au nombre desquels figure l’abolition de tous les impôts qui est un avantage indiscutable et incontestable. Ce plan repose, comme celui de Mill, sur une pleine connaissance de ce fait économique capital de la plus-value de la rente foncière dans une société progressive ; mais il est bien plus vaste et plus ambitieux que celui de Mill puisqu’il prétend d’une part laisser aux propriétaires fonciers la plus-value qu’ils ont payée et d’autre part remettre la totalité des fer-
13 SEP. THÉORIE MATHÉMATIQUE DU PRIX DES TERRES BULL. 201 mages aux mains de l’Etat. A ce titre il est plus séduisant ; mais est-il aussi sûr et aussi praticable ?
C’est en ajournant les résultats de l’opération, qui, dans le système de Mill, seraient immédiats , que Gossen pense atteindre son double but. On peut se demander si cet ajournement est un moyen suffisant. Gomme on l’a vu , les tableaux de Gossen ne se rapportent pas exactement à ses formules. Dans ses formules, il supposait le taux de l’intérêt de 3.75 %, et le prix pouvant aller de 26.66 à 37.77 capitaux pour 1. Dans ses tableaux, il suppose le taux de l’intérêt de 4 %, et le prix pouvant aller non pas de 25 à 31.25 capitaux pour 1, comme cela résulterait de A i— J- z
la formule — = —^, mais seulement de 25 à 30 capitaux
pour 1. Gossen nous affirme d’ailleurs qu’à 26.66 capitaux pour 1 on peut, dans beaucoup de contrées de la Prusse, acquérir autant de terre qu’on le désire ; et il semble croire qu’à 25 capitaux pour 1 on le pourrait de même, si le taux de l’intérêt s’élevait de 3.75 à 4 °/ 0 , puisqu’il nous donne un tableau dressé dans cette hypothèse. Mais comment, en Prusse, les particuliers, détenteurs d’épargnes ou spéculateurs , paient-ils du même prix un titre de rente sur l’Etat d’un revenu constant de 3 750 ou 4000 et une terre rapportant un fermage initial de 3750 ou 4000 susceptible d’un accroissement bien constaté de 1 % par an ? La plus-value de la rente une fois déterminée, il doit en résulter mathématiquement, pour les terres, un prix normal tel qu’il ne puisse y avoir avantage à arbitrer des capitaux mobiliers contre des capitaux fonciers. Et, s’il en est ainsi, de deux choses l’une : ou l’Etat paiera les terres au prix normal, de façon à ne faire aucun tort aux propriétaires, et en ce cas il n’amortira pas ; ou il paiera les terres à un prix inférieur au prix normal , de manière à amortir, et alors il fera tort aux pro-