‹ Principe d'une théorie mathématique de l'échangeChapitre 99 sur 109 · VARIATION DE VALEUR DE LA MONNAIE · texte numérisé non relu

VARIATION DE VALEUR DE LA MONNAIE

PAR

M. Léon WALRAS

Professeur d’économie politique à l’Académie de Lausaane.

Le système de monnaie d'or avec billon d'argent régulateur que j’ai exposé dans le numéro du 1 er décembre 1884 de la Revue de droit international repose tout entier sur un théorème d’économie politique pure que j’ai démontré mathématiquement dans mes précédents ouvrages et auquel j’attache une importance tout à fait capitale, savoir que : — Les valeurs des marchandises sont proportionnelles aux intensités des derniers besoins satisfaits, ou aux raretés. Le dernier besoin satisfait est celui sur lequel s’arrête le consommateur : son intensité est maximum au moment où la consommation commence ; elle diminue constamment au fur et à mesure que la consommation augmente ; elle est nulle quand la consommation a eu lieu à discrétion. Le prix du blé en or étant de O fr. 20, soit de V s de franc la livre, l’intensité du dernier besoin satisfait de blé chez chaque consommateur, après l’échange, est le cinquième du dernier besoin satisfait d’or. Au rapport des intensités des derniers besoins satisfaits chez chaque consommateur, on peut substituer le rapport des moyennes des intensités des derniers besoins satisfaits chez tous les consommateurs. Ainsi, dans l’exemple cité, l’intensité moyenne du dernier besoin satisfait de blé serait le cinquième de l’intensité moyenne du dernier besoin satisfait d’or. Quand je parlerai ici de la rareté tout court, il s’agira de cette rareté moyenne.

Les valeurs étant proportionnelles aux raretés, les éléments de variation des raretés sont les éléments de variation des valeurs. Pour une marchandise ordinaire, ces éléments sont au nombre de deux : 1° son utilité, 2° sa quantité. L’augmentation pu la diminution de l’utilité amène l’augmentation ou la diminution de la rareté ; l’augmentation ou la diminution de la

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quantité amène la diminution ou l’augmentation de la rareté. L’utilité et la quantité pouvant agir concurremment et en sens inverse, il se peut qu’elles varient toutes les deux sans que la rareté change. Pour une marchandise qui sert de monnaie, les éléments de variation de la rareté sont au nombre de trois :

1° son utilité comme marchandise, 2° son utilité comme monnaie, c’est-à-dire le chiffre de la circulation à desservir, 3° sa quantité. L’augmentation ou la diminution de chacune des deux utilités amène l’augmentation ou la diminution de la rareté; l’augmentation ou la diminution de la quantité amène la diminution ou l’augmentation de la rareté. Ici encore, les deux utilités, d’une part, et la quantité, de l’autre, pouvant agir concurremment et en sens inverse, il se peut que les trois éléments, ou deux d’entre eux, varient ensemble sans que la rareté change.

Cela posé, il est facile de montrer comment l’Etat ou le légis- ; lateur peut régler la rareté, et par suite la valeur, de la marchandise monnaie.

Supposons, pour fixer les idées, une monnaie d’or comme la nôtre et un billon spécial d’argent distinct du billon divisionnaire comme nos écus de 5 francs sont distincts des pièces de 2, 1 et '/s francs et que nous appellerons billon régulateur. L’or est monnaie parce que la frappe n’en est ni suspendue ni limitée, < parce que l’Etat transforme des lingots en pièces d’or à toute J réquisition des particuliers et qu’ainsi l’or tend à avoir toujours J la même valeur comme marchandise et comme monnaie. L’argent est billon parce que l’Etat frappe des pièces d’argent pour la quantité qui lui convient et en leur attribuant comme mon- i naie une valeur nominale supérieure à la valeur qu’elles auraient comme marchandise. Dans ces conditions, il est bien clair que l’Etat ou le législateur peut contrebalancer les effets des variations qui ne dépendent pas de lui dans les deux utilités ou dans la quantité de la marchandise monnaie en opérant lui-même ; une variation dans la quantité de cette marchandise qui sert de monnaie au moyen du billon régulateur dont il dispose. Par exemple, une des deux utilités de la marchandise monnaie a | augmenté: l’usage se répand de plus en plus d’aurifier les dents j au lieu de les plomber, ou bien on supprime dans le pays une circulation existante de papier pour la remplacer par une cir- J culation d’espèces. Les intensités des derniers besoins satisfaits ; cl’or vont augmenter. Que fait le législateur? Il introduit du J billon spécial dans la circulation ; une certaine quantité d’or |

régul. de la variation de valeur de la monnaie 3

monnaie se transforme, s’il le faut, en or marchandise, et la rai reté de l’or marchandise n’augmente pas. Ou bien la quantité de la marchandise monnaie a augmenté : on a découvert quelï; quepart des sables aurifères. Les intensités des derniers besoins ! satisfaits d’or vont diminuer. Que fait le législateur ? Il retire r. dubillon spécial de la circulation; une certaine quantité d’or [ marchandise se transforme en or monnaie, et la rareté de l’or | marchandise ne diminue pas.

Il est évident que, dans ce système, l’argent paie pour l’or. | L’Etat fixe ou fait varier comme il lui convient la rareté de l’or; | mais, en même temps, il crée, par cet emploi intermittent du i billon spécial d’argent qui tantôt entre dans la circulation et 1 tantôt en sort, une cause de plus de variation de la rareté de i l’argent. Mais il vaut bien mieux que l’argent varie un peu plus K- de rareté et par suite de valeur, et que l’or, qui sert à régler 1 toutes les transactions, acquière une rareté et par suite une va- \ leur fixe ou régulièrement variable. Au surplus, il n’est pas K nécessaire d’insister sur les avantages de la fixité ou de la régu- I larité de variation de la valeur de la marchandise monnaie. I L’objection qu’on fait d’ordinaire à cette fixité ou à cette régu- I larité de variation n’est pas d’être une chose peu avantageuse, i. c’est d’être une chose impossible. On vient de voir qu’elle est | une chose parfaitement possible.

y ■ Et, toutefois, cela n’est pas à dire que ce système monétaire,

; qui est rationnel, soit simple et facile. Les intensités des derniers | besoins satisfaits, ou les raretés, ne se mesurent pas directe- W ment: ce sont des grandeurs, mais non pas des grandeurs ap- K préciables. Leur tendance à l’augmentation ou à la diminution I ne se révèle que par la tendance à l’augmentation ou à la dimi- I nution des valeurs qui leur sont proportionnelles. Mais les valeurs elles-mêmes ne nous sont données que par leurs rapports avec d’autres valeurs. Comment donc discerner leur vrai mou- I veinent? Ainsi, le prix du blé en or s’est élevé de 0 fr. 20 à 1 0 fr. 25, soit de J /s à '/< de franc la livre. Il est certain que l’intensité moyenne du dernier besoin satisfait de blé, qui était y. auparavant le cinquième de l’intensité moyenne du dernier bet soin satisfait d’or, en est à présent le quart. Mais est-ce la I rareté moyenne du blé qui a augmenté? Est-ce la rareté moyenne de l’or qui a diminué ? Ou même ces deux raretés n’ont-elles ; pas varié toutes les deux ? C’est ce qu’il semble malaisé de sal voir. On a proposé plusieurs méthodes pour y arriver. J’ai cri-

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tiqué, dans la 28° Leçon de mes Eléments d’économie politique pure , celle qui a été exposée par Cournot dans ses Principes mathématiques de la théorie des richesses ; je critiquerai ici celle qui a été employée par Jevons dans le célèbre mémoire : — A serions Fall in the Value of Gold ascertained, and its social Effects set forth (1863) h

Soient a, b, c, d ... les prix en or d’un nombre m de marchandises (A), (B), (C), (D)... à un moment donné ; a', b', c', d r ... les prix en or de ces marchandises au bout d’un certain temps.

D’après Jevons, la moyenne géométrique des rapports —, —, c' d'

—, -r- ... soit

représentant l’augmentation ou la diminution moyenne des prix des marchandises en or, le rapport inverse, soit

i/sL'E..—: —

représentera d’autre part la diminution ou l’augmentation de valeur de l’or. Cournot cherche des marchandises qui n’aient pas varié de valeur les unes par rapport aux autres; Jevons prend ses marchandises au hasard, il en prend seulement le plus possible : sa méthode, dit-il lui-même, est non exclusive mais inclusive. Nous en examinerons tout à l’heure le principe même; mais il convient de mentionner auparavant divers détails intéressants d’application.

Les éléments du calcul sont des prix annuels qui sont des prix moyens arithmétiques. Le prix a, de l’année 1 est égal à la somme des prix a } ,a F) a M ... des mois de janvier, février, mars ... divisée par 12 selon la formule

1 Ce mémoire est le second de ceux qui ont été réunis dans le volume intitulé : — Investigations in Currency and Finance. London, 1884.

régul. de la variation de valeur de la monnaie 5

Après les prix a„ b u c„ d t ... de l’année 1, on cherche successivement les prix a 3 , b 3 , c 3 , d 3 ... de l’année 2, les prix a 3 , b 3 , c 3 , d 3 ... de l’année 3 ... les prix a i0 , b i0 , c î0 , d î0 ... de l’année 20 et l’on en fait un Tableau I des Prix moyens annuels de chacune des m marchandises durant la période 1—20 disposé comme suit:

Cela fait, on pourrait prendre les rapports

a, a, b t bi

— — ... et l’on aurait ainsi la variation annuelle

des prix des marchandises en or et la variation annuelle de valeur de l’or. Mais, pour une raison fondée sur toute une théorie des plus ingénieuses, Jevons procède un peu différemment.

Dans un pays qui épargne et qui capitalise, une partie des services producteurs : rentes de terres, travaux de facultés personnelles, profits de capitaux, sont annuellement détournés de la production des objets de consommation vers la production des capitaux neufs. Mais cette production des capitaux neufs, qui constitue le fait de la capitalisation, ne s’opère pas d’une façon régulière. Un pays qui capitalise 5 milliards en 10 ans ne capitalise pas 500 millions par an ; cette moyenne sera celle de certaines années intermédiaires ; pendant quelques années, elle sera supérieure et s’élèvera peut-être à 7 ou 800 millions ; pendant quelques années, elle sera inférieure et s’abaissera peutêtre à 2 ou 300 millions. Ce mouvement est analogue à celui de la mer : il comporte un flux, une marée haute, un reflux, une marée basse. Les périodes de marée haute, qui sont celles de forte capitalisation, se caractérisent par l’élévation du taux de l’escompte, le haut prix du fer et des matériaux de construction et par une hausse du prix des objets de consommation à la production desquels on dispute les services producteurs pour la

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production des capitaux neufs. Les périodes de marée basse, qui sont celles de faible capitalisation , se caractérisent par les phénomènes contraires: abaissement du taux de l’escompte, bas prix du fer et des matériaux de construction, baisse du prix des objets de consommation. Le reflux se fait plus rapidement que le flux: il coïncide en général avec une crise, devons, qui a accumulé sur ce point les observations et les analyses avec une patience et une sagacité rares, pose en fait qu’au XIX e siècle, en Europe et aux Etats-Unis, la période de 10 ans que nous avons citée comme exemple est en réalité celle d’une marée économique comprenant flux et reflux, marée haute et marée basse. Peut-être les explications qu’il a données de ce fait sontelles plus ou moins contestables; en tout cas, le fait lui-même paraît certain. Or il en résulte qu’il y a une précaution à prendre dans le calcul des variations de prix, vu que, si l’on comparait entre eux des prix séparés par un nombre quelconque d’années d’intervalle, on s’exposerait à ne pas comparer des choses comparables. Il faut comparer des prix de marée haute avec des prix de marée haute, ou des prix de marée basse avec des prix de marée basse, ou mieux encore des moyennes de prix de flux et reflux avec des moyennes de prix de flux et reflux. Cette dernière façon de procéder semble tout à fait indiquée au point de vue même de la théorie de Jevons. Ce n’est pourtant pas tout à fait celle qu’il a suivie dans son mémoire. Pour mesurer la diminution de valeur de l’or produite par la découverte des mines de Californie et d’Australie, il a pris le rapport de la moyenne des prix de 1860-62, période de marée basse, à la moyenne des prix de 1845-50, période de flux et reflux terminée par l’événement dont il s’agissait de mesurer l’effet. Il est vrai qu’en procédant ainsi, il atténue, plutôt que de l’exagérer, l’effet en question. Quoi qu’il en soit, pour tenir compte de la théorie de la marée économique, nous supposerons, quant à nous, que les prix a, b, c, d... a', b', c', d'... sont des moyennes arithmétiques de prix de périodes successives de flux et reflux, c’est-à-dire des moyennes arithmétiques de prix de périodes décennales selon les formules

régul. de la variation de valeur de la monnaie 7 et ce seront ces moyennes a, b, c, d ... a', b', d , d! ... que nous introduirons clans la formule

pour en déduire l’augmentation ou la diminution moyenne des prix des marchandises en or, au moyen de l’équation

— (log a+log & + log c

Et, toutefois, avant de tirer ce rapport final, Jevons fait un second tableau accompagné d’une construction gi aphique très importante. ^ , ,

a,b,c,d... étant les moyennes arithmétiques de prix de la première période décennale de flux et reflux, on dresse un A. BLEAU II des Rapports des prix annuels durant la pet 10 e 1—20 aux moyennes des prix durant la période 1 10 ispose

comme suit :

ho

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dont nous nous occupons, Jevons a fait correspondre ses courbes non pas à ce second tableau, mais à un troisième donnant les rapports des prix annuels durant la période totale aux moyennes des prix durant la première période sous forme de rapports moyens géométriques par groupes de marchandises plus ou moins analogues. Toujours en me plaçant à son point de vue, je me permets de penser qu’il y a lieu de construire la courbe représentative de la variation des prix annuels durant la période totale par rapport à la moyenne du prix durant la première période pour chaque marchandise séparément. Il me semble qu’ainsi seulement on peut reconnaître et constater qu’indépendamment de ses variations de prix spéciales, chaque marchandise a subi une variation générale qui lui a été commune avec toutes les autres et qui a été due à des causes afférentes à la monna^. Mais je reviendrai sur ce point tout à l’heure.

Cette variation générale et commune est fournie, suivant Jevons, par le tableau

4 / h. £l . / O* 6g C 2 Cl 3 ./^3&3 Ç3^3

et par la courbe qui le représente. Cet le courbe est frappante dans le mémoire de Jevons. On voit le prix moyen d’une quarantaine de marchandises, prises entre toutes, partir en 1845 de l’horizontale correspondante à la moyenne des prix de la période 1845-50, s’élever au-dessus de cette horizontale en 1846, moment de flux, s’y tenir en 1847, moment de marée haute, s’abaisser au-dessous de l’horizontale en 1848, moment de reflux, s’y tenir en 1849-52, moment de marée basse, remonter au-dessus de l’horizontale en 1853, moment de flux, s’y tenir en 1854-57, moment de marée haute, mais à un niveau sensiblement plus élevé qu’en 1847, redescendre en 1858, moment de reflux, mais pour se tenir en 1859-62, moment de marée basse, au-dessus de l’horizontale et non plus au-dessous, c’est-à-dire à un niveau beaucoup plus élevé qu’en 1849-52.

régul. de la variation de valeur de la monnaie 9

Il semble donc évident que l’effet de l’abondance de l’or a été 1 de transporter toutes les ondulations de la courbe à un niveau | supérieur. Et c’est bien la différence du niveau de la seconde * période et du niveau de la première, exprimée par le rapport

y jf d!

et non la différence du niveau de la marée basse et de l’horizontale, qui fournit la mesure de l’augmentation moyenne des prix des marchandises en or ; et la différence inverse, exprimée par le rapport

qui fournit la mesure de la dépréciation de la monnaie, du moins si le principe même de la méthode de Jevons est juste.

C’est ce principe qu’il s’agit d’examiner à présent. Je fonderai cet examen sur la considération de la proportionnalité des valeurs aux raretés qui est la considération décisive en matière de monnaie et d’économie politique pure et sur laquelle j’ai déjà fondé l’examen de la méthode de Cournot.

Soient a, j3, y, 5... o les raretés moyennes des marchandises (A), (B), (C), (D)... et la rareté moyenne de l’or, aux prix a,b,c, d... ; soient a', j3', /, ... o' les raretés des mêmes marchandises et la rareté de l’or, aux prix a', b', c r , d '... En vertu

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du théorème de la proportionnalité des valeurs aux raretés, on a à la fois :

mj

d’où l’on tire successivement :

) cc

\ /£l Æ iL t / a' b' c' d'

V ce • J • y • ;y - VI' T ■ T ' T

par où l’on voit immédiatement que l’inverse de la moyenne géométrique des variations de prix des marchandises (A), (B), (C), (D)...

ne donne pas la variation de rareté et de valeur de l’or

mais bien le rapport de cette variation de rareté et de valeur de l or à la moyenne géométrique des variations de rareté et de valeur des marchandises (A), (B), (C), (D)...

régul. de la variation de valeur de la monnaie 11

Pour qu’elle donnât la variation de rareté ou de valeur de l’or, il faudrait que l’on pût poser

I ce qui n’est pas ; car, même en prenant toutes les marchandises autres que la marchandise monnaie sans exception, on n’a pas

La moyenne géométrique des raretés de ces marchandises n’est pas une constante. Au contraire, la science montre que, dans une société progressive, c’est-à-dire dans une société où le capital augmente plus rapidement que la population, cette moyenne doit diminuer; dans une société rétrograde, elle devrait augmenter; et, dans une société stationnaire, elle pourrait varier en raison de variations accidentelles dans l’utilité ou dans la quantité des marchandises. 11 est vrai que, dans une telle société, elle pourrait aussi demeurer constante si, l’utilité ou la quantité d’un certain nombre de marchandises ne variant pas, les effets des variations dans l’utilité ou dans la quantité des autres marchandises se compensaient exactement. Et comment reconnaîtrait-on qu’il en serait ainsi ? On le reconnaîtrait en comparant la courbe de variation générale et commune de prix dont nous avons parlé plus haut avec les courbes de variation spéciale de prix correspondant à chaque marchandise. S’il en était un grand nombre de ces dernières dont la similitude avec la première fût remarquable, il serait à supposer que les variations de prix qu’elles représenteraient proviendraient de causes inhérentes à la monnaie et non de causes inhérentes aux marchandises. C’est ce qui paraît avoir lieu dans l’application que Jevons a faite de sa méthode à la mesure de la dépréciation de l’or de 1850 à 1862 et ce qu’on verrait encore mieux si, au lieu d’établir des courbes spéciales par groupes de marchandises, il

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avait établi des courbes spéciales à chaque marchandise. Seulement, il faut bien le remarquer : en procédant ainsi, on abandonne, en réalité, la méthode inclusive de Jevons pour revenir à la méthode exclusive de Cournot laquelle me semble décidément préférable pour ce qui est de constater et de mesurer les variations de valeur de la monnaie.

Mais ici se pose une question à laquelle nous allons répondre d’une façon qui va rendre à la méthode de Jevons toute sa supériorité. Doit-on désirer que la monnaie ne varie pas de rareté et de valeur ? Ou ne doit-on pas plutôt désirer que la variation de rareté et de valeur de la monnaie soit précisément égale à la moyenne géométrique des variations de rareté et de valeur des autres marchandises? Pour ma part, je n’hésite pas à croire, comme je l’ai déjà dit dans l’exposition de mon système de monnaie d’or avec billon d’argent régulateur, que c’est à ce dernier but que l’on doit tendre, vu qu’il n’y a aucune raison de soustraire la marchandise monnaie à la loi de réduction de plus en plus considérable des raretés des produits résultant du progrès économique et qu’il y a, au contraire, tout avantage à ce que son pouvoir d’acquisition reste le même. Or rien de plus aisé que d’obtenir ce double résultat par l’emploi du billon d’argent régulateur effectué sur des indications empruntées à la méthode de Jevons. Supposons en effet que, par cet emploi, on réussît à faire en sorte que la moyenne géométrique des prix ne variât pas, soit que l’on eût

alors on aurait aussi

et la variation de la rareté et de la valeur de la monnaie serait égale à la moyenne géométrique des variations de rareté et de valeur des marchandises.

Cette dernière moyenne doit-elle être une moyenne géométrique? C’est un point que Jevons n’a pas non plus discuté théoriquement et que je vais essayer de préciser aussi grâce au principe de la proportionnalité des valeurs aux raretés.

régul. de la variation de valeur de la monnaie 13

D’un système d’équations

on pourrait tirer aussi

et, par suite,

Et si, par l’emploi du billon régulateur, on réussissait à faire en sorte que la moyenne arithmétique des prix ne variât pas, soit que l’on eût

alors on aurait aussi

t la variation de la rareté et de la valeur de la

gale à la moyenne arithmétique des variations de rarete et de

ty 1 a d plnTa an par Emploi du billon régulateur on réussisait à faire en sorte que la moyenne harmonise des pria ne ariât pas, soit que l’on eût

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alors on aurait aussi, comme on peut s’en assurer par un calcul très simple et très facile,

et la variation cle la rareté et de la valeur de la monnaie serait égale à la moyenne harmonique des variations de rareté et de valeur des marchandises. Pourquoi faut-il préférer la moyenne géométrique à la moyenne arithmétique et à la moyenne harmonique ?

Dans l’hypothèse de la moyenne harmonique, avec une même quantité d’or

et —(— b H - c cl —(— ...

on aurait successivement

1 de (A) + 1 de (B) + 1 de (C) + 1 de (D) + ... = m, aux prix a, b, c, d ... et

~ de (A) + A de (B) + S de (C) + — de (D)+ ... = m, 1 aux prix a u , b lv , c IV , d IV ...

Dans l’hypothèse de la moyenne arithmétique, avec une même | quantité d’or

ci —|— b ' -)- c'" —)— d"' -f- ...

on aurait successivement

~~ de (A) -h ~ de (B) de (C) + ~ de (D) + ... = : m, ^

aux prix a, b, c, d ... et

1 de (A) + 1 de (B) + 1 de (C) + 1 de (D) + ... = m, aux prix a'", b'", c"', cl '"...

régul. de la variation de valeur de la MONNAIE 15 Ainsi dans les deux cas, une même quantité de monnaie achèterait toujours une même quantité de richesse sociale. Il n’y a pas lieu d’ailleurs de préférer un résultat à 1 autre, et l’on doit prendre la moyenne géométrique, comme le lait jevons s’il est vrai, comme Jevons l’affirme, mais sans le démontrer, qu’elle donne un résultat intermédiaire. Il y aurait donc à prouver ici que la moyenne géométrique des variations de rareté des marchandises est intermédiaire des moyennes arithmétique et harmonique, c’est-à-dire que l’on a

et

/iL+Â+Ji+l.

soit

et

J Ci i il \ -> 1

Or, il ne serait pas difficile de montrer que cette double inégalité, qui a lieu pour 2 et pour 3 marchandises, a lieu pour un nombre quelconque de marchandises.

Il convient de rechercher encore jusqu’à quel point, en procédant comme nous le faisons, nous nous rapprochons de la combinaison de l’étalon multiple. Le principe de cette combinaison, qui est qu’une même quantité de monnaie achète toujours les mêmes quantités déterminées des mêmes marchan dises déterminées, s’exprimerait généralement par l’équation

pa + qb + rc + sd = pa y -f- qb y -f- rc y + sd y .

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La détermination des marchandises (A), (B), (C), (D) et des quantités p, q, r, s est arbitraire. Si on prend toutes les marchandises , et une unité de chacune, le principe s’exprimera par l’équation

Dans ce système, la compensation a lieu si, tandis que le prix d’une marchandise a augmenté de 7r, le prix d’une autre a diminué d’autant. Dans notre système, dont le principe s’exprime généralement par l’équation

la compensation a. lieu si, tandis que le prix d’une marchandise a été multiplié par n, le prix d’une autre a été divisé par le même nombre. Dans l’un et l’autre système, il arrive qu’une quantité égale d’or a toujours sensiblement la même valeur en marchandises.

Ainsi, la méthode de Jevons est excellente à la condition qu’au lieu de l’employer pour mesurer la variation de rareté et de valeur de la monnaie, on la fasse servir à régulariser cette variation en la rendant égale à la variation moyenne de rareté et de valeur des marchandises. Pour cet objet, elle est d’une rigueur et d’une simplicité parfaites. Les marchandises qui se vendent sur des marchés réguliers et dont les prix, résultant d’une enchère et d’un rabais rigoureux, sont constatés par des mercuriales publiques, ne sont pas extrêmement nombreuses. Qu’on les prenne toutes et qu’on calcule la moyenne géométrique de leurs variations de prix à des intervalles déterminés ; puis qu’on ajoute ou qu’on retranche du billon régulateur selon que cette moyenne sera inférieure ou supérieure à l’unité ; et le problème de la régularisation de la variation de valeur de la monnaie est résolu. Il l’est complètement et sans qu’il y ait ni place ni ressource pour l’arbitraire. Supposons, en effet, que l’on ait

et demandons-nous quelle serait la quantité de billon régulateur à ajouter dans la circulation ou à en retrancher pour que l’on eût

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