ENTRAVES A L'ACCROISSEMENT
« les scènes de carnage autorisées encore par la civilisation romaine au cours de la guerre des Gaules ».
« Certes, conclut-il, ce ne sont pas là des choses légères el superficielles, de simples plumes qui flottent à la superficie des choses humaines, en comparaison des
maux qui tirent leurs sources des lois de la nature ! (1) »
b) Quant aux conséquences d’un mauvais gouvernement, Godwin triomphe d'en trouver l'exemple le plus frappant dans le malthusianisme même, et rapporte en entier certain passage de l'Essai relatif aux exactions du gouvernement turc, et aux abus étranges auxquels l'impôt territorial ou mir peut servir de prétexte :
« Les moins aisés du village ne pouvant plus payer le mir deviennent à charge aux autres ou fuient dans les villes. Comme le mir est inaltérable et doit toujours s'acquilter en entier, leur portion se reverse sur le reste des habitants ; et le fardeau qui d’abord était léger s’appesantit. S'il arrive deux années de disette ou de sécheresse, le village entier est ruiné et déserté, mais la quotité se reporte sur les voisins »... « il estinutile de
s'arrêter à montrer les effets que doit avoir sur l’agri-
culture un tel système de gouvernement ... » (2). Telles sont done — cruauté des conquêtes et abus
des gouvernements — les deux grandes causes qui arré -
1) Trad. Constancio, t. I, p. 56.
Essai sur le principe de la population, éd. anglaise, t. FI, Pp. 205 à 261.
134 PREMIÈRE PARTIE. — SECTION I. — CHAPITRE If
tent la population. En terminant Godwin s'écrie : « Oui, les conquêtes sont un vice, le mauvais gouvernement estun vice. — Qui en doute ? — Et s'ils avaient été bannis de la terre, il y a raison de croire que l'espèce humaine et le globe que nous habitons offriraient un aspect bien différent de celui qu'ils présentent en ce moment !(1)»
« Il y a raison de croire... » : c’est en définitive tout l'argument que le socialisme oppose celte fois aux recherches patientes à l’aide desquelles Malthus a essayé de nous montrer que si le vice disparaissait (ce qu'il souhaite ardemment), l'espèce humaine aurait encore à choisir entre une misère plus accablante de tous les jours ou bien l'exercice d’une vertu indispensable, trop peu pratiquée au cours des siècles, mais seule digne d’être proposée à une humanité en progrès comme moyen de limitation conforme à son bonheur el à sa dignité. — Comment le socialisme sort-il de cetle alternative ? En uous affirmant qu’ « il y a raison de croire » que le vice n'est pas nécessaire dans les sociétés |
Godwin avait vu, dans les Recherches sur la Justice poliütique,l. VIT, ch. III ën fine,qu' «il y a dans la sociélé humaine un principe par lequel la population est perpéluellement maintenue au niveau des moyens de
subsistance ». Malheureusement cette idée,peut-être la
(1) Trad. Constancio, £. I], p. 60,
CEA PITRE"TTT