‹ Principe de Population et Socialisme (Histoire des Doctrines de la Population, depuis le Principe de Population de Malthus jusqu'à nos jours)Chapitre 14 sur 42 · CONSÉQUENCES DE LA THÈSE OPTIMISTE · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES DE LA THÈSE OPTIMISTE

Les conséquences naturelles de ce système sont d’écarter la crainte de la procréation chez l'individu, en même temps que la suspicion « odieuse » dans laquelle le malthusianisme tient la vertu, et d'attaquer le mal où il réside, en modifiant l’état social existant.

Toute cette partie des Recherches dans laquelle Godwin s'efforce de renverser les conclusions du malthusianisme, — ce qu'il devrait faire, semble-t-il, en s'appuyant sur ses raisonnements antérieurs, — n’est en réalilé qu'une longue diatribe contre la prétendue immoralité qui se dégage de l’œuvre de Malthus. Il s’indigne que l’auteur du Principe de population, dans la crainte de la faim et de la disette, veuille nous administrer comme « remèdes », le vice et la misère !

« La faim et la disette, voilà les maux: le vice et la misère en sont les remèdes... C'est une observation vulgaire que les drogues que les médecins administrent pour guérir notre corps, sont pour la plupart nauséabondes et d’un goût désagréable. Sur ce point il faut avouer que M. Malthus a acquis des droits incontesta: bles au titre de médecin ».…. « Il faut assurément qu’un système repose sur des preuves irrésistibles et irréfragables, pour qu’on puisse l’admettre lorsque les plus précieux bienfaits qu'il nous offre sont le vice et la misère.. (1). » Tout le sixième livre est écrit sur ce ton.

Selon Godwin, le malthusianisme fait du vice une

(4) Trad. Constancio, t. II, p. 313.

nécessité. S'emparant de cette idée, il entreprend d'affirmer — car il est impossible d'employer le mot prouver — que non seulement les praliques vicieuses ne sont nullement nécessaires, mais qu'en fait la pratique de la vertu est beaucoup plus générale que le malthusianisme ne l'admel. Il s'étonne de voir soupçonner ainsi la vertu de ses contemporains des deux sexes, et nous trace un tableau à coup sûr très édifiant de la société anglaise qui l'entoure : ‘tableau largement peint du reste, et dont les détails se noient heureusement dans les chaudes couleurs de l’ensemble. La passion d'un sexe pour l’autre et le frein vertueux que ses compatriotes savent y imposer lui fournit des pages que nous serons d'autant plus désireux de pouvoir rapporter ici, qu'il est matériellement impossible de les analyser, tant la verve inspirée en est exclusive de ce terre à terre qu'on nomme la logique.

Et ce n’est pas assez pour le malthusianisme de mettre en doute la vertu : il nous engage à la délaisser, par l'illusion funeste des conséquences qu’entraînent les liaisons Juvéniles et les libres élans de la passion !

Rejetons loin de nous ces idées déprimantes, et bien convaincus que jamais la nature ne sera pour nous avare de ses bienfaits, rendons-lui sa générosité en confiance : — ne contrarions pas les impulsions qu’elle nous donne, — considérons la prudence comme inquiétante et superilue, et l'accroissement de la population comme

le plus bel idéal digne d’une société rénovée !

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