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CAUSES DE PROGRÈS & DE DEGENERESCENCES

§ i. — Transformation des peuples blancs en nègres

observée en Afrique.

Qui de nous ne s'est posé une foule de questions en songeant à la multitude des êtres animés qui couvrent le globe, en examinant un insecte ou en suivant des yeux la fourmi qui trace sa route? Tout d'abord on reconnaît entre tous ces êtres tant de points de similitude, un si palpable enchaînement de formes sous leurs variétés apparentes, que le plus souvent on désigne les parties analogues par les mêmes noms.

Aux questions que nous faisons dès que nous commençons à réfléchir, on fait des réponses mystiques que contredit bientôt tout l'ensemble des faits d'expérience physique et autres qui nous frappent de toutes parts. Que peut-il résulter de ces invraisemblances? Rien de bon; car la morale, comme la science, ne peut trouver une bonne base que dans la raison. Notre pensée revient malgré nous sur ces premières croyances ; la raison n'est pas satisfaite, et le doute nait. Au contraire, si la raison est satisfaite, la confiance succède. La science a donc non-seulement ses droits, mais elle doit être la véritable

base de la morale ; cela est d'autant plus nécessaire que rhomme a progressé, progresse et progressera. ■ Me trouvant en Egypte, au pied de ces monunaents que la plus haute civilisation a couverts d*hiéroglyphes, il me sembla qu'ils appartenaient à l'histoire moderne, en comparaison des seuls phénomènes récents qui encadrent ces monuments. En effet, les couches de limon du Nil qui soutiennent leur base, comparées à celles qui sont au-dessous, montrent qu'avant leur fondation il s'était déjà écoulé des périodes considérablement plus longues depuis que le Nil a commencé à déposer son limon. Les couches de grès horizontales et taillées en falaise qui bordent ce fleuve font voir que ces érosions, probablement plus puissantes jadis, à moins qu'il n'y ait eu soulèvement progressif, ont antérieurement creusé cette vallée. Les érosions, en se portant tantôt à droite, tantôt à gauche, ont atteint jusqu'à trente kilomètres de largeur sur cinquante ou soixante mètres de profondeur.

En franchissant ces plateaux, on trouve, principalement sur le Mokatam, de vastes forêts pétrifiées dont les innombrables troncs brisés, souvent à peine disjoints, semblent étaler à nos regards rêveurs la richesse végétative qui a couvert ce pays à une époque géologique antérieure aux effets que nous venons de signaler. Dès lors, combien cette antiquité monumentale se rabaisse devant cette simple comparaison géologique, qui pourtant n'appartient qu'à une époque relativement récente!

L'antiquité égyptienne perdit infiniment de son attrait pour moi ; par cette seule comparaison et mes idées remontant plus haut, .c'est l'homme primitif qui avait animé la terre avant d'avoir atteint cette vieille civilisation, cependant déjà si avancée, qui devint l'objet de mes préoccupations. Pourtant ces hiéroglyphes avaient encore leur utilité; caf ils nous confirmaient d'autres

traditions qui accusent un mouvement des peuples s'avançant de ce pays vers la Nigritie.

Qu'étaient devenus ces peuples de l'Orient répandus en Afrique? Ma route était tracée, je me dirigeais précisément vers le Soudan ; mais comment les reconnaître? La chose me semblait si difficile, que parfois j'écartais ces idées comme offrant des difficultés insolubles. Pourtant un grand ensemble de phénomènes vint frapper mon attention et me ramener plus fortement à ces préoccupations d'origine qui avaient si souvent éveillé ma pensée. Je vis que plusieurs circonstances tendaient à accuser la transformation des peuples qui s'étaient avancés de l'Orient vers le centre de TAfrique.

Dans les états barbaresques, j'avais été frappé de la différence des types indigènes avec ceux des Soudaniens et surtout ceux des nègres qu'on y rencontre. Me rappelant les opinions des naturalistes, je pensai simplement qu'il s'agissait selon les uns, de différentes espèces d'hommes, ou bien, selon les autres, de races qui auraient été diversifiées d'abord par des causes primordiales, inhérentes au premier état de notre planète et ensuite modifiées par des croisements et quelques faibles actions de milieu. Mais en partant de l'Egypte pour remonter vers la Nigritie, je vis que, malgré toutes les invasions, les bouleversements, qui ont porté les plus grandes perturbations dans les populations de ces contrées, on reconnaît néanmoins une progression d'ensemble assez régulière dans la modification de ces peuples. Ce n'était pas cette bigarrure de types et de couleurs qu'auraient dû laisser les diverses migrations qui sont venues peupler ces contrées. Il me sembla qu'il y avait dans ce fait une cause grande et puissante qui posait là son empreinte et harmonisait cette succession de peuples; selon une loi naturelle, indépendante de leurs mélanges, supérieure au croisement.

La traversée du grand désert de Korosko vint faire une interruption dans les populations avec lesquelles nous étions en contact. Des Barabra ou Berbères occupent les deux côtés de ce désert, et, ce qui me surprit le plus, ce fut de voir que la fraction de ce même peuple, qui habite le côté sud du désert, est beaucoup plus noire que celle qui occupe le côté nord. La chevelure est aussi plus frisée. Ces habitants sont tellement noirs, que si l'on en voyait des individus dans nos pays, on les prendrait volontiers pour des nègres. Ensuite nous vîmes des peuples arabes dont le teint est également très foncé, et, les comparant à d'autres Arabes blancs ou très peu colorés que j'avais vus dans l'Afrique septentrionale, je n'en fus pas moins surpris. En continuant notre marche vers le sud, nous trouvâmes dans le Sennâr des peuples Foun ou Foungi (anciens Fout), dont le teint était entièrement noir, les cheveux fortement crêpés et les traits en grande partie transformés dans le sens de ceux des nègres. A côté de ceux-ci et même plus au sud, joignant les peuples nègres, nous trouvâmes des Arabes, ou plus exactement des peuples désignés comme tels qui ne continuaient pas la progression; ils étaient moins noirs, avaient les cheveux peu crêpés et les traits presque intacts; mais aussi il y a peu de siècles qu'ils habitent ces régions reculées.

« Cet ensemble de faits frappa vivement mon attention. Je cherchai à reconnaître si la cause de ces transformations venait du croisement de ces différents peuples avec les nègres ou bien de l'influence du milieu; car il ne pouvait être question d'hommes ainsi créés, puisque leur origine et leurs migrations sont connues et que des fractions de ces mêmes peuples sont répandues au sud et au nord des déserts, comme pour attester les différences actuellement survenues entre eux. Dans nulle autre contrée du globe, on ne peut suivre d'aussi loin la

marche des peuples; nulle part aussi les contrastes n'étant plus frappants, cette étude me semble mériter une sérieuse attention.

« Des raisons nombreuses et puissantes tendent à montrer que ces transformations sont dues à l'action des milieux. D'abord il résulte de mes observations, comme de celles des autres voyageurs, que les peuples d'origine asiatique, répandus au Soudan, loin de fraterniser avec les nègres, vivent avec eux dans un état de guerre acharnée et presque continuelle. Ensuite, les esclaves qui proviennent de ces guerres ne sont généralement pas conservés au Soudan, d'où il leur serait trop facile de regagner leur pays et où d'ailleurs les besoins sont très restreints. Ils sont envoyés dans l'Afrique septentrionale, où, comme chacun le sait, les jeunes femmes esclaves sont d'un prix relatif à celui de l'homme qui atteste assez pour quel usage elles sont recherchées de leurs maîtres. Il y a donc là des croisements plus fréquents qu'au Soudan, et pourtant que voyons-nous? Au nord des déserts, l'homme noir passe au blanc, le peuple conserve son type, tandis que te blanc passe au noir dans le sud. Le croisement ne serait ainsi qu'un accident temporaire dont le résultat se perd peu à peu sous l'action des milieux, et ce n'est pas à lui qu'il faudrait attribuer le résultat définitif du changement.

« D'autres raisons viennent à l'appui de celles-ci. D'abord l'action des milieux et le croisement ont une manière distincte d'agir. Par le croisement, les traits se modifient de suite très fortement et individuellement, mais surtout dans le sens propre au milieu sous lequel il se produit. Ainsi, en Europe, le métis passe plus facilement au type blanc, dans le Soudan au type nègre. Bien que les individus croisés se fondent de plus en plus dans le type général par une suite de générations, ce n'en est pas moins la marche du croisement que l'on

observerait, quoicju a un moindre degré, s'il était le principal agent. L'action des milieux, d'après ce que nous voyons, agit, non en détail, mais d'une manière générale; en commençant par modifier surtout le teint de plus en plus à chaque génération, elle agit moins vite sur la chevelure et plus lentement encore sur les traits :

» D'ailleurs s'il s'agissait d'un effet du croisement, au lieu de voir les peuples d'origine asiatique du Soudan complètement noircis, ils auraient nécessairement conservé sur le résultat du mélange une part d'influence proportionnelle à la part considérable qu'ils y ont apportée. H est donc facile de voir que c'est, en somme, l'aclion des milieux qui a transformé ces peuples au Soudan. Le croisement n'est considéré comme le principal agent que parce que ses effets sont tout d'abord très saisissables, mais il ne saurait expliquer que partiellement et incomplètement les faits que nous signalons.

» Pour constater la cause de cette transformation, d'autres moyens s'offrent encore à nous, c'est de voir si les peuples d'origine asiatique qui ont pénétré dans l'Afrique centrale sont modifiés dans une mesure proportionnelle au temps qu'ils ont passé dans les régions nigricentes et à leur degré de rapprochement de ces régions, au lieu de l'être proportionnellement aux usages cju'ils auraient de se croiser. Ici encore cette règle s'applique bien aux peuples dont on connaît les migrations. Elle devient même un moven de s'éclairer à l'égard des fractions de ces mômes peuples qu'on a perdues de vue dans les migrations. Ainsi, en même temps que telles parties des peuples arabes et berbères sont restées blanches dans l'Afrique septentrionale, quoique soumises aux croisements, les autres fractions de ces mêmes peuples qui se sont établies au Soudan, ou même isolées dans les oasis, sont transformées en proportion du temps qu'elles y ont passé. La môme pro-

pression se remarque chez les Foun où Fout qui, étant les plus anciennement venus dans ce pays, avec des traditions historiques sont aujourd'hui très rapprochés du type nègre. Si la cause de transformation des peuples, que nous reconnaissons encore par les traits, n'était pas due en presque totalité à l'action des milieux, il n'y aurait pas autant d'uniformité de modifications entre eux.

Les Fout, que Ton retrouve aujourd'hui répandus au Soudan, furent chassés des bords du Nil par les Pharaons et particulièrement par Osorthasen. Ne pouvant ici entrer dans plus de détails à leur sujet, nous renvoyons à notre volume le Soudan. Quant aux deux autres classes de populations, les Berbères et les Arabes, qui représentent le second et le premier degré de transformation au Soudan, elles nous sont plus connues. Les Berbères appartiennent aux dynasties égyptiennes qui chassèrent les Fout dans le Soudan et dans les oasis de Touest. Les Arabes à leur tour dont on connaît parfaitement l'époque des migrations, chassèrent en partie les Berbères dans la même direction. Ainsi, ce qu'il y a de très remarquable, c'est que, sauf les exceptions provenant de circonstances particulières qui même confirment la règle, ces trois grandes phases historiques marquent d'une manière générale les trois principaux degrés de transformation du type blanc au type nègre, par les portions de ces peuples qui se sont retirées au Soudan, tandis que les fractions qui se sont portées dans l'Afrique septentrionale ont conservé, à quelque classe qu'elles appartiennent^ le type blanc, faiblement basané, que comporte cette région. Et cela, malgré les croisements avec les nègres, transportés comme esclaves dans ces contrées depuis la plus haute antiquité. Il faut bien reconnaître que la transformation est régie, en définitive, par l'action des milieux, puisqu'il y a une progression en

rapport avec le temps qu'a duré cette influence et son degré d'action. On comprend que la transformation des peuples du Soudan ne pourrait être complète que s'ils avaient été soumis à l'action des région les plus nigricentes qui paraissent être au sud du Soudan, dans la Nigritie centrale. Ajoutons que, relativement au teint, si les modifications de l'homme n'étaient pas dues, en somme, à l'action des milieux, on ne verrait pas, en avançant vers l'Equateur, des graduations aussi régulières. Là, par exemple, ou un peuple blanc a pénétré dans le domaine du nègre, une sorte de rayon, offrant sa couleur et son type, l'aurait suivi et aurait persisté indéfiniment en proportion de son importance, même dans le croisement.

« D'après ces observations il suffirait donc, à notre époque même, de l'action des milieux pour transformer l'homme de l'un à l'autre de ses types les plus extrêmes. Le résultat du croisement ne serait qu'un accident, immédiatement très sensible, mais qui se perd peu à peu au profit du type propre au milieu habité. »

Telles sont les observations consignées dans mes voyages. L'influence des milieux sur les hommes était donc certaine; mais quelles en étaient les causes ? Voilà le grand problème qu'il s'agissait de résoudre. A cette époque, mes recherches furent vaines. Le parallélisme de ces influences avec les régions équatoriales me ramenait toujours dans cette fausse voie.

Plus tard, mon attention fut amenée sur la coïncidence de l'amélioration progressive des différentes couches géologiques qui forment la croûte du globe avec celle des êtres qui les habitaient. Si ces deux grands faits sont la conséquence l'un de l'autre, comme cela paraît si naturel, les différents terrains à notre époque doivent aussi avoir une influence directe sur l'état actuel des êtres. Démontrer ce fait c'était établir la loi cherchée.

Une suite de recherches que je fis dans ce but se conflrmèrent partout : En Afrique, en Asie, sur tout le globe ! Mais, de cette grande cause qui diversifie lentement les êtres, il fallait encore dégager l'influence des croisements qui les unifient plus rapidement par suite de ce fait que rêtre créé est en général un type moyen entre celui de ses progéniteurs, ensuite l'action solaire qui tend à brunir les types quels qu'ils soient en approchant de réquateur.

Mais la coloration n*est qu'un caractère de second ordre, le grand côté de la question est celui qui touche au type physique si divers chez l'homme surtout, qui vit dans toutes les régions du globe; c'est donc lui principalement qui va nous fournir nos exemples.

Une fois ces premiers points éclaircis, la part des influences secondaires dégagée, le problème s'éclaircissait; le charme était rompu. Les justifications se montrèrent sur toutes les parties du globe.

§ 2. — Coïncidence universelle des types avec la

nature du sol.

Si nous prenons d'abord ce qu'on appelle la race indo-européenne, répandue en Europe et dans une partie de l'Asie, nous voyons qu'elle n'offre le même type qu'autant qu'elle demeure sur un même sol, mais que ses types sont au contraire très dissemblables, lorsque le sol diffère beaucoup lui-même.

Ainsi cette race est belle dans le sud et l'ouest de l'Europe, dans la Géorgie, la Gircassie, la Perse, où le sol, richement entrecoupé, laisse prédominer les terrains les plus récents. Dans l'Inde, quand le terrain le comporte, on trouve d'assez beaux peuples; mais dans sa péninsule, qui présente de grandes étendues de sol primitif, le peuple change très nettement. G'est ainsi que

dans les Nilghéries, région primitive, soumise à une saison pluvieuse, on trouve des peuples ayant la peîaiu noire et la laideur du singe donton leur adonné le nom. Et, ce qu'il y a de très remarquable, c'est que dans la même péninsule, sous la môme latitude, près de Bombay, on voit un des types les plus beaux, les plus nobles du monde. Aussi le sol appartient-il à des terrains récents, lesquels 'se relient à des terrains volcaniques qui ne

• doivent pas être confondus avec les terrains anciens, témoin entre autres l'île de la Réunion qui contient un peuple noir mais d'un beau type. Cette noble race de rindc ne doit pas ôtre attribuée à une migration récente; car, en comparant le type des basses castes avec celui des bas-reliefs des temples d'Eléphanta, dont nous possédons les documents photographiés, on voit que ces types se ressemblent et ont toujours appartenu à la même région. Cette contrée étant en quelque sorte protégée par l'incapacité des peuples qui l'entourent, nous montre une fois de plus que la civilisation se développe d'abord sur les points où les peuples trouvent en môme temps fertilité et sécurité.

Déjà, dans l'antiquité, les Perses et les Mèdes étaient réputés parleur beauté. Aujourd'hui malgré les changements survenus, les mômes types appartiennent toujours aux mômes contrées. Chacun connaît la belle physionomie des Persans, les Orientaux, en peuplant leurs sérails de Géorgiennes et de Circassiennes, nous disent assez que ces contrées qui renferment un heureux mélange de terrains n'ont pas dégénéré de leur antique

• réputation. Mais pour peu qu'on s'en éloigne, chez les montagnards Kourdes, où dominent les terrains anciens, on trouve de grandes bouches aux lèvres épaisses, de petits yeux et une expression sauvage qui contrastent avec la noblesse de leur voisins. Les Alains qui sortaient d'une région comprise entre le Caucase, le Tanaïs (Don)

et la mer Caspienne, sont décrits par Ammien Marcellin comme une race analogue aux Germains; cette contrée offre effectivement un terrain récent, comme celui de la Germanie. Aujourd'hui les Abkazes ont le type propre au pays; mais les Kalmouks, venus dans ces régions depuis moins d'un siècle, ne l'ont pas encore.

Le type germain comprend les Scandinaves du Danemark, les Pays-Bas, le nord de la Belgique situés sur un même sol. Il se montre aussi en Alsace, en Franche- Comté et même en Bresse où Ton voit de petites zones d'un terrain analogue. Pourtant il ne comprend pas le centre et le sud de l'Allemagne; c'est qu'en effet le terrain y est différent.

Les Bohèmes et les Serbes offrent le type slave le plus caractérisé. Dans l'un et l'autre de ces pays dominent les terrains anciens. Les Serbes d'ailleurs, sortent d'un terrain de même formation, situé entre Donetz et le Dnieper. Les autres slaves, dit-on, sont plus ou moins mêlés de races diverses; mais si nous consultons le sol, nous voyons qu'ils sont simplement dans d'autres conditions géologiques.

La Hongrie forme au centre de ces régions un pays composé de terrains récents; aussi hommes et animaux y sont-ils supérieurs, et un proverbe de ce pays dit : « Hors de la Hongrie, on ne vit pas, où si l'on vit, ce n'est pas ainsi. » La ceinture de terrains plus anciens qui circonscrit ce pays, explique suffisamment le dicton.

Les modifications qu'on déjà subies les Suédois sont d'autant plus évidentes que les fractions de ces peuples qui ont demeuré dans les provinces danoises, qui jouissent du môme sol que l'Allemagne du Nord, bien que non limitrophes, ont aussi acquis un type germain très prononcé qu'on ne retrouve pas sur les autres natures de sol.

La Russie possède en grandes surfaces divers terrains

assez anciens tels que ceux de Tâge palézoïque à l'ouest, les terrains carbonifères et triassiques au centre et jurassiques dans sa partie nord. Ces terrains étant d'un âge ancien, ses populations sont aussi médiocrement partagées. Et, ce qu'il y a de remarquable; c'est que les peuples slaves qui ont dépassé le bassin du Niémen pour pénétrer en Russie, sont déjà en grande partie transformés, ce qui fait dire à leurs anciens compatriotes du sud-ouest, qu'ils sont abrutis par le gouvernement des czars. Si nous nous reportons aux contrées qui sont dans de meilleures conditions géologiques, nous y remarquons en général tout l'Occident et le sud de l'Europe et plus particulièrement la France, l'Italie, la Grèce, une partie de l'Allemagne, le sud-est de l'Angleterre et la partie orientale de l'Espagne. C'est en effet laque domine la civilisation.

Tout ceci nous montre que les types ne correspondent pas à ceux des régions indiennes dont on les fait sortir, mais bien à la nature du sol sur lequel ils vivent depuis un temps suffisant pour amener leurs transformations.

Dans l'extrême Orient, les documents géologiques sont rares. Pourtant nous savons, par notre dernière expédition, que les environs de Pékin offrent des terrains récents, d'une grande fertilité, qui s'étendent fort loin au sud de cette capitale. C'est dans ces régions que l'on trouve le plus beau type mongol, les Chinois y sont intelligents et ils ont la peau claire. Nous connaissons des terrains primitifs, près du lac Baïkal et dans les régions élevées .d'où sort l'Iéniseï. C'est là aussi que nous voyons les types les plus caractérisés, les plus déformés.

L'Australie nous offre des circonstances dignes de remarque. Depuis longtemps, les plus anciens voyageurs qui touchèrent à ce pays, décrivirent ses populations comme les plus disgraciées de la nature. Ce pays étant isolé au milieu de l'Océan, fortement séparé des autres

continents, on considérait sa population comme ne devant appartenir qu'à une même race disgraciée. Aussi, quel ne fut pas Tétonnement général, quand de récents voyageurs déclarèrent avoir rencontré dans ce pays des populations assez belles et intelligentes. Les premiers récits de cette nature ne furent pas crus; cela ne devait, ne pouvait être. De nouvelles descriptions vinrent pourtant les confirmer; il fallut bien se rendre à l'évidence; alors on ne vit rien de mieux que de taxer d'exagération les premiers récits.

Aujourd'hui le voile tombe, différents voyageurs ont aussi recueilli des documents géologiques. En comparant ces données avec les divers types de populations, on voit que les premiers explorateurs touchèrent principalement au périmètre de ce continent qui est en grande partie formé de montagnes primitives et qui renferment des peuples très arriérés. Les colonies qui s'y établirent, les voyageurs qui ont récemment traversé ce continent, reconnurent de meilleurs terrains, des plaines plus récentes et par conséquent trouvèrent des populations moins arriérées, plus intelligentes. En effet, lorsque l'on considère que ce pays est grand comme les deux tiers de l'Europe; on comprend facilement qu'il y a place pour diverses natures de sol et assez de distance entre les populations, pour que le croisement ne tende que faiblement à les unifier. Les différents rapports des voyageurs se trouvent ainsi expliqués et conciliés.

Chacun sait que l'Afrique septentrionale contient d'assez beaux peuples, faiblement brunis. Si nous examinons la formation géologique de cette zone africaine, nous voyons en effet qu'elle est avantageusement composée. L'Egypte offre des terrains récents dans des conditions toutes particulières. Ce pays présente d'un bout à l'autre un même sol d'alluvion, encadré de déserts soumis partout aux mêmes phénomènes, aux mêmes

alternatives d'inondation et de sécheresse et donnant les mêmes récoltes. Ce môme milieu doit nécessairement produire un môme type, si ce type est réellement le produit du milieu. En eiïet, depuis Hippocrate, on a constaté cette unité de type.

En quittant la haute Egypte pour pénétrer en Nubie, les terrains d'alluvion du Nil sont considérablement réduits ot Ton rencontre de temps à autre des zones granitiques. Le peuple aussi a beaucoup plus de rudesse que les Egyptiens. Dans la région sud du désert de Korosko, les terrains anciens se montrent assez fréquemment. A partir d'Abou-Hamed, les. pluies commencent à mêler leur action à celle d'un soleil plus vigoureux; aussi nous y voyons un peuple non nègre, mais d'un teint déjà très foncé et dont les cheveux ont perdu de leur longueur. Les régions les plus favorisées sont celles de Napata, Méroé et Naga où les terrains plus anciens cèdent la place aux grès, molasse, feldspathique, quartzeux et ferrugineux; où l'on voit des poudingues

(macigno), des calcaires argileux et quelques surfaces de riches alluvions. Ce sont ces pays aussi qui présentèrent les principaux centres de civilisation. Mais bien qiie cette civilisation ait, pour ainsi dire, été apportée toute développée de l'Egypte, jamais l'art sur ce sol ne fut aussi pur ni aussi avancé.

Karthoum n'est qu'une Babel moderne de laquelle on ne saurait tirer aucune induction.

Le Sennâr offre entre autres le type Foun qui est, comme nous l'avons dit ailleurs, très rapproché de celui des nègres. Pourtant ce peuple n'est pas d'origine nègre, et de plus il habite en partie les bords du fleuve Bleu, qui présentent beaucoup de tuf calcaire et de conglomérat empâté aussi de calcaire tuffeux recouvert d'un sol sablonneux.

Plus haut, vers le Fa-Zoglo, nous avons dit que l'on

voyait un peuple arabe ou arabo-berber encore peu déformé. Pourtant les montagnes primitives qui renferment des nègres purs, sont à petite distance du fleuve. La nécessité de se défendre contre des voisins plus intelligents les oblige à occuper, non les vallées ou plaines qui entourent ces régions mais les montagnes mêmes les plus escarpées qui servent de fortifications naturelles. Aussi je ne connais aucun endroit où deux types soient aussi nettement tranchés, quoiqu'à une aussi faible distance l'un de l'autre. Hommes et animaux changent en même temps; les moutons au bord du fleuve ont encore de la laine; dans .les montagnes ils sont couverts de poil.

M. I. Geoffroy Saint-Hilaire ftt de ces remarques l'objet d'une communication à l'Académie et en tira : « La confirmation d'un fait général déjà plusieurs fois signalé, dit-il, que le degré de domestication des animaux est proportionnel au degré de. civilisation des peuples qui les possèdent. » Ici encore nous trouvons une confirmation de notre loi, en complétant ces remarques qui reposent sur des faits vrais. Et nous reconnaissons simplement qu'hommes et animaux, habitant un même sol, sont nécessairement arriérés ou avancés au même degré, selon que la formation géologique le comporte.

Si nous examinons la Nigritie, nous voyons cette contrée constituée en très grande partie par des terrains primitifs qui fournissent des mines d'or, aussi bien à l'occident vers les sources du Niger, qu'à l'orient dans les régions que nous avons visitées. Là le fond des vallées même est composé d'un terrain rougeâtre, contenant des paillettes et des grumeaux d'or, mais surtout en grande quantité des débris de quartz de diverses grosseurs. Cette circonstance rappelle les régions analogues dé l'Australie, où l'on trouve en même temps de riches

mines d'or et des populations d'un type très dégradé, et celles de la Californie où l'on voit une population peu favorisée et même plus noire que ses voisines quoiqu'en dehors des tropiques; régions qui, en effet, appartiennent presque exclusivement aux terrains primitifs.

Dans l'Afrique sud, Livingstone signale de vieux terrains et des types déformés. Mais en approchant de la vallée du Zambèse, le sol change et devient fertile et les populations s'améliorent en même temps. En remontant vers le nord, il trouve des pays élevés chez les Balonda; cependant il ne rencontre pas de roches primitives et pas de types réellement déformés.

Sur une carte de mon deuxième atlas de voyage, j'ai essayé, par une multitude de recherches, de déterminer la ligne de partage entre les peuples soudaniens et les vrais nègres. Je suis arrivé non seulement à une ligne sinueuse, formant, à chaque région montueuse, des espèces de promontoires avancés de la race nègre dans le Soudan, mais encore à des sortes d'îlots nègres représentés par les plus gros massifs de montagnes. Aujourd'hui tout cela s'explique très bien. Ces montagnes appartenant aux terrains primitifs, les habitants sont de vrais nègres; tandis que leurs voisins des lieux bas, qui appartiennent à des terrains moins anciens, ne sont encore qu'en partie transformés.

Ainsi c'est la triple influence du soleil, des pluies équatoriales et des terrains plus anciens, parallèles à l'équateur, plus récents au nord de l'Afrique qui, en multipliant leurs actions, m'ont permis de saisir le fait de la transformation de l'homme. Jusqu'alors on répondait en riant aux traditions des Fout, des Oulofs, des Serers, à leurs usages, à leurs noms qui les font venir d'Egypte, du Yemen, de Babylone : « Oui, pauvre babouin, cherche tes titres de noblesse! » Mais depuis que j'ai signalé ces faits de transformation, la Société de Géographie a

changé de système et admis ces traditions recueillies par le missionnaire Santamaria, par le sultan Mohamed (1853). Puis sont venues les confirmations linguistiques et autres, de Peney, d'Eichthal, et de diverses traditions anciennes.

La formation du sol de T Amérique est mieux connue; aussi y trouvons nous des faits les plus remarquables. En prenant, par exemple, la zone transversale située près du tropique du Capricorne, on voit à l'est, dans des régions élevées et primitives du Brésil, les Batacondos qui « sont les représentants les plus barbares et les moins intelligents du rameau brasilio-guaranien. » Ils occupent, en effet, le nœud principal des montagnes primitives. Lund a trouvé dans des cavernes, avec des ossements d'espèces éteintes, des têtes pyramidales à fronts étroits comme les habitants actuels, ce qui montre la persistance des types dans les mêmes conditions.

En se reportant au milieu du continent, sous la même latitude, on trouve le riche bassin du Paraguay et du Pilcomavo, où dominent les terrains récents; aussi nous lisons ceci dans les descriptions des peuples de ces régions : « Les Abipones du Ghaco se rapprochent du type européen, ils offrent de beaux traits, un nez à peu près aquilin, des formes assez bien dessinées, en même temps qu'une nuance de teint claire. Les Chiquitos habitant un pays arrosé et boisé ont une vie sédentaire, un caractère sociable. Les Tobas, nomades de la partie moyenne du Chaco, race belle et nombreuse, ont le nez aquilin, les yeux noirs, droits et non obliques, le teint cuivré clair, leur taille est assez élevée. »

Si, de ces belles contrées, nous avançons toujours sous la même latitude, nous retrouvons dans les Andes un sol primitif et en même temps des types les plus laids.

Au Pérou, le voyage, dit de P. Marcoy, nous montre

un ensemble de faits non moins intéressants. En traversant le principal nœud de terrain primitif de la chaîne de montagnes des Andes sous le quinzième parallèle, il y trouve deux peuples : Tun, les Quechuas, occupent le sommet et le versant occidental, Tautre, les Antis, qui vivent sur le versant oriental. Ces deux peuples parlent des idiomes différents, mais se ressemblent quant au type qui est très difforme. Au pied oriental des Andes, le voyageur suit les contours du fleuve qui Téloignent parfois à une trentaine de lieues de cette chaîne dans des terrains meilleurs. Alors il trouve un peuple moins laid et plus intelligent, les Ghontaquiros; mais quand le fleuve le rapproche de la chaîne, il retrouve le type déformé des Antis.

Nous avons déjà dit quelques mots de l'Amérique septentrionale, particulièrement des Californiens. Remarquons encore que ces derniers ont quelque ressemblance avec les Esquimaux du nord, comme avec ceux du Labrador, quoique très éloignés et séparés par d'autres régions, mais qui, selon toutes les données recueilUes, occupent un môme terrain. Signalons encore les habitants de Terre-Neuve qui, bien que sous la latitude de Paris, sont des sortes de nègres, par cela seul que ce pays est généralement formé par des terrains anciens et soumis à de fortes pluies.

Passant des faits particuliers aux faits généraux, nous voyons que la zone tempérée australe paraît en partie submergée, comparativement à celle que nous habitons: que, par conséquent, les plus faibles parties de continent qui surgissent hors des eaux correspondent aux régions les plus élevées qui appartiennent en général aux terrains les plus anciens. Il est donc dès lors tout naturel de trouver la zone tempérée australe occupée par des peuples inférieurs à ceux de notre zone correspondante.

Les animaux nous offrent des exemples si nombreux de coïncidence de race avec la nature du sol, qu'il serait superflu de s'étendre beaucoup à ce sujet. Nous allons nous borner à faire remarquer quelques faits que chacun est à même de vérifier.

On sait que les pâturages des terrains récents comme ceux de la Normandie, de l'Ile-de-France, de la Gascogne et d'autres bassins d'un sol favorable, nourrissent de belles races de bœufs et de chevaux; que dans les régions plus anciennes telles que le Morvan, les Marches, la Bretagne, ces mômes animaux sont plus petits plus osseux. Ils sont proportionnellement plus vigoureux, plus nerveux, diront les éleveurs; cela est vrai et je ferai la même observation à propos des races nègres africaines et beaucoup de races blanches. Il ne faut pas moins considérer les beaux animaux comme étant les plus avancés.

A propos des espèces végétales, rappelons simplement ce dicton : « tel sol, tel produit. »

Un autre fait remarquable, ce sont les efforts que des esprits supérieurs, Buffon, de Humboldt et d'autres, ont faits pour concilier la similitude de position géographique et climatérique de l'Afrique et de l'Amérique du Sud, avec les différences considérables de leur faune. Nous savons parfaitement que les habitants des Andes et des montagnes du Brésil, qui ont le climat le plus rapproché de celui de l'Europe, ont, au contraire, les types les plus dissemblables; tandis que les habitants des bassins plus chauds du Paraguay, du Pilcomayo, de l'Amazone offrent pourtant les types les plus rapprochés de ceux de l'Europe, comme nous l'avons rappelé. Ici encore, s'il y a contradiction relativement au climat, il y a une remarquable concordance avec la nature du sol.

Une autre circonstance très digne de remarque, c'est

que les grandes zones de formation géologique en Afrique diffèrent peu de parallélisme avec la zone tropicale; dans TAmérique elles se rapprochent de la perpendiculaire. Eh bien ! perpendiculaires ou parallèles, ce n*est pas avec ces zones tropicales ou climatériques que s'accordent les types; mais bien avec la formation géologique du sol.

En France même, malgré la division des terrains qui facilite Taction unificatrice des croisements, il est facile de. distinguer les habitants de la Bretagne, des Marches, du Morvan, aux terrains anciens, de ceux des terrains plus récents. Les influences sont telles que M. Deloche, dans un ouvrage couronné par l'Institut, montre que la circonscription des anciennes provinces de France, des Civitas ou grand Pagus est souvent calquée sur les formations géologiques. M. Magne, M. A. Passy, en constatent aussi les influences, M. Bellomet, pour l'Autunois et le Chalonais. M. Jules Duval pour les Ségala (de seigle des terrains anciens) et les Caussenards (de calcaire ou sol récent, Aveyron) constate les différences tranchées de rhomme et des animaux. Tous, et d'autres ensuite, justifient mes conclusions.

^ 3. -~ Transformations observées directement.

En Grèce sont venus se croiser avec les Pelages d'autres peuples dit Indo-Européens ou orientaux d'origine. En Macédoine, en lonie, est venue s'établir une race analogue à celle des Germains, qui y est représentée comme ayant les cheveux blonds. Les Thraces, les Phrygiens, furent aussi représentés par un père de l'Église, Théodoré, comme ayant les yeux bleus et des cheveux roux. Où sont maintenant toutes ces races? Comme leurs prédécesseurs, le pays les a fait siennes et le type des Grecs modernes est toujours le type hellénique : noblesse

de forme, front élevé, espace interloculaire assez grand, légère inflexion à la naissance du nez faiblement aquilin, yeux grands, lèvres supérieures courtes, menton saillant et arrondi. Tel est encore ce type. Même souplesse d'esprit, même facilité pour apprendre, même caractère artificieux; rien n'a changé malgré les invasions et les dominations étrangères.

De même que le type hellénique a persisté en Grèce, la campagne de Rome, à en juger par les monuments et les médailles, nous montrent encore le type latin. A Naples, on trouve des habitudes de mollesse et de volupté qui caractérisaient déjà Gapoue et Sybaris. Les campagnes de la Toscane nous montrent les formes arrondies, un peu lourdes, que nous avions récemment sous les yeux dans la collection Campana. Et nos bons ancêtres, les Gaulois, n'avaient-ils pas en partage la légèreté, la turbulence et la bravoure? Malgré les infusions étrangères, le même caractère n'appartient-il pas toujours au même pays ?

Voici un fait qui vient de se passer sous nos yeux. A la suite des guerres de 1641 à 1689, les Anglais expulsèrent les Irlandais des comtés d'Armagh et de Down. Les uns demeurèrent dans le comté de Méath où le sol est à peu près le même ; les autres furent chassés dans la baronnie de Flews, jusqu'à la mer, sur un sol granitique et houiller très pauvre. Aujourd'hui, bien que la première branche ait conservé son caractère primitif, la seconde est tellement modifiée, que, sauf la couleur, on la prendrait pour une population australienne arriérée. Ainsi, sans croisement, l'action du sol a seule causé cet effet.

En somme, qu'ont produit les migrations de l'orient, venant peupler l'occident? Elles ont fait des Hellènes en Grèce, des Romains à Rome, des Gaulois en France, et des enfants d'Albion en Angleterre.

Si nous passons sur d'autres continents, les mêmes résultats nous frappent de toutes parts. Sur certains points de TAustralie et de TAmérique, le type anglais est attaqué dès la première génération. Dans TAmérique centrale et méridionale, les créoles d'origine espagnole tendent à se transformer de plus en plus selon la nature du sol. 'L'ancienne race avait été repoussée dans les forêts et les savanes, mais quel que soit le degré de l'infusion du sang, Faction du sol persévérant, ces régions auront bientôt reformé la vieille race presque pure.

Ce n'est pas toujours au désavantage des Européens que s'opère cette transformation. Sur les terrains récents de la Plata, par exemple, des Espagnols ont pris un plus beau type. Lorsque des peuples passent d'un mauvais terrain sur un meilleur, c'est naturellement le perfectionnement que l'on remarque. Les nègres purs qui arrivent aux Antilles, dit M. de Reiset, produisent jdes enfants qui ont déjà les caractères nègres atténués. La face, en particulier, s'éloigne de la forme de museau, et les générations suivantes se rapprochent de plus en plus du blanc. M. Lyel fait des observations analogues relativement aux nègres transportés dans les Etats du sud de l'Amérique septentrionale. M. E. Reclus estime que les nègres d'Afrique transportés en Louisiane, se sont, dans l'espace de cent cinquante ans, rapprochés de leurs maîtres sous le rapport du type, du quart de la distance qui les séparait; ce qui porterait à environ six siècles la transformation complète. Le sol de la Louisiane, il est vrai, est très récent, il appartient à peu près entièrement aux époques tertiaires et quaternaires. Pour des hommes sortant des terrains primitifs de la Nigritie, il y a là une très grande opposition, c'est-à-dire une action des plus puissante.

En raison de la rapide succession des générations

chez les animaux domestiques, les changements qu*ils subissent sont plus faciles à constater. Il n'est guère de cultivateurs qui ne sachent que les belles races des pays dont le sol est riche, transportées sur des terrains maigres, perdent de plus en plus leurs qualités à chaque g-énération pour prendre celle propres au pays sur lequel on les fait vivre.

Les mérinos d'Espagne, transportés dans différents I>ays, tendaient partout, au bout de quelques générations à reproduire les moutons du pays. Malgré les plus grandes précautions, on a pu obtenir que des races dérivées ayant des caractères propres. Le cheval arabe, transporté en Angleterre, est devenu cheval anglais. Dans le delta du Rhône, le cheval barbe est devenu cheval Camargue. Les chevaux d'Europe ont formé, sur le nouveau continent, autant de races américaines différentes entre elles, selon le pays qu'elles habitent.

M. Roulin a particulièrement décrit les transformations de beaucoup d'autres animaux, transportés de l'ancien dans le nouveau continent.

La loi qui nous occupe trouve des confirmations sous mille formes. Quand MM. Mérimée et Flourens disent que les races qui vinrent s'établir en Moscovie sont mongolisées aujourd'hui; quand M. Deloche reconnaît que la communauté d'instinct est préférable à celle de la langue; quand M. Duchinski, comme d'autres, constate que telles races sont pastorales par nature, telles autres agricoles ou sédentaires; quand on nous dit qu'un peuple une fois établi a une force d'absortion qui lui fait éliminer, comme type, l'élément étranger; quand on signale la variété de type en Europe, l'uniformité sur les vastes terrains de transition et perméen de la Moscovie et de la Sibérie, etc., etc.; tout cela c'est reconnaître, constater, sous diverses formes, 1% vérité de cette loi qui régit le monde.

§ 4. — Amélioration simultanée du sol et des

êtres organisés.

Les nombreux exemples que nous avons cités nous montrent, en effet, d'une manière indubitable, que Tamélioralion des êtres dépend pour la plus forte part de celle du sol qu'ils habitent. Ce fait nous est démontré par la coïncidence générale de la perfection des types avec celles du sol. Dès lors, il est d'autant plus certain que cette loi de perfectionnement n*a cessé d'agir depuis l'apparition des premiers êtres organisés les plus simples, que la paléontologie nous l'affirme. Si pendant le faible laps de temps dont nous constatons les effets avec les médiocres différences du sol à notre époque, nous observons des résultats si sensibles, qu'on juge des changements qu'a dû opérer la perfection successive de tous les âges géologiques pendant les immenses périodes de temps qu'ils ont duré ?

Quant aux degrés qu'on remarque entre les espèces, nous allons montrer ci-après que loin d'être une difficulté, ils sont la confirmation de la marche que nous pouvons observer, de nos jours même, dans les lois de la nature.

Signalons d'abord la grande différence qui existe entre le sol primitif des premiers âges géologiques et le sol des régions primitives à notre époque. Le premier se compose des désagrégations faites à une seule époque, l'autre, de celles opérées pendant toutes les époques; ce dernier est par conséquent plus élaboré, plus chargé de détritus, sans l'être autant que les terrains récents qui ont séjourné sous les eaux et reçu une grande partie des détritus des régions découvertes, entraînés par les pluies et les rivières. La différence est très grande, puisqu'il suffit d'une certaine quantité de désagrégations récentes de roches anciennes pour rendre un sol complètement

impropre à rhomme et amener le crétinisme. La paléontologie nous montre d'ailleurs, par la progression des êtres fossiles les plus avancés de chaque époque, la valeur de chacun des terrains qui se sont succédés. L'écart de types d'une même espèce tend à nous montrer celui des différents terrains pris à une même époque, sauf la part d'unification qui peut revenir aux croisements.

Nous avons vu que l'homme se perfectionne ou dégénère, en raison de l'âge récent ou ancien du terrain sur lequel il vit, et que, du moment où il atteint le type propre aux conditions dans lesquelles il se trouve, il ne change plus, tant que ces conditions restent les mêmes. Dès lors, chacun a dû pressentir l'immense portée de cette loi qui s'applique également à tous les âges du globe.

Nous voilà donc conduit à cette conclusion :

Les facultés intellectuelles ne devant agir qu'au moyen des éléments de force matérielle que la nature met à leur disposition, la perfection matérielle des êtres

EST ou DEVIENT PROPORTIONNELLE AU DEGRÉ D'ÉLABORATION DU SOL SUR LEQUEL ILS VIVENT ET A l'ÉTAT PHYSIQUE I Et,

le sol est en général d'autant plus élaboré et favorable qu'il appartient à des formations géologiques plus récentes, comprenant les éléments les plus variés.

Grande loi, si simple qu'il n'est pas un cultivateur qui ne considère comme une naïveté de dire : Tel sol, tel produit.

Grande loi, si puissante, si vaste dans ses effets, qu'elle va éclairer l'histoire, la politique, les sciences naturelles, nous conduire à l'origine des êtres et nous affirmer leur développement matériel proportionnel à celui des couches du sol, etc., etc.

Grande loi qui, en nous dévoilant un passé intime, nous révèle un avenir sublime!

§ 5. — Formation des espèces.

« Le mot espèce est celui qui revient le plus souvent dans l'étude des sciences naturelles, il en est le premier et le dernier, a ditl. Geoffroy Saint-Hilaire, et le jour où nous en serions complètement maîtres, nous serions bien près de le devenir de la science entière. »

La plus redoutable épreuve pour le naturaliste, dit de Candolle, est de se prononcer sur Vespèce.

u Si toutes les espèces descendent d'autres espèces antérieures par des transitions graduelles presque insensibles, dit Bronn, comme beaucoup d'autres, comment se fait-il que nous ne trouvions pas partout d'innombrables formes transitoires? Comment se fait-il que les espèces soient si bien définies et que tout ne soit pas confusion dans la nature?

« Ces difficultés sont si graves, dit M. Darwin, que moimôme j'en ai été longtemps ébranlé. Ce que les recherches géologiques n'ont pu nous révéler encore, c'est l'existence de nombreux degrés de transition, aussi serrés que nos variétés actuelles et reliant entre elles toutes les espèces connues : telle est la plus importante des objections qu'on puisse élever contre ma théorie. »

« Cette dernière objection est décisive, s'écrie M. Flourens... Cette distinction éternelle des espèces est à la fois la plus grande merveille et le plus grand mystère de la nature. »

« Le mystère des mystères, » avaient dit d'autres avant lui.

Eh bien, tous ces mystères vont tomber comme un château de cartes devant deux grandes lois : d'un côté l'influence du sol et des milieux qui diversifie les êtres, de l'autre le produit moyen des croisements qui unifie constamment dans la même espèce tous les êtres qu'une fécondité commune peut atteindre. Et pour connaître

l'immense puissance d'unification dans l'espèce par les croisements, il faut remarquer que chaque être a deux générateurs sur la première ligne ascendante dont il est la moyenne, quatre sur la seconde (deux grands-pères et deux grand'mères). Antérieurement huit bisaïeuls, seize trisaïeuls dont il est la moyenne. Bref, en continuant à doubler ainsi, chaque être est la moyenne d*un milliard de milliards de générateurs depuis soixante g'énérations ! Ainsi : le croisement groupe sous une môme espèce tous les êtres qu'il atteint, ce qui les sépare en espèces distinctes; donc, V espèce est constituée par' tous les êtres quiy pouvant procréer ensemble, groupent par ce fait leurs descendants sous un type moyen et l'étendue des fécondités possibles et continues, fait précisément l'écart qui sépare les espèces voisines!...

Remarquons, en effet, que le chien et le loup ou le cheval et l'âne, ne sont des espèces différentes que parce que leurs descendants ne peuvent pas reproduire de nouveaux métis, sans quoi ils se fondraient dans une seule espèce moyenne, par les croisements qui les rapprocheraient de plus en plus. Le chien et le loup forment des espèces différentes, parce que l'une vit avec l'homme, l'autre à l'état sauvage et qu'elles se font la guerre. La limite de la fécondité d'une part et celle des conditions d'isolement de l'autre, forment donc nécessairement /a /imiVe rfeAc^jD^c^.s.

Du moment où parmi une suite d'êtres, la fécondité ne peut s'étendre qu'à des fractions limitées par un certain degré de différence, que les êtres qui se ressemblent le plus se recherchent davantage, aussi bien pour leurs unions que pour leur société, que des besoins analogues les réunissent; il est évident que les fécondités possibles entre ces êtres, vont grouper de plus leurs descendants sous un même type moyen. Qu'ensuite plusieurs groupes ayant une fécondité commune se croisent, leurs descen-

dants se fondront encore sous un type moyen, et ainsi de suite de proche en proche. Quant aux êtres qui auraient une fécondité commune entre deux espèces voisines, ils se fondront conséqucmment avec celle qui leur fournira le plus de générateurs. Voilà donc l'espèce inévitablement formée par les fécondités possibles et leur limite d'action.

Maintenant que nous connaissons les conditions qui diversifient les êtres et les conditions qui les unifient en espèces, il nous est facile d'en déduire les conditions nécessaires à la formation d'une espèce nouvelle. Il faut des conditions toutes particulières pour mener à bonne fin la formation d'une espèce nouvelle : il faut non-seulement que la race qui devra la former soit isolée du surplus de l'espèce, mais encore qu'elle demeure sur une nature spéciale de terrain, que, de plus, ce terrain ne soit pas de qualité moyenne, car il tendrait ainsi à maintenir le type moyen. Ce n'est donc que très exceptionnellement qu'une nouvelle espèce peut se produire.

Mais, dit l'école de la fixité des espèces : nous vous montrons par des faits la fixité de l'espèce aussi loin qu'elle puisse s'étendre, montrez-nous également la transformation?... Soit, messieurs, vous allez être satisfaits, bien que vous ayez les faits généraux pour la fixité et qu'il n'y ait que des faits spéciaux pour la transformation... Après la découverte de l'Amérique, des chats d'Europe furent transportés sur le nouveau continent, au Paraguay. Aujourd'hui ils y sont tellement transformés, qu'ils ne peuvent plus s'unir avec fécondité à leur espèce mère d'Europe. Dès lors, ils peuvent vivre h côté d'elle, sans cesser de demeurer une espèce distincte, bien que les chats de l'ancien continent aient persisté dans leur ancienne fixité, par suite du croisement entre les diverses races. Voilà donc une espèce voisine, dérivée d'une espèce mère, et les conditions

de transformations aussi bien déterminées que celles de la fixité!... Voulez-vous un autre exemple? Prenez le cochon d'Inde d'Europe; il s'est transformé et ne se croise plus avec son espèce mère du Brésil qui, elle aussi, a persisté dans son « inébranlable fixité!... »

BulTon avait signalé comme une loi le fait suivant qui n'est qu'une conséquence des lois que nous exposons : « aucun animal du midi de l'un des grands continents, ne se trouve dans le midi de l'autre. (On voit que l'homme ici fait exception). » M. Flourens a confirmé cette disposition des êtres, en reconnaissant comme lui qu'avant la conquête, aucune des espèces de l'ancien continent n'existait en Amérique.

A l'isthme de Suez, les faunes aériennes sont à peu près identiques, sur les côtes de la mer Rouge et de la Méditerranée; les faunes marines sont au contraire extrêmement dissemblables sur les rivages opposés. M. Edwards, entre autres, n'a pas trouvé un seul crustacé qui fût commun à l'un et à l'autre. Il en est de même à l'isthme de Panama. Ajoutons que les longues côtes maritimes, séparées d'une part par les grands continents, d'autre part par les bas-fonds des grandes mers, offrent pour la faune maritime les mêmes répartitions d'espèces, de genres, etc.

Cette distribution d'espèce correspond donc avec les barrières natwelles qui ont amené les relations entre espèces, genres, familles, etc., et cela à tel point que l'obstacle qui est une barrière pour telle espèce et non pour tel autre agit précisément en raison de cette condition.

M. Wallace d'ailleurs a signalé ce fait remarquable que la naissance des espèces coïncide, pour le temps et le lieu, avec une autre espèce préexistante et proche alliée.

La transformation des êtres par l'action du sol et du

milieu, et leur groupement en espèces par la fécondité, expliquent tout cet ensemble* de la manière la plus satisfaisante.

Par suite de la manière dont se forment les espèces, on conçoit aussi pourquoi les êtres unisexuels ou qui né se croisent que très rarement, sont aussi les plus variables; car ils perdent d'autant la faculté de s'unifier parle croisement. Enfin les êtres inférieurs qui se développent dans des conditions analogues doivent aussi être d'une même espèce par cela seul qu'ils se développent dans les mêmes conditions. .

Quant à la disparition des espèces, quelques mots suffisent à l'expliquer. Elle est la condition nécessaire de l'équilibre vital dans les êtres organisés. Les facultés productives du sol ayant une limite, les espèces les moins bien appropriées à l'époque et aux conditions de vie doivent naturellement s'éteindre devant celles qui le sont mieux. Et, les espèces nouvelles doivent le plus souvent l'emporter sur celles qui ont reçu une organisation moins avancée, ou qui étaient plus particulièrement propres à une époque antérieure.

Lorque les adversaires de la transformation croient dire victorieusement : nous suivons la fixité des espèces végétales et animales jusqu'aux premiers temps historiques et même plus loin, lorsqu'ils citent des pins de Californie et des baobabs qui datent de plus de six mille ans et dont j'ai vu des troncs de 20 à 26 mètres de circonférence, on voit que cela n'a aucune valeur contre la transformation, puisque les semences de ces mêmes arbres ont pu être transportées sur d'autres sols, dans d'autres conditions de vie et y donner des espèces nouvelles en même temps que la fixité de l'espèce mère persiste. sur le même sol.

Si les espèces se transforment, dit aussi Técole de la fixité et particulièrement M. Flourens, secrétaire de

r Académie des Sciences, pourquoi ne voyons-nous pas ces transformations? — Parce que vous regardez d'un autre côté 1

Ce savant qui a mis sous clef te chien et le chacal, dans l'espoir d'obtenir par ce moyen des espèces nouvelles, doit en effet penser qu'il suffi td'entr'ouvrir une porte ou de lever le coin d'un rideau pour voir cette opération. Et, ce qui est pis, il étudie une cause d'unification pour y trouver la transformation î...

Darwin, en développant les idées de Laraark, a cru que l'élection et la concurrence vitale suffisaient pour déterminer le perfectionnement des êtres, ce qui n'est pas; puisque les êtres dégénèrent sur les mauvais terrains où la concurrence vitale agit dans toute sa plénitude. Quand deux plantes ou deux animaux se gênent ou se disputent la vie, ils se nuisent mutuellement plus qu'il n'y a de différence entre deux sujets de môme espèce. Si l'un triomphe de l'autre, c'est simplement le moins maltraité qui conserve la victoire. Si dix arbres plantent leurs racines où un seul eût pu devenir beau, la concurrence ne fait que des sujets rabougris. Elle n'a pas moins fait succomber de préférence les êtres les moins favorisés, ce qui constitue en réalité une sorte de choix entre les êtres les plus convenables aux conditions de vie dont il s'agit. Si, à ce résultat, se joint l'action d'un meilleur sol, il y a progrès réel. Mais si les mauvaises conditions de vie l'emportent sur ce choix, il y a dégénérescence. C'est ce que n'a pas compris Darwin. — En outre Darwin n'ayant compris ni la cause de la distinction des êtres en espèces, ni celle de leur persistance dans la fixité de l'espèce, il y a vu « les plus graves objections que Von puisse faire à la transformation des espèces, » tandis qu'on y trouve l'explication même des conditions de la transformation.

Mais malgré ces quelques contradictions, ces lacunes.

que M. Darwin a lui-même reconnues depuis nos publications, son livre contient une foule de remarques intéressantes; et, parmi les idées qu'il développe, il en est qui sont parfaitement appropriées à la manière dont les ôtres s'adaptent au milieu dans lequel ils doivent vivre.

Avec nos lois toutes les objections que s'opposent les écoles deviennent des faits concordants. Ainsi, faible durée relative de Tépoque de transformation, peu d'êtres qui la subissent, groupement prompt en espèces distinctes, et son long maintien par la moyenne des conditions de vie. Dès lors, il n'y a pas à s'étonner que les êtres de transition soient si rares et ceux de la fixité si nombreux.

Etablir la transformation des espèces en raison des modifications du sol, depuis les premiers âges, c'est franchir tous les degrés qui les séparent, c'est passer graduellement de l'être le plus simple au plus perfectionné, c'est dévoiler l'origine de l'homme au point de vue matériel et l'enchaînement des espèces.

Gomme divers auteurs qui confondaient tout sous une même loi inconnue, nous en avions aussi fait dériver les qualités psychiques et morales. Mais dès que nous eûmes découvert le principe même de l'action matérielle développé dans cet ouvrage et constaté qu'il est très distinct, et souvent opposé au principe supérieur de l'intelligence, les phénomènes se distinguèrent nettement. Alors nous avons pu reconnaître qu'il n'y a là qu'une sorte de parallélisme, même assez variable dans les deux ordres de faits. Ainsi l'homme faible et débile est souvent plus intelligent que celui chez lequel les actions matérielles possèdent une bien plus grande puissance. Dans les diverses espèces d'animaux, l'instinct est loin de correspondre à la force matérielle. De plus, la puissance de la vie matérielle et celle de l'intelligence ne se développent pas parallèlement, ni de la même manière,

et ne répondent pas au même principe. C'est donc l'insuffisance de nos connaissances qui souvent a fait confondre des résultats si distincts. De plus, le concours du principe supérieur de l'intelligence et de la volonté et celui de la force matérielle qui régissent les êtres, nous expliquent précisément le mélange des actions volontaires et fatales à certains degrés qu'on y rencontre.

§ 6. — Modifications des êtres, dues à Tétai physique

des différents âges du globe.

M. d'Archiac par ses savantes recherches, a montré qu'indépendamment des modifications que les espèces subissaient dans les conditions spéciales de telles ou telles parties du globe, elles subissent aussi une grande action d'ensemble. Il s'exprime ainsi :

« Les formes qui ont une fois disparu ne se montrent plus; leur rôle est accompli; elles font place à d'autres qui disparaissent à leur tour, et si Linné a dit avec raison : Natura non facit saltus, on peut dire également : Non retroit natura. Nous voyons ces types naître, se développer, puis s'éteindre en même temps, sous toutes les latitudes, sous tous les méridiens, ou seulement influencés, dans les périodes les plus récentes, par des zones isothermes plus ou moins comparables à celles de nos jours. Mais que les couches soient concordantes sur des épaisseurs de huit à dix mille mètres, comme dans TAmérique du Nord, ou que celles du même âge nous offrent des discordances à divers niveaux, comme dans l'ouest de l'Europe, qu'elles soient horizontales comme en Russie, ou bien redressées, plissées, tourmentées de mille manières comme en Belgique et dans les lies Britanniques, les changements survenus dans les animaux, depuis la faune silurienne jusqu'aux derniers sédiments carbonifères, n'ont été ni plus lents ni plus rapides; tou-

jours et partout la nature organique semble avoir marclié du même pas, insouciante en quelque sorte de ces accidents de Técorce terrestre qui quelque grands qu'ils nous paraissent, ont été cependant trop faibles pour l'atteindre, trop limités pour troubler ses lois. >»

En effet la paléontologie nous montre dans les êtres des premières époques géologiques, des formes plus grandes et plus simples, puis de grands animaux d'un aspect lourd. Au contraire, dans les époques récentes, nous trouvons des formes moins grandes, mais plus complexes.

Pour rendre compte des changements continus depuis les premiers âges de la terre et indépendants des couches du sol, signalés par M. d'Archiac, il faut remonter aux grandes causes développées dans notre Principe universel du mouvement. Le soleil, comme tout autre corps, est enveloppé d'une atmosphère indéfinie de densité inverse des distances, de matière tangible ou non, dans laquelle sont équilibrées toutes les planètes. Or, à mesure que les couches géologiques se sont formées par les condensations d'éléments que les plantes et les animaux empruntent à l'atmosphère terrestre et, par suite, à l'espace céleste, la planète augmentait son enveloppe dense et s'approchait progressivement du soleil, de manière à s'équilibrer toujours dans son atmosphère de plus en plus dense. Il en résultait en même temps plus de densité d'atmosphère et, par suite, plus de chaleur et plus de pression; deux causes qui tendent à s'équilibrer. Mais il n'en résultait pas moins qu'aux premières époques, la terre était moins dense et la pesanteur moins forte à la surface de la terre. Par conséquent, ces plantes et ces animaux qui nous paraissent d'un aspect si lourd aujourd'hui, pouvait s'élever ou se mouvoir avec une même facilité que ceux des autres époques, puisqu'il fallait pour cela une moindre force moléculaire ou mus-

culaire. Les conditions physiques et géologiques ont donc changé progressivement en même temps que le travail et l'expérience des êtres les perfectionnaient d'autre part. De là les changements continus des espèces qui ne se trouvaient jamais dans les mêmes conditions de vie.

En outre, il s'est produit des différences de température équatoriaîes et polaires dont la science n'a pas encore dévoilé le mystère : Pour expliquer la similitude des végétations faussiles, équatoriaîes et polaires des premiers âges géologiques, M. de Gandolle veut absolument une plus grande lumière, d'autres un refroidissement terrestre, ou un changement d'axe. Le Propagateur de la Méditerranée y non satisfait, pose ainsi la question (août 1876, p. 356) :

« La théorie de M. Trémaux, la plus belle qu'ait « enfantée le génie humain, puisqu'elle jette la lumière « sur les questions réputées jusqu'à ce jour insolubles, « nous ramènera à l'obliquité de l'axe de la terre. Nous « verrons alors tout ce qu'il y a de rationnel chez les «partisans du changement de l'axe. »

Pour cela, mon principe n'a besoin, ni de plus grande lumière, ni de changement d'axe, ni de refroidissement de la terre. Son atmosphère, au contraire, s'échauffe en se condensant. Les combinaisons et dissociations des corps sont régies par la chaleur expansive opposée à la pression de milieu. Les savants, ayant négligé cette dernière force, ont fait fausse route. Or la décomposition spectrale de la lumière montre que nombre de corps sont sur le soleil dans le même état que sur la terre; ce qui confirme la progression indéfinie et simultanée d'atmosphère, de densité, de chaleur et de pression des corps denses. Sans ses conditions, tel corps que nous pouvons dissocier sur la terre, le serait bien autrement par là chaleur solaire.

La terre, en se condensant, s'est donc approchée du soleil, comme tout corps qui se condense dans notre atmosphère s'approche de la terre.

Pour expliquer la plus grande similitude des chaleurs polaires et équatoriales, il faut remarquer que la chaleur dépend, comme nous Tavons montré, de deux causes: d'abord de la densité du milieu ou d'atmosphère qui est sensiblement la même à Téquateur et aux ï)ôles, ensuite de la puissance du rayonnement solaire qui est fort différent aux pôles et à l'équateur. Or, plus la terre était éloignée du soleil et plus son rayonnement qui différencie les pôles et l'équateur perdait de sa puissance. Il restait donc surtout le facteur calorique dépendant de la densité d'atmosphère qui est même plus dense aux pôles qu'à l'équateur. Telles étaient les causes des différences de pesanteur, de température et de pressions qui ont modifié les êtres d'une manière générale.

§ 7. — L'homme seul possède une supériorité incontestable et ne changera plus d'espèce.

Comment l'homme s'est-il développé? ou plutôt quelle est l'espèce mère dont est sortie la première variété d'êtres assez perfectionnée pour mériter le nom d'homme? Telle est la question qu'on se pose sans pouvoir la résoudre d'une manière absolue; parce que cette transformation paraît s'être faite aune époque fort reculée et ne paraît pas, jusqu'à ce jour, avoir montré de traces suffisantes.

Mais, connaissant la loi de transformation des êtres, on peut être certain que l'organisation matérielle de rhomrae, pas plus que l'une quelconque des vingt raille espèces et plus qui se sont montrées successivement à la surface du globe, n'est venue autrement que parla transformation progressive des organes matériels qui

est la loi de la nature, la loi de Dieu, lequel n'a certainement pas délégué vingt mille fois un magicien, un escamoteur pour faire du surnaturel, pour faire apparaître vingt mille fois de pied en cap une espèce au bout de sa baguette. Lorsque Dieu sait faire découler les mondes et les êtres d'une seule loi, lui prêter une aussi piètre besogne serait se moquer de sa puissance.

Ce qui trouble les chercheurs dans la voie des transformations c'est qu'entre les anthropoïdes et l'homme.on n'a trouvé qu'une partie de la chaîne qui les relie dans les crânes des hommes les plus anciens et que ces deux êtres présentent les différences énormes qui séparent l'instinct de l'intelligence. De plus, les savants qui croient s'opposer au système de la transformation, montrent qu'au lieu de tendre à se rapprocher, ces êtres tendent à se différencier encore davantage. En mettant en regard les caractères les plus généraux, les plus saillants chez l'homme et chez les anthropomorphes, MM. Gratiolet, Pruner-Bey et autres, sont arrivés à constater ce fait général, qu'il existe « un ordre inverse du terme final du développement dans les appareils sensitifs et végétatifs, dans les systèmes de locomotion et de reproduction : les pieds, les doigts, la main, le cerveau du singe se dégradent au lieu de se rapprocher des mêmes parties chez l'homme. » Il y a plus, cet ordre inverse se montre également dans la série des phénomènes du développement individuel. M. Welker, dans ses curieuses études sur Tangle sphénoïdal de Verchow, est arrivé à un résultat semblable. Il a montré que « les modifications de la base du crâne, c'est-à-dire l'une des parties du squelette dont les rapports avec le cerveau sont le plus intime, avaient lieu en sens inverse chez l'homme et chez le singe.' » Cet angle diminue chez Thomme à partir de sa naissance et s'agrandit au contraire chez le singe, parfois au point de s'effacfer.

Certes, voilà qui est fort curieux; ces résultats que . Ton donne comme contraires à la transformation sont précisément ceux qui la confirment le mieux. Nous venons de voir que les êtres d^une même espèce qui se répandent sur les formations géologiques anciennes dégénèrent, que celles qui se répandent sur les formations récentes progressent. Nous savons que les peuples d*Asie qui se sont répandus sur les bons terrains d'Europe ont progressé, que ceux qui se sont répandus au Soudan passent au nègre. Or, l'espèce anthropomorphe la plus parfaite a dû aussi s'améliorer en continuant à progresser dans lès bons pays, tandis qu'elle a dégénéré en se répandant dans les régions anciennes de la Nigritie !... Telle est, en effet, le résultat de cette démonstration.

Ainsi, M. Gratiolet a raison dans son plus important argument; ni le nègre le plus arriéré, ni le chimpanzé pas plus que le gorille ne sont les êtres de transition qui ont produit Thomme. Ces êtres appartiennent tous aux régions anciennes qui les font dégénérer. Et, de même que les invasions asiatiques en Egypte, qui ont ensuite été chassées successivement vers ces régions défavorables où les hommes sont devenus nègres, de même les chimpanzés, les gorilles sont des représentants dégénérés d'une espèce qui avait pris naissance dans de meilleures conditions, sur un sol plus favorable aux êtres. Il est donc plus que probable qu'un groupe d'êtres déjà perfectionnés aura donné les anthropomorphes par dégénérescence dans de mauvaises conditions et les ancêtres de l'homme primitif en s'améliorant encore dans les meilleures conditions. En effet; la tradition mosaïque dit qu'Adam ou le peuple adamite, sortait du paradis terrestre, c'est-à-dire du meilleur pays que l'on puisse trouver sur terre. La tradition dit encore que l'homme fut formé du limon de la terre; c'est encore

dire, comme notre loi, qu'il fut formé sur le sol le plus élaboré.

Voilà donc les ressemblances et les divergences des types complètement justifiés au point de vue matériel; il reste à expliquer Ténorme différence des facultés instinctives et intellectuelles. Si chaque* homme doit individuellement recevoir une âme, ne vous semble-t-il pas qu'il soit aussi facile d'en donner à un premier couple déjà façonné par la transformation de cette argile et par l'usage de l'instinct le plus développé que d'en donner une à un morceau de limon ? S'il y a difficulté elle ne peut ôtre que pour le limon encore brut.

Notre loi va faire plus, elle va vous montrer maintenant que l'homme seul ne changera plus d'espèce, tout en continuant à se perfectionner, c'est-à-dire qu'il est le but suprême de cette œuvre merveilleuse de la nature, de Dieu ! Mais ne croyez pas que ce soit en tourmentant la raison que nous arrivons à ce résultat. La science pure est notre seul guide ; car nous n'avons jamais compris qu'on ne s'adresse qu'aux pauvres d'esprit, divisant ainsi la société en deux camps qui détruisent leur action réciproque, une classe de croyants et une classe de rusés, de dirigeants qui les exploitent, ou plutôt qui s'épuisent en lutle. Il faut à l'homme le bien-être et l'espérance ; et, la religion, comme la science, doit être grande, sérieuse, et faite pour le bien-être de l'humanité tout entière.

En considérant l'espèce humaine, nous remarquons que grâce à sa supériorité sur les autres êtres, elle a envahi toutes les parties du globe. L'une quelconque de ses races ne peut donc plus s'isoler suffisamment des autres pour se transformer et devenir espèce, en perdant la fécondité commune avec les autres races. Nous voyons bien quelques races les plus dégradées en Afrique, en Australie, qui, en se croisant avec les races

les plus avancées d'Europe, donnent des effets d'hybridation ; en d'autres termes, dont les enfants sont impropres à la reproduclion; mais ces races se croisent parfaitement avec d'autres races moins différentes, qui de proche en proche, maintiennent la fécondité comnaune avec l'espèce humaine. D'ailleurs les races inférieures, comme les peaux rouges et les nègres arriérés, n*ont jamais pu que dégénérer encore et s'éteindre devant la supériorité des races favorisées. Gène sont que les races qui ont acquis des qualités supérieures qui peuvent supplanter les autres et se substituer à elles. Alors, regardons ce qui a lieu dans les régions civilisées qui jouissent des meilleures contrées; ces populations ne laissent pas la moindre possibilité d'isolement pour Ane race supérieure. Les qualités acquises par les races les plus avancées se fondront constamment avec les autres races par le croisement. A notre époque, mille voix favorisent les croisements, les mélanges et les mers, au lieu d'être des barrières pour l'homme, sont devenues de grandes routes faciles à parcourir. Il y a donc impossibilité absolue à ce qu'une race mieux douée s'isole pendant de nombreux siècles pour devenir espèce distincte. Les améliorations qui se produiront, continueront simplement à se fondre, à se répartir sur l'espèce. Et si une autre espèce inférieure menaçait de faire concurrence à l'homme, elle serait anéantie par lui, comme il le fait peu à peu de ses propres races inférieures.

§ 8. — Eclaircissements scientifiques, historiques et

politiques.

Nous ne pouvons ici que donner une idée des innombrables résultats qui doivent découler de nos lois.

Entre races, la fusion se fait par la fécondité; entre espèces, elle n'est plus possible. Et, comme les transfor-

mations ne peuvent se produire que sur des points isolés d'où la nouvelle espèce ne peut se répandre avec son nouveau caractère que si la fécondité commune avec l'espèce mère n'est plus possible, il est évident qu'il est extrêmement difficile de rencontrer ces êtres de transition.

M. de Barrande a signalé ce fait paléontologique : « Des colonies d'espèces font toiit à coup invasion au, milieu d'une formation plus ancienne, puis cèdent de nouveau la place aux anciennes formes, » ou plutôt elles paraissent la céder; car arrivant dans un milieu qui n'est pas le leur elles doivent se transformer.

Les trois grands faits suivants ont été signalés par la science. Les êtres qui habitent la terre sont plus variables que ceux de la mer; et, ceux des lacs d'eau douce, quoique offrant les types les plus anormaux, le sont encore moins que ces derniers. La cause en est simple : les êtres de la terre sont soumis à des natures de sol très différentes; ceux de la mer ne sont soumis qu'en partie à ces diverses natures de sol, l'eau étant plus particulièrement leur élément, et il est plus difficile à Une race de s'isoler pour devenir espèce. Les êtres que nourrissent les lacs changent encore moins, parce qu'ils sont dans des conditions d'isolement encore plus difficiles, et de plus, assez généralement confinés sur un sol moins varié.

Dans les îles éloignées des continents, telles que dans l'Océan austral, l'Atlantique, américain, la faune est monotone, peu variée en espèces et rappelle souvent celle d'époques géologiques antérieures des continents. Deux causes produisent ce résultat. Le sol des îles étant formé par des sommets qui appartiennent le plus souvent aux terrains anciens, il produit une faune plus arriérée. En outre, du peu d'étendue des îles, résulte la difficulté d'isolement prolongé d'un groupe d'êtres qui seul peut donner une espèce nouvelle. Certains archipels

font exception, parce qu'une espèce peut se former sur Tune des îles et se répandre ensuite accidentellement sur d'autres.

Un des résultats importants de nos découvertes, c'est de dégager Thistoire d'une foule de prétendues parentés de peuples par filiations et par croisement que l'on établit sans autres données qu'une certaine ressemblance de types. D'autre part, elles expliquent un grand nombre de faits historiques et linguistiques que des changements dus au sol dans les types des peuples émigrants rendaient incompréhensibles.

En effet, un des problèmes les plus fréquents et que Ton considérait en môme temps comme étant des plus difficiles que présente l'ethnologie, consiste dans une grande similitude de langue, jointe à une grande différence de caractère physique. A la Société d'anthropologie se sont engagés de vifs débats qu'un mot pouvait éclaircir. Les cas les plus curieux sont ceux pour lesquels une donnée historique ou linguistique vient contredire les rapports de types. Il est curieux, dis-je, de voir comment les savants, les ethnologues cherchent alors à amoindrir l'importance des émigrants ou des conquérants qui se seraient fondus dans le type local ou qui auraient été absorbés par lui en vertu d'une certaine « puissance d'absorbtion que posséderaient les peuples établis. » Tandis qu'il suffit de l'action du sol.

Pour nous éclairer, il suffit d'examiner la plupart des publications relatives à ce sujet ou les comptes rendus des cours professés de nos jours. On y verra comment on identifie les Bretons aux Araméens-Basques, bien que leur langue les rattache aux Gallo-Kyrmis, comment on veut que les populations du Languedoc et de la Provence aient reçu le type des Romains parce qu'ils occupent un même mélange de sol, crétacé, tertiaire et granitique, tandis que dans l'Autunois (Bibracte romaine) dont

le sol est ancien, ces Romains n'auraient laissé que des Morvandeaux, comment les habitants des diverses provinces qui occupent un même mélange de terrains sont réunis à cause de leur similitude de types. Ainsi se trouvent groupées les différentes régions primitives de la France qui produisent nécessairement un môme type.

Certes voilà un curieux hasard des conquêtes, qui sait reconnaître et circonscrire exactement les formations géologiques anciennes, qui aurait épargné certains pays y plateaux et autres régions primitives^ parfaitement accessibles, qui pourtant atteint fort bien les inontagnes moins anciennes (fiin accès plus difficile. Mais, d'abord, dites-nous donc où ces Aryas auraient pris des yeux bleus et des cheveux blonds, pour les apporter en Europe, en France, puisqu'ils ne sont pas ainsi dans leur patrie asiatique originelle ?

Les auteurs anciens ont fait de môme. Tacite nous apprend que les Tongriens (Tongres et Brabant) étaient les premiers Germains qui eussent franchi le Rhin. Quant auxTrévires (Trêves) et aux Nerviens (Hainaut) qui se vantent d'une origine germanique, leur prétention, dit l'historien, était d'autant moins fondée que, par leurs traits physiques comme par leur caractère moral, ces peuples étaient semblables aux autres Gaulois. Ainsi, parce que les habitants du Brabant jusqu'à Tongres ont conservé leur type en retrouvant un môme sol récent, ils sont reconnus comme Germains. Mais les habitants de Trêves et du Hainaut, ayant été transformés par une notable partie de terrains paléozoïques et houillers que contiennent ces régions, l'historien refuse de les croire !

Les populations étant groupées par affinité de races dépendant de la nature du sol, on peut en général prévoir leurs aptitudes. Les peuples des terrains anciens, religieux, superstitieux, attachés à leur pays, à leurs

habitudes, ont une tendance à confier le gouvernement aux soins exclusifs d'un souverain; ceux des terrains récents, industrieux, intelligents, indépendants, préfèrent participer eux-mêmes aux affaires publiques par leurs votes et leurs représentants. Si Ton veut des exemples, on peut citer la Bretagne, qui est le pays le plus ancien de la France et dont on connaît les efforts tentés pour conserver Tancien régime du gouvernement absolu. Dans les grandes villes, qui présentent assez généralement des aptitudes opposées, il ne faut pas seulement considérer comme cause la concentration d'hommes ayant des aptitudes plus spéciales et les influences mutuelles; les grandes cités sont généralement situées sur les terrains les plus favorables de chaque contrée, et lorsque rarement il n'en est pas ainsi, c'est que des rivières ou d'autres moyens de communications facilitent l'arrivée des produits de contrées qui remplissent ces conditions. Dans le département de Saône-ct-Loire , chacun a pu remarquer combien les votes et les actions de l'arrondissement de Chalon, situé sur des terrains récents, diffèrent de ceux de l'arrondissement d'Autun, où dominent les terrains anciens. Les grandes surfaces, où dominent les mêmes terrains, peuvent seules aspirer à se constituer un gouvernement particulier. Si même les démarcations géologiques sont grandement dessinées, elles deviennent impérieuses, et sont les seules véritables limites des législations ou des gouvernements qui doivent les régir.

A mesure que la science grandit, l'homme brave plus facilement le climat rigoureux; son intelligence, ses facultés sont plus vivement excitées : la terre ne produit que pendant une saison, il faut se pourvoir pour l'autre. L'époque des frimas arrive, il lui faut un vêtement, un abri, un foyer. Dès lors, activité, industrie, progrès.

Si nous jetons un coup d'œil sur les différents pays

qui ont tour à tour tenu la tête de la civilisation, nous voyons que tous ont rempli les conditions que nous venons d'indiquer. En premier lieu, les conditions de sol, puis les influences secondaires. En considérant les premiers berceaux de la civilisation, nous voyons l'Egypte, qui joint à une fertilité merveilleuse une frontière des plus parfaites : elle est enveloppée de mers et de déserts; deux mortes saisons, la sécheresse et l'inondation, obligent l'homme à une certaine prévoyance. Aussi est-ce là que naissent les beaux-arts, l'industrie, l'astronomie. Ensuite nous voyons la civilisation en Chine, en Assyrie, riches régions où elle ne se maintient qu'à la condition d'absorber toutes les contrées qui l'entourent, jusqu'aux, peuples incapables de lui nuire. Mais, dans ce dernier pays, les limites sont incertaines. Aussi, n'a-t-il que sa langue, 'son écriture cunéiforme, ses dogmes, son agriculture, mais il emprunte ses arts, sculpture et architecture, son industrie et sa science la ' plus avancée, aux Egyptiens, qui seuls ont pu les porter à un si haut degré, à la faveur de leurs frontières naturelles.

Ensuite vient la Grèce, favorisée par un bon sol, et fortement défendue par un entourage de mers, d'isthmes et de montagnes. L'homme y trouve donc fertilité, sécurité avec les matériaux et les aptitudes propres à l'art, qui prospère au plus haut degré. En Italie, dans cette péninsulç favorisée d'un Heureux mélange de sol, défendue par la mer, les Alpes et le Tyrol. Enfin, de nos jours, malgré la puissance qu'a acquise la civilisation dans l'esprit des peuples, nous voyons encore dominer la France, qu'un avantageux mélange de terrains favorise et que protège un bon ensemble de frontières. Un seul point, sa frontière du Rhin laisse à désirer; c'est aussi de là que lui viennent ses difficultés les plus sérieuses. L'Angleterre^ étroit continent, protégé par une

frontière sans pareille, avant Tinvention de la vapeur et de la marine cuirassée, a profité de cette position pour porter sa puissance au plus haut degré.

Nous voyons par cette marche, que la civilisation a toujours prospéré dans les Etats remplissant les meilleures conditions de sol et de frontières; en second lieu, elle parait s'être répartie entre ceux-ci, plus au sud, lorsque les moyens industriels faisaient défaut à Thomme pour parer aux intempéries; plus au nord, lorsque ces moyens se sont accrus. Il est encore un autre résultat des terrains récents, qu'il importe de signaler. Ces terrains, que l'on rencontre dans plusieurs localités de la France, dans le sud-est de l'Angleterre, dans le nord de la Belgique et de l'Allemagne, en Pologne, en Hongrie, etc., ont une tendance à produire des surcroîts de population qui sont déversés dans des régions moins favorisées. Si nous consultons les documents géologiques, nous voyons que partout, sauf de rares exceptions, ces peuples émigrants sont sortis des régions formées presque exclusivement de terrains récents pour se répandre assez généralement sur des terrains plus anciens.

Après cet examen des principes généraux, il nous reste à jeter un coup d'œil sur les influences auxquelles sont soumis aujourd'hui les principaux Etats. Ici, le sujet devient délicat, il est à craindre que chacun ne voie que le petit côté de la question, qui peut se trouver en désaccord avec ses vues ou ses projets, sans songer à l'immense bienfait qui doit résulter de l'application générale d'un principe sûr pour guide, principe qui constitue la véritable base de paix entre les gouvernants et les gouvernés comme entre les Eîtats eux-mêmes.

Nous venons déjà de parler de l'Irlande; mais que dire de la pauvre Pologne, qui souffre d'autant plus amèrement, que ses limites géologiques avec la Moscovie sont

plus vigoureusement tranchées. Les races slaves et lithuaniennes ont, avec les Moscovites, leur véritable liniite dans la grande ligne géologique qui existe au nord des bassins du Niémen et du Dnieper. En effet, les Slaves qui ont dépassé cette ligne, sont en grande partie transformés, abrutis disent les autres Slaves qui attribuent bénévolement cet effet à la puissance de tels ou tels princes. Heureux princes qui, s'ils ne s'abusent, doivent rire dans leur barbe. Comprendre ces Slaves avec ceux du sud serait une faute qui s'aggraverait progressivement. S'il y a quelque inconvénient à les laisser sous les mêmes lois que les peuples moscovites propres au même sol, il diminuera de plus en plus. Mais il n'en est pas de même au sud de cette grande ligne géologique : les aptitudes et les types propres à cette région sont et demeureront toujours différents de ceux de la Russie; et, hors des grandes lois de la nature, les projets des hommes ne sont que calamités, témoins les efforts des czars pour faire du peuple polonais des Moscovites. Même nature, mômes facultés, renaîtront sur un même sol. L'œuvre de destruction ne saurait toujours durer, l'œuvre de reconstitution est éternelle I

Si, en Russie même, l'on considère, d'un côté, la grande facilité que ce pays trouve à s'agrandir sur les terrains analogues aux siens, de l'autre, les difficultés parfois prodigieuses qu'il trouve à le faire sur les terrains qui en diffèrent le plus, on aurait déjà une idée de ce résultat; et cette remarque n'est pas particulière à ce pays. La science est impartiale, elle constate que dans la Prusse, le Danemarck et les Duchés, le sol, et par suite les aptitudes si ce n'est la langue, sont à peu près les mêmes. Dès lors il ne s'agit pas là d'anomalie; mais seulement de savoir si les Duchés désirent être gouvernés séparément ou par tel ou tel autre Etat ayant les mêmes aptitudes.

La Hongrie, dont le sol est récent, joue, par rapport à TAutriche aux terrains généralement anciens, un rôle d'opposition que chacun connaît. L'Amérique du Sud, relativement à l'Amérique du Nord, agit de même et dans les mômes conditions.

Nous avons vu la civilisation implanter son drapeau tour à tour dans les divers pays de l'est à l'ouest, du sud au nord; mais, ce qu'il y a de tiès remarquable, c'est que jamais la tfttc de la civilisation qe s'est fixée dans d'autres pays que ceux qui présentent les meilleures conditions géologiques. Constantinople est certainement une des cités du globe les mieux placées, sous le double rapport géographique et climatérique. Elle relie les continents, ses flottes peuvent venir s'abriter sous ses murs, circuler ou se retrancher dans plusieurs mers dont elle tient les clefs, manœuvrer avec privilège selon le besoin. Sa défense par terre n'est pas moins facile, son climat est merveilleux, les productions de son territoire souvent abondantes. Que lui manque-f-il donc? Il manque à cette brillante capitale un sol récent au lieu de reposer sur des terrains siluriens et dévoniens. Il manque aussi à l'état un sol plus varié, ou plutôt moins parsemé de montagnes primitives, élevées, qui entrecoupent ses zones tertiaires en sillons profonds. Dès lors, des Etats peuvent y être fondés par de nombreux conquérants. Un empire puissant peut lui être donné , par les Romains, un peuple des mieux*doués naturellement peut lui être envoyé par la vallée de TOxus (les Osmanlis), tous ces avantages ne pourront aboutir à lui donner un premier rang : cette région dégénérera, tombera comme Troie devant Agamemnon, comme elle est tombée devant nombre de conquérants.

Veut-on des preuves de plus de cette influence du sol? Regardons ce qui se passe aujourd'hui : Les Turcs après avoir perdu peu à peu les qualités naturelles qu'ils

tenaient de la vallée de l'Oxus, de l'heureuse Bactriane, et n'avoir pas su se mettre au niveau intellectuel de' l'Europe, surtout à cause du péché originel de leur capitale, voient leur influence s'éteindre. Non-seulement ce peuple ne fait plus trembler Toccident, mais ses propres provinces se détachent, et, chose des plus remarquables, les régions qui acquièrent leur indépendances sont précisément celles-là, mais celles-là seulement, qui ont de meilleures conditions géologiques que le cœur de la Turquie. Ce sont l'Egypte, la régence de Tunis, la Grèce, les îles Ioniennes, la Moldavie, la Valachie, la Servie!

Ouvrons maintenant une carte géologique, et nous serons frappés d'une chose. Ne dirait-o/i pas que le cerveau de chaque Etat ne peut être placé que dans les meilleures conditions géologiques, et que les territoires privilégiés sous ce rapport sont seuls aptes à se suffire?

Encore un exemple : jetons les yeux sur ce vaste Etat du nord, qui couvre une grande portion du globe dans deux parties du monde; ce vaste empire ne semble-t-il pas vouloir absorber l'Europe? Erreur! il n'absorbera rien de semblable. Ce qui lui manque, à ce colosse dit aux pieds d'argile, c'est précisément de l'argile aux pieds, son sol est trop maigre. Les hommes capables qu'elle attire ou qu'elle possède, ne sont que des points perdus dans l'espace et que paralyse son aristocratie, qui mesure l'homme à ses acres de steppes et à l'héritage de quelques grimoires sur un écusson. Ce brevet dispensateur de capacité susbtitue la médiocrité à l'homme capable et utile. La descendance d'un homme ne participe de lui à chaque génération successive que pour 1/2, 1/4, 1/8, 1/16, etc., ce qui touche à rien au bout de quelques générations. La distinction ou le privilège héréditaire ne peut donc donner que le hasard ou la médiocrité.

Regardons maintenant ces apparentes anomalies de

grands Etats peu puissants, de moyens et mêmes de petits Etats très considérés, très forts, très avancés; nous en trouverons la raison, non dans le hasard des destinées, mais dans la force des choses qui régissent l'humanité. Que de guerres, que de troubles, que de malheurs publics, eussent pu être évités, conjurés, avec la connaissance des grandes lois naturelles auxquelles sont soumis les peuples, et par Tapplication des véritables principes qui doivent les régir! Oui, Ton ne saurait trop se pénétrer de cette grande, de cette suprême règle politique : Hors des grandes lois de la nature, les projets des hommes ne sont que calamités î

§ 1). — Amélioration de rhomme.

L*liomme peut être amélioré sous deux points de vues; d'une part, par les qualités des organes matériels: d'autre part, par les qualités de Tâme qui s'améliore par l'instruction, les bons exemples et les efforts que nous faisons sur nous-mêmes pour bien agir. Mais ce ne sont pas ces dernières qualités que nous devons examiner ici, ce sont celles qui résultent des conditions matérielles de la vie, de la constitution de nos organes.

Choisir son sol et son milieu serait la première condition si l'homme était libre; mais, ne l'oublions pas, la répartition des êtres sur les diverses natures de terre, est déjà faite de telle sorte que les avantages et les inconvénients se compensent à peu près. Les hommes se pressent, s'entassent sur les terrains récents où chacun ne peut posséder que d'étroites parcelles, dont le limon détrempé s'attache aux pieds. Au contraire, ils ont plus d'espace sur les terrains anciens, en général montagneux. L'air y est plus sain, le pied plus ferme, l'aspect plus varié. Si les produits y sont moins parlaits, n'est-ce donc pas une compensation?

D'ailleurs les types et les aptitudes ne pouvant se modifier que par une longue suite de générations, le changement sur une seule est insensible. Qui donc, pour si peu de chose, surtout lorsqu'il peut atténuer ce résultat par son travail et ses soins, sera tenté d'abandonner le coteau qui Ta vu naître, le vallon qui a reçu les confidences de ses pensées intimes, la montagne élevée qui lui dit de loin : « Je suis ta compagne, ton amie d'enfance, ma cime est le belvédère qui te fait contempler l'œuvre du Créateur. Si tu t'éloignes, je suis le jalon, le signal qui te rappellera de loin; c'est à ma base que tu trouveras la source limpide, l'ombrage en été, l'abri en hiver? » Si chacun de nous entend une voix qui lui crie : « Mon pays est le plus beau de la terre. » il est incontestable qu'elle est beaucoup plus forte chez les montagnards que chez les habitants de la plaine. On ne peut donc que répéter : écoutez, suivez la voix intime qui vous rappelle sur la terre natale. Tout sur cette terre, est fait pour vous, vous êtes né pour elle.

Quant à moi, j'ai une prédilection pour les montagnes et pour les montagnards. J'aime la variété des unes, j'aime la rude franchise des autres. Et si les compensations sont déjà faites, bornons nous à signaler les écueils qu'il faut éviter; car les terrains pèchent précisément par les deux extrêmes.

Les alluvions trop récemment arrachées aux montagnes primitives par les glaciers et par d'abondantes désagrégations, sont les terrains les plus défavorables à l'homme. Ainsi le crétinisme se produit dans les vallées les plus fortement encaissées des Alpes, des Pyrénées et d'autres régions montagneuses fortement accidentées. Ces désagrégations ne sont propres qu'à donner des êtres arriérés ; elles sont donc surtout impropres à l'homme, ce qui confirme d'une manière saisissante la grande loi que nous développons. Les deltas, quoique

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formés de dépôts récents, sont loin d'offrir les terrains les plus favorables, surtout lorsqu'ils reçoivent les débris des pays alpestres. Dans les régions anciennes, les meilleures conditions sont les vallées peu encaissées où les dépôts ne sont pas trop nouvellement désagrégés, les plateaux peu accidentés et les versants les.moins ravinés, parce qu'alors les détritus ont pu améliorer le sol par une longue suite de productions et de décompositions.

Les établissements, les hôpitaux que l'on a construits pour le traitement des crétins n'ont eu et ne pouvaient avoir aucun résultat; car le crétinisme est plutôt une constitution acquise qu'une maladie. Le croisement avec des individus bien constitués peut accélérer considérablement le retour d'une population qui a des tendances au crétinisme. Quant aux individus qui en sont complètement atteints, du moment où ils sont impuissants à se reproduire, il n'y a, hélas î rien à faire qu'à les laisser s'éteindre dans leur déplorable stupidité.

Ce fait, que les crétins sont impuissants à se reproduire, montre d'une manière palpable que la transformation des types se produit par une autre influence que celle de l'hérédité. En effet, les crétips s'éteignent sans postérité : malgré cela, il s'en produit sans cesse de nouveaux.

Eviter de vivre d'une manière permanente sur le sol qui produit le crétinisme, voilà le seul remède. Le mieux est d'en tirer des produits autres que ceux qui sont destinés à la nourriture des populations. On peut employer ces propriétés en forets, mais non en pâturages dont les produits reviennent presque directement à l'homme par l'intermédiaire de nos bons ruminants.

Je pourrais citer de simples versants granitiques, très bien exposés au midi, mais abruptes, au pied desquels demeurent des habitants qui, d'autre part, confinent à de meilleurs terrains, et qui pourtant se ressentent de

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cette position. Son influence s'étend aussi aux proprié- ': x\!|

taires qui jouissent d'une grande aisance; mais qui vivent presque exclusivement des produits de leurs propriétés. Dans ce cas vendez vos produits, car, en petite quantité, ils ne sont pas nuisibles. D'un autre côté, on me cita un hameau construit sur les ruiiies d'un vieux château, que je demande la permission de ne pas nommer, dont les habitants avaient eu de nombreux cas d'infirmités venant de naissance.

Les ruines de ce château, au milieu desquelles sont dispersées quelques habitations, sont situées sur une petite éminence de sol arrondi, qui est en relief dans une gorge, entre des ravins étroits. Le sol de l'éminence, ainsi que celui de la plus grande partie des versants qui lui font face, est composé d'une roche primitive en décomposition. De plus, des travaux de terrassements ont mêlé au sol des produits tellement défavorables que les habitants en ont été affectés, bien que les produits de cette étroite localité n'entrent qiie pour une part trop forte encore dans leur alimentation.

Nous voyons ainsi que les localités vraiment défavorables a l'homme, n'embrassent pas tout les pays de formation ancienne, mais principalement les points sur lesquels se trouvent les plus fortes désagrégations récentes de roches anciennes. C'est donc là un écueil que Ton peut éviter.

§ 10. — Confirmations officielles.

A la suite de mes lectures à l'Académie des Sciences, révélant l'influence prédominante du sol sur les êtres animés, le Ministre de l'Agriculture chargea M. Tisserand d'une mission pour en constater les résultats sur les races domestiques. L'ouvrage fut publié avec luxe et de belles planches, en voici un extrait.

« Quand on a parcouru et examiné avec soin les pays qui s'étendent le long de rOcéan, de la Manche et de la mer du Nord, depuis la Coruna, extrémité occidentale de rEsi$agne, jusqu'à la pointe de Skagen, qui termine la presqu'île jutlandaise dans le Cattégat; quand on a observé la constitution géologique et le climat, le relief et la nature du sol, il est facile de comprendre comment les mêmes animaux sont parvenus à faire des races

distinctes,

« Sur les collines granitiques de la Bretagne, les animaux ont pris des formes très fines, une taille très petite et d'autant plus petite que les conditions de vie étaient plus misérables. Trouvant sur les coteaux schisteux et marneux de la Biscaye de meilleures conditions, un peu plus d'abondance, mais avec des alternatives de privation, de misère, la race a acquis un peu plus de taille; mais ses formes sont restées osseuses; tel est encore le cas de la race Gouine, qu'on trouve sur les terres légères et siliceuses des environs de Bayonne, de Bordeaux et de La Rochelle.... Au delà de la Bretagne, les conditions ne sont plus les mêmes, on arrive au pays des terres fortes, des herbages gras; c'est la Normandie, c'est le Pas-de-Calais, c'est la Flandre; ce sont les polders de la Hollande; aussi les animaux y ont-ils pris et conservé des caractères tout différents, entre autres une aptitude très grande» pour la production du lait; ils ont acquis un volume et une taille considérables, me ampleur toujours en rapport avec la fertilité du terrain. Dans le Holstein, le Sleswig et le Danemark, ce sont à peu près les inêmes différences de sol, d'herbages, ce sont aussi les mêmes variétés dans les animaux de l'espèce bovine et ovine.

» Si nous poussons nos investigations plus loin en Norvège, dans les régions granitiques, ce sont toujours les mêmes faits qui se manifestent, les mêmes causes

qui produisent les mêmes résultats; partout ranimai se calque sur le sol qui le nourrit et semble être comme un reflet de sa configuration et de sa richesse. » Et, dit M. Tisserand : // est facile de comprendre comment les mêmes animaux sont parvenus à former des races distinctes..,, leur ampleur est toujours en rapport avec la fertilité du terrain..,, les mêmes différences du spl et d'herhages ont aussi les mêmes variétés danimaux.... »

Cette confirmation est d'autant plus sérieuse que, dans sa mission, M. Tisserand, homme très compétent, jouissait des avantages et ressources de l'Etat. Citons encore cet exposé clair de M. deParville {Constitutionnel du 20 juillet 1864) :

« Le voile s'est déchiré. Il ne faut plus seulement, d'après M. Trémaux, considérer l'action physique du milieu; on négligeait la cause prépondérante, l'action géologique. C'est en définitif, le milieu géologique et physique qui fait l'espèce ; telle est la loi posée et découverte par le savant voyageur. Elle va accorder tout le ' monde. L'homme le moins parfait appartient aux terrains les plus anciens et subsidiairement aux climats les moins favorisés, inversement, l'homme le plus parfait appartient au pays qui, sur le moindre espace, offre la plus grande variété de terrains, en laissant prédominer les plus récents.

» Est-ce simple? N'est-ce pas la clef des divergences qui séparent les écoles. Fixité, progrès , dégénérescence ; la formule renferme tous les cas. Allez habiter les terrains modernes.... perfectionnement. Restez en place, fixité; gagner les régions primitives, dégénérescence. N'est-ce pas l'échelle des naturalistes avec ses échelons franchis par en haut et par en bas ?

« Il ne suffit pas d'avancer, il faut prouver; or, sur ce

point les arguments de M. Trémaux abondent, nous n'avons que rembarras du choix.... »

Beaucoup d'autres confirmations se succédèrent; 70 ou 80 journaux et revues rendirent compte de mes communications à TÂcadémie. L'accueil académique, une double décoration, etc., rien n'y manquait; j'avais démontré que la descendance de notre premier père avait donné des blancs et des noirs. Ma première édition in-12 de 490 pages fut épuisée en deux mois par la librairie Hachette. Mais ce n'était encore là qu'une des faces de la question.

§ 11. — Autres réflections.

Ensuite l'Académie, la philosophie s'était aperçue que si les êtres s'approprient au sol sur lequel ils vivent, que si, depuis les premiers âges du globe, ils se sont modifiés, perfectionnés en conséquence de l'amélioration du sol, c'est qu'ILS SE TRANSFORMENT!.... Alors l'inconséquence de la tradition me retomba sur le dos, tout changea, je devins coupable malgré moi, il ne me fut pas possible d'obtenir une seconde édition que je désirais modifier. Je n'insistais plus. C'est alors que je voulus savoir où conduisait cette science si terrible.

Mes recherches furent des plus heureuses et me conduisirent à la plus grande loi dont l'humanité puisse jouir, c'est-à-dire au Principe universel du mouvement et de la vie qui résulte simplement des transmissions de force. Et, je pus constater que les phénomènes de la volonté et de l'intelligence répondaient à un autre principe!.... C était le double but désiré : i^ développai dès lors ce principe si important; mais l'Académie n'y répondit qu'en s'efforçant d'étouffer mes travaux. Enfin, pour justifier cette résistance incompréhensible, elle

s'avisa de donner sa théorie des équations singulières qui lui faisait croire que la volonté n'existait pas et n'était qu' « une apparence ! » Or, rien ne me fut plus ^'i'^

facile que de lui montrer par expérience que la volonté est bien réelle, et, pour mieux la convaincre de son ' existence, je fis plus, je lui montrai encore dans quelle condition elle se produit et comment elle ne répond pas au même principe. Il n'y avait plus rien à ajouter, repousser sans nécessité dogmatique, les plus grands bienfaits de la science était dès lors la plus coupable des combinaisons, c'était s'attaquer au bien. Malheureux, portez vos ruses ailleurs que contre la science productive, il n'y avait donc plus à hésiter, il fallait lutter contre ces misérables vues, contre ces aveugles tendances de l'antique ignorance que leurs défenseurs n'osent pas avouer. La transformation des êtres elle-même présente des avantages notables depuis que les sciences géologiques et paléontologiques sont venues mettre en évidence des faits qui n'étaient pas connus anciennement.

§ 12. — Avantages philosophiques de la transformation

sur la fixité des espèces.

On ne semble pas s'apercevoir que les temps ont changé, que la géologie, la paléontologie, l'histoire et la science sont venues donner le plus inéluctable démenti aux hypothèses anciennes qu'il faut se hâter de rectifier. Les inconvénients s'accentuent de plus en plus et nos philosophes, nés dans les idées fausses et qui s'en nourrissent, ne s'aperçoivent plus de l'isolement scientifique où ils se noient. Avec la fixité des espèces, vous vous trouvez en présence de vingt mille espèces et plus réparties dans les différentes couches géologiques de tous les âges du globe terrestre. Il faut donc admettre

que vingt mille fois, une souris, un éléphant, un pinson, une baleine ont subitement apparu tout formés de pied en cap? C'est merveilleux, j'en conviens, mais lorsque Dieu a établi ses lois inviolables, aussi simples qu'admirables, pourquoi voudriez-vous qu'il se démentît luimême et qu'il démentit vingt mille fois vos traditions qui n'admettent qu'une intervention divine pour toutes les espèces. Agir ainsi, c'est évidemment contredire les lois de la nature de Dieu qui procèdent progressivement dans toute action organique; c'est contredire la science, le bon sens qui se demandera toujours si c'est la poule qui a fait le premier œuf, ou l'œuf qui a fait la poule; c'est contredire toutes les lois de l'expérience et de la raison I C'est mettre la science en contradiction avec vos affirmations; ce qui est la pire de toutes les situations.

Avec la transformation, rien de plus naturel. Toutes les espèces découlent d'une seule intervention, d'une seule loi divine pour tous les phénomènes matériels; ce qui motive un certain degré de fatalité réelle inexplicable autrement. Dieu n'accorde aux animaux qu'un instinct nécessaire à leur conservation. Puis, lorsque l'espèce matérielle est suffisamment développée, on conçoit qu'il réserve ses soins pour les âmes qui, étant individuelles, ont pu être données aussi bien à un couple adamite suffisamment développé et fort ancien, qu'ensuite à ses descendants en particulier. En effet, pourquoi l'être le plus avancé, ayant déjà été préparé par des êtres doués d'instinct, serait-il moins digne de recevoir une âme qu'un morceau d'argile brute? Bien plus, nous voyons la preuve de la transformation, par ce fait capital que les plus grandes similitudes anatomiques existent entre l'homme et les espèces anthropomorphes, tandis que les plus profondes différences les séparent au point de vue intellectuel; ce qui démontre l'intervention de Tâme.

D'ailleurs quand la tradition a dit, Dieu fit l'homme àson image, elle n'a pu parler que de l'âme, puisqu'elle dit : Dieu n'a ni corps, ni couleur, etc. En outre, les principes de la transformation montrent que l'homme seul ne pourra plus changer d'espèce; c'est donc la science ellemême qui le distingue encore, sous cette forme, de toutes les autres espèces pour en faire J'œuvre suprême et finale du Créateur !...

Ainsi, avec la fixité, le dogme est empêtré; contredit par les plus grossières impossibilités et les plus patents démentis; avec la transformation, il est protégé par les phénomènes les plus délicats, les plus inaccessibles et par des distinctions uniques à l'espèce humaine.

§ 13. — Conclusions : Uignorance fait les maiiXy la

science vraie crée le bien.

Vous voyez, grands philosophes, que vous ne pouviez connaître exactement la puissance du mouvement et la chaleur, sans connaître la loi des transmissions de force. Vous avez mal interprété le mouvement et Xo. pression universelle insuffisamment connus, vous avez cru que tout dépendait d'une manière immédiate ou consécutive de ces forces brutes. Vous n'avez pas compris que le mouvement, ou la moindre pression, pouvait être dirigée dans les êtres organisés par l'expérience des siècles de siècles et par un principe supérieur qui échappe à nos facultés limitées, et vous avez semé l'ignorance et les maux par de fausses craintes. Ce n'est pas seulement le travailleur qui souffre d'un manque de connaissance ou d'une fausse direction. C'est tout ce qui étudie, cherche, pense, dirige et soulage. C'est le médecin, l'ingénieur, le mécanicien, le physicien, l'industriel. Ce sont toutes les professions qui usent d'une matière ou d'une force quelconque, ce sont l'agriculture et les sciences natu-

relies privées du principe qui les éclaire et les favorise, ce sont toutes les études, toutes les écoles polytechnique, de médecine, de science, d'industrie et autres qui subissent sans s'en douter le môme système de réticence et de science inexactes. C'est donc Tintelligence humaine tout entière qui est ainsi paralysée, courbée sous un système d'hypothèses et de fausse science. Et par qui ? Par quelques présomptueux personnages égarés par l'ignorance et Terreur qui prenant leurs craintes pour des réalités, transmettent ce déplorable système. Pour donner le change et motiver l'obscurantisme, on fait même parfois répandre des idées matérialistes, alors qu'on s'oppose à laisser répandre la science vraie et ses bienfaits.

Pour comprendre comment un pareil système a pu naître et se transmettre, il faut considérer : 1* que dès l'antiquité, les Egyptiens ont voulu, comme les magiciens, frapper l'esprit des masses par des stratagèmes qui font sourire aujourd'hui; 2^ que l'ignorance a fait croire que la science conduisait nécessairement au matérialisme; 3° que l'hérédité n'a pu mettre à la tête des peuples que des intelligences médiocres dues au hasard et non au choix : un homme, en effet, ne participe d'un ancêtre, bon ou mauvais, que pour 1/2, 1/4, 1/8, 1/16, ce qui ne touche à rien au bout de quelques générations; 4° puis, la médiocrité ne peut dominer qu'en abaissant tout ce qui l'entoure; ce qui conduit droit à l'injustice, à l'ignorance, à la misère. Comme la science libre eût cherché surtout les choses vraies et productives, Louis XIV était dans son rôle, en fondant une académie salariée pour interpréter et travestir la science de la plus singulière façon. Ainsi la science fut JUGÉE et EXÉCUTÉE par simple préjugé et sa?is qu'on connût ni son principe ni ses conséquences!!!,.. Et ce corps, en élisant lui-même ses membres, n'a pu qu'accentuer ses

tendances tellement nuisibles qu'elles ne peuvent être ni défendues, ni exposées en plein jour; mais seulement par la ruse et par la fausseté organisée; 5* par suite, vient Tégoïsme qui a pris le contrepied de ses désirs, qui détruit la richesse qu'il convoite, qui a tout fait et fait tout pour détruire cent contre tm pour lui, en même temps que dix mille pour autrui (voyez p. 248). Voilà comment une aussi malheureuse situation a pu naître et se transmettre par le trouble des fausses affirmations.

Or, pour excuser ce fâcheux état de chose, que disait Malthus? « La misère vient de ce que l'indigent sans » inquiétude (c'est-à-dire, désespérant de l'avenir), sans » prévoyance, se multiplie à l'excès, ce qui amène les » calamités, les guerres, les famines. » Eh bien, nous venons de voir que l'ignorance est une source de misère et la science une source de richesse et d'abondance (et par suite de progrès spécifiques et autres) qui dépasse tout ce que nos gouvernements pouvaient imaginer. Donc, en semant l'ignorance, vous avez semé les maux. En effet, l'homme qui désespère de l'avenir, abuse du présent et s'abandonne aux mauvaises passions qui troublent: lui, sa famille et la société I Au contraire, l'homme éclairé se crée l'aisance, et, pouvant espérer quelques épargnes, quelque bien dans l'avenir il devient économe, travailleur et content. Vous avez doublement semé les maux, puisque l'excès de fécondité est beaucoup plus grand dans l'ignorance et la misère que chez l'homme éclairé qui mesure ses besoins à ses ressources. C'est encore à l'ignorance, à la misère qu'est dû cet excès.

Vous pratiquez la théorie des Malthus, des Darwin qui veut que le bien résulte de l'excès du mal, de la lutte pour la vie, que vous appuyez de mille exemples et prônez pour justifier vos méprises, tout en repoussant

le transformisme. Nous fondons au contraire LA LOI DU BIEN sur des milliards de faits et mieux encore, nous divisons le globe entier en deux catégories, les bons et les mauvais terrains, Taisance et la pauvreté. Et, nous voyons les beaux peuples de l'Asie et de l'Egypte dégénérer en se répandant sur les anciennes formations géologiques de l'Afrique et d'ailleurs, malgré qu'ils y trouvent une lutte pour la vie des plus acharnée. Tandis que les hommes qui se sont répandus sur les meilleurs terrains d'Europe y ont progressé avec des mœurs plus douces. Voyez les faunes qui ont dégénéré sur les mauvais terrains. Voyez nos magnifiques races d'animaux sur tous les bons terrains d'Europe et les types rabougris, osseux et maigres sur les mauvaises régions. Voyez partout et pour les deux règnes tel sol, tel produit. Donc, quelle que soit la lutte pour la vie, les êtres dégénèrent avec la pauvreté, ils progressent avec l'abondance? Donc, la concurrence vitale détruit surtout les êtres mal partagés; mais elle fait du mal à tous ; tandis que le bien profite à tous! Ainsi la perfidie ou l'erreur malthusienne se cache sous le darwinisme qui tend aussi à substituer la voie du mal à celle du bien, ce qui est la plus colossale des erreurs philosophiques. Oui, l'œuvre de la brute et de l'ignorance est de détruire, c'est la misère; l'œuvre de l'intelligence de la science vraie, c'est la richesse, c'est la pondérance économique, c'est le bien qui profite à tous !

Et c'est devant le principe de la science qui doit porter la puissance de l'homme au plus haut degré que ces infaillibles destructeurs persistent dans l'erreur et les malheureuses trames qui sont le fléau de l'humanité? Mais regardez donc la facilité, la simplicité avec laquelle toutes les branches de la science se résument dans une seule loi et dans quelques pages, au lieu d'aveugler le travailleur dans une multitude de volumes de faits défi-

g-urés, noyés sous les hypothèses fausses, et votre cons-

cience frémira devant votre œuvre : il faut à l'homme le

principe de la science qui éclaire, moralise et soulage, |

qui met dans ses mains les forces delà nature, qui l

centuple la richesse; et, vous lui donnez la fausseté,

l'aveuglement qui centuplent les études, les erreurs et les

77iaux!!!

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