humanllé s’agraedil tous les jours “T ’os
Atû T-iniAt avec cette argile qui fait la boue de nos
r^us rirÆue ce mélll éllDcelaut, solide et léger
“Ttoi ircuuu; ':^u u‘üir pSS" srrer«utues*do
s espèces que compte le ^gee amma^ en * P«“» r„it,elTp?o7o“roTe7^^^ pl’ee favorable. Mais le
• dans ce vaste inonde un seul brin d'herbe, pas un Xe re poussiez lequel nous n'eu.slons su découvnr
““ce"n?sorX‘l^.îemenl les richesses qui «oiv-inUtre ro'utos se7r:;l chV mouvement des doigU du tisse-
1 DeCandoUe, Origines des plantes cultivées, p. 366.
PRINCIPES d’économie POLITIQUE.
rand ou des bras du forgeron — qui n’ait dû être inventé par un premier artisan. Et il ne faut pas croire qu’en ce domaine l’invention s’arrête jamais complètement : elle se mêle au travail leplushumble etTempèche de se cristalliser dans la routine. L’invention, au sens économique du mot, ce n’est pas l’éclair qui jaillit du cerveau d’un homme dé génie ; c’est simplement l’adaptation d’un moyen nouveau à une fin quelconque.
Il est à remarquer que toute invention, une fois faite, a ce privilège de pouvoir servir à un nombre indéfini d’actes de production ou, pour mieux dire, de reproduction. C’est môme ce qui rend si difficile pour le législateur de régler et de protéger le droit de propriété de l’inventeur.
^ 3* Enfin, toute entreprise productive, quand elle ne s exerce plus à l’état isolé, mais sous une forme collective, exige une certaine direction : or, la direction constitue ellemême un mode de travail très efficace et dont l'importance va grandissant à mesure que l’industrie dans nos sociétés modernes tend à prendre les formes de la grande production (Voir aux Ch. de I Entreprise et du Profit).
De I évolntion des idées en ce qui concerne la prodnctivité dn travail.
C est une curieuse histoire que celle qui nous montre comment ce titre de « productif », d’abord réservé à une seule catégorie de travaux, s’est peu à peu élargi et a fini par être décerné indistinctement à tous, et de suivre la filiation des doctrines économiques sur celte question.
1® L’école des physiocrates réservait le litre de productif au seul travail agricole (et aussi chasse, pêche, mines) et le refusait à tout autre, même au travail manufacturier. La raison qu’elle en donnait est que seules ces industries fournissent les matériaux de toute richesse, matériaux que les autres industries se bornent à mettre en œuvre.
LE TRAVAIL. 121
2® La définition des physiocrates était incontestablement trop étroite. Tels qu’ils nous sont livrés par les industries agricoles ou extractives, les matériaux sont en général absolument impropres à notre consommation, et ils ont besoin de subir de nombreuses modifications qui sont justement le fait de l’industrie manufacturière. Celle-ci est donc le complément indispensable des premières et le procès de la production est aussi incomplet sans elles qu’un drame dont on aurait supprimé les derniers actes. A quoi servirait le minerai sur le carreau de la mine, s’il ne devait passer par la forge ou la fonderie? A quoi bon le blé, s’il ne de^it passer par les mains du meunier et du boulanger? Sans le travail du tisserand, le lin ne serait pas plus utile que l’ortie. De quel droit donc refuser à ces travaux le titre de productifs, puisque sans eux ces richesses nous seraient inutiles, en un mot ne seraient même pas des richesses?
Quant à croire que les industries extractives et agricoles créent la richesse, tandis que l’industrie manufacturière ne ferait que la transformer, c’est une erreur. L’agriculteur ne crée rien : il ne fait que transformer, lui aussi, les éléments simples empruntés au sol et à l’atmosphère. Il fait du blé avec de l’eau, de la potasse, de la silice, des phosphates, des nitrates, absolument comme le fabricant de savon fait le savon avec de la soude et des corps gras.
Aussi, à partir d'Adam Smith, personne n’a plus hésité à étendre le litre de productif aux travaux manufacturiers.
3® Pour les travaux de transport, on a hésité plus longtemps, par celle raison que le fait du transport n’imprime, semble-t-il, aucune modification à l’objet. Le colis n’esl-il pas le même à la gare d’arrivée qu’à la g:are de départ? C’est là, disait-on, une différence caractéristique avec l’industrie manufacturière.
Cette distinction est peu philosophique, car tout déplacement constitue une modification essentielle des corps, et c’est même, à vrai dire, comme nous l’avons vu tout à l'heure, la seule modification que nous puissions imposer à la matière (voir ci-dessus, p. 119). Si d'ailleurs on estimait
là
PRINCIPES d’économie POIJTIQUE.
qu’un déplacement ne constitue pas une modification assez essentielle pour être qualifiée de productive, alors il faudrait refuser le titre de productives aux industries extractives, car quelle différence peut-on établir entre le travail du mineur qui transporte le minerai ou la houille du fond du puits à la surface du sol, et celui du voiturier qui prend ce minerai ou cette houille sur le carreau de la mine et le transporte dans l’usine? — à moins de prétendre que le déplacement n’est productif que quand il s’opère dans le sens vertical, et qu’il cesse de l’être quand il s’opère dans le sens horizontaU Inutile d’ailleurs de faire remarquer que, de même que l’industrie manufacturière est le complément indispensable des industries agricoles et extractives, de même l'industrie des transports est le complément indispensable de celles qui précèdent. A quoi servirait-il d’écorcer les arbres à quinquina dans les forêts du Brésil, d’extraire le guano des îles du Pérou, de faire la chasse aux dents d’éléphant dans l’Afrique Australe, si l'on n’avait des marins et des voituriers pour transporter ces produits-là où on doit en faire usage? A quoi sert à un propriétaire la plus belle récolte du monde s’il ne peut la transporter faute de route?
4® Pour l’industrie commerciale, l’hésitation a été encore plus longue.
En effet, on peut faire observer que l’opération commerciale réduite à l’acte purement juridique — c'est-à-dire au fait d’acheter pour revendre (telle est la définition légale de l’acte de commerce) — ne suppose aucune création de richesse. C’était la doctrine des Physiocrates et même de Dunoyer. L’échange peut, disaient-ils, faire gagner beaucoup d’argent à celui qui s’y livre, mais il n’ajoute rien à la richesse générale.
Mais, d’autre part, il faut considérer que l'industrie commerciale ne peut guère se séparer des industries de transport. Cette séparation, comme nous le verrons ci-après, ne s’est même faite qu’assez tard. Aujourd’hui encore les commerçants sont tes vrais directeurs des transports dansle monde : l’industrie voiturière ne fait qu’exécuter leurs ordres De
LE TRAVAIL
plus, ils s’occupent de conserver les marchandises sous forme d’approvisionnement. Ils leur font subir aussi certaines modificalions : le marchand d’étofies coupe les « coupons», l’épicier fait griller le café, etc. Enfin, même réduit à l’échange pur et simple, le simple fait de faire parvenir la propriété d’une chose des mains de celui qui ne peut rien en faire entre les mains de celui qui peut et veut l’utiliser doit être considéré comme productif, car rendre utile une chose inutile c’est tout le secret de la production (voir ciaprès, L’ Inchangé).
5® En dernier lieu, c’est pour les travaux qui ne consistent que dans des services rendus, tels que les professions libérales, que la discussion a été la plus vive. Il peut paraître bizarre, par exemple, de déclarer « productif » le travail du juge qui rend un arrêt ou celui du chirurgien qui ampute une jambe. Où sont leurs produits? Où sont « les richesses » qu’ils ont créées?
Mais il suffit de remarquer :
a) Ques’ils ne créent pas des richesses matérielles, ils créent néanmoins des utilités sous forme de services rendus et que c'est l’utilité, non la matière à laquelle elle peut être attachée, qui est le but de la production;
b) Que dans l'organisme social, grâce à la loi de la division du travail que nous verrons plus loin, il y a une telle solidarité entre tous les travaux des hommes qu’il n’est pas possible de les séparer, et les services immatériels sont une condition indispensable de la production de toute richesse matérielle. Voici par exemple la production du pain. Sans doute nous allons ranger sans hésiter parmi les travaux productifs ceux des laboureurs, semeurs, moissonneurs, voituriers, meuniers, boulangers, en commençant par le Triptoléme quelconque qui a inventé le blé et par tous ses successeurs qui ont découvert telle ou telle variété de céréales, qui ont inventé la rotation des cultures ou les procédés de la culture intensive. Mais nous ne pouvons nous en tenir aux travaux manuels proprement dits. Il est clair que le travail du fermier ou du maître du domaine, encore qu’il
PRINCrpES D ÉCONOMIE POLITIQUE.
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Faut-il s’arrêter là? On le peut sans doute, et c’est ici que beaucoup d économistes tracent la ligne de démarcabon entre les travaux qui doivent être appelés productifs parce
^ «^^ose une utilité nouvelle — e^t les ux qui, quoique utiles assurément, ne devraient nas
champêtre qui a effrayé les maraudeurs, celui du procureur de la Republ.queqm les a poursuivis, du juge qui 10^damnes, du soldat qui a protégé les récoltes contre ces dévastateurs de pire espèce que sont les armées ennemies nont-ils pas eux aussi, contribué à la production du blél E que dire du travail de ceux qui ont formé l’agricuUeu lui-memeetses gens, de l’instituteur qui leur a inculqué dL notions d agriculture ou les moyens de les acquérir, du médecin qui les a entretenus en bonne santé? Est-il donc indifferent, meme a ne considérer que la production du blé que les travailleurs soient instruits et bien portants, qu’ils pos-
dïn t qu’ils jouissent des bienfaits
d un bon gouvernement et de bonnes lois? A-t-on môme le
droit d eoarter comme indifférents à la production du blé les travaux les plus étrangers à l’agriculture, tels que ceux es littérateurs poetes, artistes? Pense-t-on que le goût des travaux agricoles ne puisse être utilement développé dans poe pa, lea romanciers qui nous relracen K„ë de la v,e rustique ou les poètes qui célèbrent lescharmes de! travaux des champs et qui nous ont appris à répéter avec 1 auteur des Céoryiques :
LB TRAVAIL
0 fortunatos nimium sva si bona norint Agricolas!
Où donc s’arrêter? nous voyons le cercle des travaux productifs s’étendre à l’infini jusqu’aux extrêmes confins de la société — tout comme ces cercles concentriques qui vont s’élargissant sur la surface des eaux autour du centre que Ton a touché et se perdre au loin sans que le regard puisse saisir la limite où ils s’arrêtent. Sans doute on peut dire que les travaux que nous venons de considérer n’ont pas contribué tous de la même façon à la production du blé; ceux-ci ont agi d’une façon directe, ceux-là d’une façon indirecte, mais il suffit de constater que depuis le trayail.du lediaureiir jusqu’à celui^u Président de Ja Bépublique, on n*en pour* râit supprimer aucun sans que la culture du bl^n soufirlL Il n'y a même pas lieu d’établir entre eux une hiérarchie au point de vue de leur utilité économique. D’après l’ordre des besoins économiques auxquels ils répondent, on pourrait être tenté de classer au premier rang les travaux de découverte et d’invention, puis les travaux agricoles, puis ceux des manufactures, puis ceux du transport, et au dernier rang ceux du commerce et des fonctions publiques. Mais il suffit de remarquer que si le pays est mal gouverné ou s’il n’a point de moyens de transport, toutes ses richesses agricoles ne lui serviront de rien. Cependant ce serait tomber dans une erreur non moins grave, quoiqu’inverse, de croire que parcequetous métiers ou professions peuvent être également productifs, il importe peu que tel s’étende plus ou moins que tel autre. La vérité c’est que si toute profession peut être utile dans les limites du besoin à satisfaire, elle devient nuisible au delà puisqu’elle dégénère en parasitisme. Ce qu’il faut c’est la juste proportion entre P effectif de chaque groupe professionnel et l'importance du besoin auquel il doit satisfaire. Or, malheureusement, ce juste équilibre est loin d’être réalisé dans nos sociétés civilisées. C’est ainsi que nous voyons certains pays, par exemple, dépenser des milliards pour développer leurs moyens de transport sans se
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ratives de consommation ont précisément pour but de remé-
dter au mal résultant de la multiplicaliou Ses coleriTu
Dô la peine considérée comme élément constitutif du travail.
C'est un fait indiscutable que l’homme ne travaille euère spontanément mais seulement sous la pression de cLses estoteures, telles que, pour reufaut, la punition, Z p„T 1 émulation, et pour I homme, le besoin, l’appât du gain’
nrtoZienf°””''“''T'^“™°“*'' Pl^POcl des hommes’ ne travaillent avec ardeur que pour hâter l’heure où ils
pourront ne plus travailler. 11 faut donc en conclure que
•'"Pi'quô une certaine pem/î. C'est là une loi d une importance capitale en économie politique Si e travail n était pas une peine, on peut affirmer que tous les phenomenes économiques seraient autres qu’ils ne sont • par exemple ni 1 esclavage ni le machinisme n’auraient existé
puiaqa’ila n’ont eu pour but que de diapenaer d’uu i'
Mais pourquoi le travail est-il pénible? Quoique tout le monde le sente, il n’est pas facile de dire pourquoi. Car le ravail en somme, n’est qu’une forme de l’activité humaine : or, I activité n a en soi rien de pénible : agir, c’est vivrecest au contraire l’inaction absolue qui est un supplice, et
LE TRAVAIL
si atroce que, lorsqu’elle est trop prolongée dans l’emprisonnement cellulaire, elle tue le patient ou le rend fou.
^t-ce^arce j|ue le travail implique toujours un certain r/7o7-ret que rhornme est un anïmârnatufeirément paresgCTrrt'Ce^^e«tTïasTfïïe ex pTîcation sii ffîsanfe^'^fsque beaucbûp~tl’exerc1ces qin sbnT co^nsrdir^s cornnr^ (b^s plaisirs — âséension de rnSnTS'gne';' Cariora"^,Tïïcÿcîêlte, s ports de toute nliTure^^ compris même la dafltee — exrgeil l” des ell'offs" ^rüs intensês~qùe ceux dû travail et que pourtant bêàücoup (fîîômraes s’y livrent âvec passioD.
"Môia dans le jeu l’efTort est^lontaire et libre, il cherche if et trouve sa satisfaction en lui-même : il est. sa, propre fin. f Am contraire, dans le travail reffort est imposé par la nécessité d’atteindre un certain but qui est la satisfaction d’un besoin : l’effort n’est plus que la condition préalable d'une jouissance ultérieure, il est, comme l’on dit, « une tâche » efvoilà pourquoi il est pénible. Entre un canotier qui rame pour s’amuser el un batelier qui rame pour travailler, entre un alpiniste qui fait une ascension et le guide qui l’accompagne. entre une jeune fille qui passe sa nuit au bal et une danseuse qui figure dans un ballet, je ne vois qu’une difiérence, c’est que les uns rament, grimpent, dansent, à seule fin de ramer, grimper ou danser, tandis que les autres, rament, grimpent ou dansent pour gagner leur vie; mais celle différence suffit pour que ces mêmes modes d’activité soient considérés par les uns comme un plaisir et par les autres comme une peine. Il était agréable pour Candide de « cultiver son jardin » : cela lui aurait été désagréable s’il avait dû le cultiver pour y faire pousser des légumes et aller les vendre an marché. Le touriste qui suit une route uniquement pour s’y promener y prend plaisir, mais le facteur rural qui la parcourt malin et soir pour arriver à un but déterminé la trouve toujours longue et fatigante. Or, pour la presque totalité de l’espèce humaine, le travail n’est qu’une voie dans laquelle elle est engagée par la néces-ilé de vivre. Elle travaille pour gagner sa vie : elle ne travaille pas « pour son plaisir ».
128 PRINCIPES d’économie politique.
Ce qui prouve que la pénibilité du travail tient bien à son caractère de condition imposée, c'est qu’elle varie en
contrainte et en raison inverse de la
M ^ ^ l’esclave romain
attaché a la meule ou pour le galérien lié sur son banc : elle
estgrande encore pour le salarié qui doit gagner son pain
quoi, d, en. Elle eel ,n son minimn.n, pour le papan qu"
aboure avec amour son propre champ, pour le directeur de
trusta qui dirige la bataille dos milliards de dollars comme
nn généra son corps cl'armée, el pour rirtisle qui évoque 1 idee sur la toile ou dans le marbre.
De la a conclure que le travail pourrait se dépouiller comple ementde tout caractère pénible sous un régime social ou a pression de la misère et de la faim ne se ferait plus sen ir il n y a qu’un pas. Et ce pas a été franchi par la plusocialistes. Fourier avait donné pour pivot à la société future qu il se proposait d’organiser, le travail attrayant. Il déclarait que si le travail est pénible, cela lient uniquement à une organisation vicieuse de nos sociétés modernes, et il se faisait fort, dans son phalanstère, de transformer le travail en plaisir par le libre choix des vocations, la variété des occupations, la brièveté des lâches, l'esoril de corps, 1 émulation, et milleaiilres combinaisons les unes ingénieuses, les autres fantasques, en un mot de faire du travail du laboureur, du forgeron, du charpentier, du cordonnier.etc.,autantde variétés du sport. Si le roi Louis XVf dit-il, prenait son plaisir à fabriquer des serrures, pourquoi
tous les hommes aussi ne pourraient-ils pas arriver à tra-
vailler par plaisir?
On doit admettre en effet que le travail deviendra do moins en moins pénible au fur et à mesure que les hommes deviendront plus riches et plus indépendants, parce qu’alors le travail perdra de plus en plus sou caractère de biche imposée par la nécessité pour prendre le caractère d’une activité libre. Cependant, alors même que la loi du travail cessera d être une fatalité économique, elle restera une loi morale, un devoir de solidarité sociale. Et il serait contra-
LE TRAVAIL. 029
dictoire de supposer que le travail devienne jamais un jeu.
En tout cas, présentement tout homme qui travaille est soumis à l’action de deux forces opposées : d’une part le désir de se procurer une jouissance quelconque, d’autre part le désir de se soustraire à la peine que le travail lui cause. Suivant que l’un ou l’autre de ces deux mobiles fera pencher le plateau de la balance, il poursuivra son travail ou s’arrêtera.
Comme l’a fait remarquer très ingénieusement Stanley devons, la peine supportée par le travailleur va toujours croissant à mesure que le travail se prolonge, tandis que la satisfaction qu’il en attend va sans cesse diminuant au fur et à mesure que ses besoins les plus pressants commencent à être satisfaits* — en sorte qu’entre ces deux désirs, celui qui le pousse à travailler et celui qui le -pousse à s’arrêter, il est évident que le second finira tôt ou tard par remporter la victoire. Considérez un travailleur qui tire des seaux d’eau d’un puiLs. La fatigue augmente à chaque nouveau seau d’eau qu’il faut tirer; d’autre part, l’utilité de chaque seau diminue, car si le premier est indispensable pour l’alimentalion, le second ne servira qu'à abreuver les bestiaux, le troisième à des soins de propreté, le quatrième à arroser le jardin, le finqiiiéme à laver le pavé, etc. A quel chiffre s’arrêterat-il? Cela dépend dans une certaine mesure de sa résistance à la fatigue, mais surtout de l’échelle de ses besoins. L’Esquimau, qui ne voit d’autre utilité à l’eau que celle de se désaltérer, s’arrêtera au premier ou au deuxième seau, mais le Hollandais qui éprouve le besoin de laver jusqu’au toit de ses maisons, aura peut-être à en puiser cinquante avant de s’estimer suffisamment pourvu.
Si au stimulant des besoins présents et actuels vient se joindre le stimulant des besoins à venir — si, par exemple, dans un pays où l’eau est rare, le travailleur songe à remplir unecilerue pour les jours de sécheresse — l’activité productrice peut se trouver singulièrement accrue. Mais
1 Voir ce que noue avoDs dit, ci-dessue, de t'utilité finale, p. 67.
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tfr- j
pe le la prémgance. n-apparlieel qu’aui ra«:ea civîréeâ JT
U temps cemm, éiémeat constitutil do trasaU.
La darée de la vie utile,
sëlBETfr^--"^-
pour bouiPer ,: viu'dlr les"b„T,^ni^er. - "
même genre que Ja peine el l’e/rort. Eu ofTet on ne peut
LE TRAVAIL
dire de lui comme on dit de la nature, que le temps ne lui coûte rien — le temps coûte beaucoup à l’homme; le proverbe anglais dit time is money, et le proverbe français plus pittoresque dit : le temps est l’étofle dont la vie est faite. Or celte étoffe est parcimonieusement mesurée à l’homme et plus encore au travail. Car l’homme est bien loin de pouvoir consacrer au travail toute sa vie. Sans compter môme le temps incalculable gaspillé par la paresse ou le mauvais emploi, il faut noter que l’homme ne peut :
1® Ni travailler tontes les heures du jour. Il faut bien déduire le temps du sommeil et le temps des repas, et l’expérience a prouvé que l’on ne gagnait rien, au point de vue de ia productivité, à vouloir forcer la durée de la journée de travail. Elle était autrefois de ti à i5 heures. La pression des syndicats ouvriers ou la loi l’ont réduite, dans presque tous les pays, à 10 ou 11 heures, et même déjà parfois à 8 heures, ce qui fait le tiers seulement de la journée.
2® Ni travailler tous les jours de l'année. Il n’y a aucun pays où il n’y ait un certain nombre de jours fériés. L’Angleterre et l’Amérique observent avec rigueur le repos dominical : les Anglais s’accordent en plus l’après-midi du samedi. En Russie il y a un nombre incroyable de jours où l’on fête quelque saint. 11 y a d’ailleurs à faire la part des jours de maladie. 11 est rare qu’un ouvrier, même des plus laborieux, atteigne une moyenne de 300 jours de travail dans l année ; le nombre donné par la statistique officielle en France est de 295.
3® Ni travailler enfin toutes les années de la vie, car il faut déduire les années de l’enfance et celles de la vieillesse. La vie utile, c’est-à-dire celle où l’homme peut produire, quand il s’agit d’un ouvrier, commence à 14 ou 15 ans et ne se prolonge guère au-delà de 55 ans, soit une durée de 40 ans. Pour les professions libérales, la vie utile peut se prolonger beaucoup plus tard, mais elle commence beaucoup plus tard aussi.
En somme, sur une vie de 80 ans, la période productive n’en représente guère plus de la moitié et le nombre
ir
132 PRINCIPES d’économie politique.
d’heures consacrées effectivement au travail, guère plus de la sixième partie.
La situation démographique la plus favorable pour un pays est celle où le nombre de personnes appartenant à la période utile' de la vie est proportionnellement le plus élevé. L’idéal (au point de vue purement économique, bien entendu) serait celui où il n’y aurait point d’enfants ni de vieillards puisque ces deux catégories sont improductives. Evidemment la chose est impossible : pourtant les pays neufs, qui se peuplent surtout par l'immigration, se rapprochent beaucoup de celte situation ; car les immigrants y arrivent déjà à l'âge d’homme ou avec des enfants déjà grands, et parfois ils ne sont pas reçus au-dessus d’un certain âge. C’est certainement un des facteurs de leur prospérité économique.
Les pays où la natalité est très faible, comme en France, se trouvent aussi dans une situation démographique assez avantageuse (compensation d’ailleurs bien insuffisante à un grand danger), puisque la catégorie des enfants étant moins nombreuse, celle des adultes l’est davantage velalivement — et celle des vieillards est plus nombreuse aussi, ce qui diminue l’avantage économique.
La nécessité du temps pour toute opération productive — et d’un temps d’autant plus long que l’entreprise doit être plus productive, constitue, comme nous le verrons, une des principales causes de l’importance des capitaux et de la situation privilégiée faite à ceux qui les possèdent. En effet il faut bien que le travailleur, en attendant les fruits de son travail vive sur des avancea, et ces avances c’est le capitaliste seul qui est en état de les fournir. Naturellement il ne le fera pas gratis.
« l.a vie utile n’est pas dans un rapport nécessaire avec la vie moyenne. Car imaginez deux pays : l’un où tout le monde meurt à 30 ans ; l’autre où la moitié meurt à la naissance et 1 autre moitié ne meurt qu’à 60 ans. La vie moyenne sera la même dans les deux pays et pourtant combien le second sera plus favorisé que le premier au point de vue de la vie utile 1 elle y sera de 40 ans au lieu de 10.