XXIV PREFACE
Le développement de la société ne donne pas l'expression mathématique de ces vérités supérieures; il les recouvre d'une forme qui se modifie sans cesse dans la loi écrite. Celui qui n'y voit qu'une règle absolue considère ces changements comme une erreur ou comme un caprice. Celui-là seul comprend les révolutions des choses qui en connaît la cause et la nécessité.
Solon eut raison quand il donna aux Athéniens , non les lois les plus parfaites, mais les meilleures qu'ils pussent supporter.
Ce n'est pas dans les essais, voisins de l'enfance sociale, qu'il faut chercher la complète réalisation des préceptes du droit naturel, car les principes obéissent à la règle tracée par Aristote :
« La nature de chaque chose est précisément sa fin, et quand chacun des êtres est parvenu à son entier développement, on dit que c'est là sa nature propret»
Les notions du droit naturel s'épurent, à mesure que la société avance en lumières et en liberté ; mais la vérité n'apparaît que successivement, dans les phases qu'elle traverse; elle laisse tour à tour saisir des aspects divers, sans se livrer tout entière, à un seul moment, aux investigations de l'historien et du jurisconsulte.
L'histoire et la philosophie se pénètrent et se complètent l'une l'autre.
* Politiqtie, l, ch. i^ ii> traduction de Barthélémy Saint -Hilaire.