‹ Principes d'économie politique (volume 2)Chapitre 20 sur 92 · XLIV PREFACE · texte numérisé non relu

XLIV PREFACE

lui avoir été suggéré par Montesquieu; il s'appliquait à tracer les progrès successifs de la jurisprudence, depuis les siècles les plus grossiers jusqu'aux siècles les plus polis; il indiquait avec soin comment les arts, qui contribuent à la subsistance et à l'accumulation de la propriété, agissent sur les lois et sur les gouvernements et y amènent des progrès et des changements analogues à ceux qu'ils éprouvent. » (Esquisse d'un des élèves de Smith conservée par D. Stewart.)

« Dans la dernière partie de son cours, il examinait les divers règlements politiques qui ne sont pas fondés sur le principe de la justice (?) mais sur celui de la convenance (?) et dont l'objet est d'accroître les richessesy le pouvoir et la prospérité de l'Etat. Sous ce point de vue, il considérait les institutions politiques, . relatives au commerce, aux finances^ aux établissements ecclésiastiques et militaires. Ce qu'il enseignait sur ces divers objets était la substance de l'ouvrage publié depuis sous le titre de : Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, »

Élève de Hutcheson, Adam Smith appliquait toujours la méthode expérimentale, qui « au lieu de se perdre en spéculations magnifiques et hasardées, s'attache aux faits certains et universels que nous découvrent notre propre conscience, les langues, les littératures, l'histoire et la société \ »

- Avant que de professer la philosophie, Adam Smith avait fait des leçons de belles-lettres et de rhétorique à Edimbourg, en 1748 ; il a écrit des Considérations sur

* Cousin, loc. cit.

PRÊFACK. XLV

rorigine et la formation des langues^ et c'est parce qu'il avait approfondi les sciences morales, qu'il lui a été donné d'inaugurer une science nouvelle et d'être un grand économiste.

M. Cousin a particulièrement insisté sur le goût et le talent d'Adam Smith pour l'histoire.

a Quelque sujet qu'il traite, il reporte ses regards en arrière pour reconnaître la route avant lui parcourue, et il éclaire cette route, ordinairement si obscure, à l'aide du flambeau que la méditation a mis dans sa main. Ainsi, dans l'économie politique, ses principes ne préparent pas seulement l'avenir, ils renouvellent le passé, ils découvrent la raison jusqu'alors inconnue de faits anciens que l'histoire avait recueillis sans les comprendre. Il ne suffit pas de remarquer que Smith a possédé une grande variété de connaissances historiques, il a possédé le véritable esprit de l'histoire. »

Grâce à cette éminente faculté, le philosophe de Glasgow a su conquérir une grande action sur les esprits. En 1810, au moment où la splendeur de l'empereur avait atteint son apogée, Marwilz écrivait: « Il est un monarque aussi puissant que Napoléon, c'est Adam Smith, j^

Avons-nous besoin de rappeler les recherches historiques de Turgot?

Le plus beau titre de gloire de Malthus, le Prin-^ cipe de la population, est autant un livre d'histoire qu'un livre d'économie politique, et l'on ne sait peutêtre pas assez que Malthus fut professeur d'histoire et d'économie politique, au collège de la Compagnie des Indes orientales, à Aylesbury.

JkLVI PhÉFAtlîv

N'insistons pas davantage; les trataux dès autres éfcrivàins que nous avons mentionnes feoht itop cotinus, pour qu'on puisse cotlcevôll- la pensée qu'ils se soient confinés dans l'étude de Tébonomië politique, en s'isolatit de l'histoire iBt des sciences morales.

Là jeune école, qui surgit eil AUëinàgne, et qui aS^ j^irë â faire pour l'économie politique ce que Savigtty, ËicHhortl, Schi-dder, Mommseti, Rilddrff et tant d'atitf es sàVartts illustrés dnt fait {Joui- la jUrisprtldëiicè, né isaiirdit donë être àccUsée de téméHté : elle ne fait (Jtië dépHoyel* le nbble dràpeàii que pbrtdiëiit déjà \eé tliaîtrës les J)lil$ Vétiêtés de Id science.

vm.

En tête de cette école , marche Guillatinie ttoschet , professeur d'économie politique à l'tJhiVersité de teipzig, dblit nous venons de traduire le livre capital : les Pritiioipes d'écotiornie politique , développés d'après la méthode historique \

Guillaume tloscher est à peine âgé de quarante ails, (il est né à Hanovre, le 21 octobre 1817) ; soti existence làbdriéiifee, simple et faiodefete, est bien celle d'un digne représentant delà science! c< Vous me demandez quelques indications sur les circonstances de ma vie, nous

1 Le titre Grnndlagen der national OEkùnomie aurait été p\m littéralement traduit par Bases ou Fondements de Véconomie politique^ et nous aurions conservé ainsi une nuance de la pensée de l'auteur. Nous avons {jréfëré néanmoins éviter ce néologisme scieiitifique en tnaintènant les habitudes acceptées du langage.

PRÉFACE. *LVIl

écrirait-il dernièrement; Dieu merci, je n'ai (fue bien peu à vous en dire ; lés vies iiltéressàntes à raconter sont rarement heureuses I w Et il s'est bothé à nous transmettre quelques dates, qui marquent en quelque sorte les jalons d'une carrière utilement remplie.

Guillaume Roscher a étudié, de 1835 à 1839, la jurisprudence et la philologie, aux universités de Gôttinguë et de Berlin ; les savattts tnaîtres qui ont exëi-cé le plus d'influence sur son développement intellectuel sont les historiens Gervinûs et Ranke, le philologue E.-O. Muller, et le germaniste Albrecht. On voit qu il était à bonne école ; il en a brillamment profité. Reçu docteur en 1838, il fut admis, en 1840, comme Privat-docent à Gottingue , nommé en 1843 professeur extraordinaire à la même université , et appelé en 1844 à remplir une chaire de professeur titulaire à Erlatigen. Depuis 1848, il appartient eii la même qualité à l'université de Leipzig, où il a été pendant six ans membre du bureau de direction des pauvres, et où il siège au Collège d'agriculture. Sa renommée a promptement grandi ; beaucoup d Universités allemandes se sont disputé l'honneur de le compter dans leur sein, mais il n'a pas voulu quitter telle dé Leipîig.

Son premier travail, fort remarqué, a été sa thèse de doctorat : De historicœ doctrinœ apud sophistas ma]o^ reè vestigiis; elle date dfe 1838. Il publia ensuite (1842) son bel ouvrage, devenu classique, intitulé : Vie, travail et siècle de Thucydide \ Depuis lors, des œuvres

* Leben, Werk und Êeitdtter des thukydideà.

XLVni PRÉFACE.

importantes, qui portent toutes le cachet d'une science aussi variée qu'approfondie, et d'une érudition à la fois sagace et élégante, se succèdent sans interruption. En 1843, il traite, de main de maître, la question du luxe *, et il pose les baises de son grand ouvrage, dont la première partie a seule paru jusqu'ici, en traçant largement le Programme d'un cours d'économie publique, d'après la méthode historique *. En 1844, il donne son Étude historique sur le socialisme et le communisme ® ; et en 1845 et 1846, ses idées sur la politique et la statistique des systèmes de culture *. En outre, il est l'auteur d'un excellent livre sur le commerce des grains ^ de remarquables Recherches sur les colonies-^ y d'une esquisse sur la nature des trois formes de l'Etat''; d'un mémoire sur les rapports entre l'économie politique et l'antiquité classique ® ; d'un travail du plus haut intérêt sur l'histoire des

* Archiv, de Rau (Heidelberg).

• Grundriss zu Vorlesungen uber die Staatswirthschaft nach geschichllicher Méthode.

' Berliner Zeilschrifl filr allgem, Geschichle,

* Àrchiv de Rau (Heidelberg). Nous avons fait un travail complet d'après cet écrit de Roscher, sous le titre : De la politique de l'agriculture, et nous Pavons joint à la présente traduction. (V. à VAppen^ dice, II, p. 379).

" Uber Komhandel und Theuerungs politik, l'« édit., 1847; 3« édit., 1852, traduit en français par M. Maurice Block.

• Untersuchungen ueher das Kolonialwesen, Àrchiv, de Rau, 1847, 1848 ;2« édit., 1836.

' Umrisse zur Naturlehre der drei Staatsformen ( Berliner Zeitschrift, 1847-1848).

« Uber das Verhaltniss der national OEkonomie zum klassischen AUerthume (K. Sachs Akademie der Wissenschaft, 1849).

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