‹ Principes d'économie politique (volume 2)Chapitre 25 sur 92 · PREFACE. LXIX · texte numérisé non relu

PREFACE. LXIX

économiques, qui n*ont jamais cessé de les toucher de près, ce qu'ils ont tenté et ce qu'ils ont obtenu.

Nous devons donc feuilleter le livre du passé, en étudier l'aspect économique, comme on en a étudié l'aspect politique, littéraire, etc. ; il faut suivre les diverses périodes de développement des nations vivantes, et approfondir les causes de la destruction des nations mortes. Lorsqu'il s'agit de l'étude comparée des destinées économiques des peuples, les investigations ne peuvent se rattacher qu'à un petit nombre d'individualités nationales; raison de plus pour n'en laisser aucune de côté, et surtout pour scruter, comme le ferait le scalpel de Fanatomiste, le principe de la vie, dans celles qui ne sont plus.

On peut, en se rendant compte de l'immense variété des phénomènes qui relèvent de lapplica" tion, et pour lesquels rien n'est absolu ni permanent, tout est au contraire relatif et successif, acquérir ce tact sûr et ce coup d'œil droit, qui sont la plus précieuse conquête de la science.

Ce serait se tromper fort que de croire que la doctrine simplifie les solutions pratiques ; loin de fournir une sorte de formtdaire, elle fait mettre le doigt sur nombre de difficultés, elle fait surgir ces aspects multiples, ces considérations fécondes et variées, dont l'examen est la mission du véritable homme d'État et du législateur.

De cette manière se révèlent avec le plus d'éclat l'action de la pensée, la puissance de l'idée morale.

L'homme cesse d'être un élément inerte, il se manifeste comme un être sensible; et l'on constate à

JUXX PREFACE.

Tœuvre la sublime pensée de Pascal : « L'humanité est comme un seul homme, qui vit et qui apprend toujours. »

C'est une vaine et téméraire tentative que de vouloir violemment abdiquer le passé; les leçons qu'il nous transmet sont aussi instructives, que le tableau qu'il déroule à nos yeux est attachant. Nous n'avons plus quà voir et à entendre, pour nous guérir des plus généreuses impatiences et pour revenir des plus périlleuses méprises.

Le témoignage inaltérable dtes sièble^ affirme Taffranchlssement continu de Thomme et l'amélioration graduelle de l'humanité par l'énergie individuelle et par la pensée morale *. Le besoin, la douleur Font poussée en avant ; la prévoyance, l'effort, le sacrifice, la vertu l'ont rachetée en partie. Aucun droit n'a été amoindri ni usurpé, et chaque pas danâ la civilisation a été un pas dans la liberté.

Au lieu de rendre celle-ci responsable d'une misère matérielle et morale, qu'elle est appelée à guérit, nous pouvons constater qu'à mesure que la liberté véritable et les garanties légales grandissent, le mal diminue.

Ce n'est pas nous qui voudrions obéir k un optimisme commode et nier les souffrances qui ne pèsent que trop sur le monde. Le but assigné à nos efforts,

• Frédéric Passy, De la CùtUrainle et de la Liberié.

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nous sommés loin de lavoir atteint ^ ; mais que les vœux formés pour un progrès nouveau ne nous rendent point injustes pour les progrès déjà accomplis. Ceux-ci prouvent que nous sommes dans la bonne voie, que nous n'avons pas fait fausse route en donnant un libre essor aux facultés humaines. Les changements à vue ne s'exécutent qu à TOpéra ; sur la scène du monde réel, la marche du progrès est lente et laborieuse : on peut laccélérer par des dispositions habiles; on essayerait vainement de la brusquer *.

Uhomme souffre encore; il ne s agit pas de nier le mal, mais de le mesurer, et Ton reconnaît, sans contradiction possible, que Fempire fatal qu'il exerce se, restreint au lieu de s'étendre.

Ce sont surtout les progrès accomplis dans le3 régions supérieures de l'esprit et du sentiment qui exercent ici leur bienfaisante influence. C'est de notre grandeur morale que dépend notre puissance matérielle : l'élévation ou l'abaissement du caractère, l'énergie ou l'affaissement de la volonté, telle est la source pfeiûière du bien et du niai. « Le mohde est ainsi constitué, que si nous étions moMlemerit boîis nous serions tndtérielleitient heureux, » al dit dveC raison Chaltnel-s.

Les progrès de Findustrie aident, avoùs-noiis dit, att perfectionnement moral ; ils en sont, non pas la source, mais l'instrument, cit la fnisère et l'ignof àhcè, sa coiii-

* y. notfe Cùurs^ âe lêgiêlalwnlhiduàtHellei S« année, i** le^, 22 nov. 1843.

* « Dans la voie de la justice et du progrès sensé, la pèÈspôcttvé est immense et la lenteur extrême. » (Gtiîôt, suf Hr RobeH Pèd.)

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pagne habituelle, sont mauvaises conseillères. L'économie politique montre comment les biens de cette terre se multiplient ; elle indique de quelle manière ils peuvent contribuer à généraliser de plus en plus une honnête aisance, qui donne l'essor aux plus nobles vertus, sans susciter la passion aveugle des richesses ; elle enseigne la modération, au lieu de réveiller les convoitises, et ne contredit point ces sublimes paroles de saint Augustin *.

« La famille des hommes, vivant de l'a foi, n'use des biens de la terre que comme étrangère, non pour se laisser prendre par eux et détourner du but où elle tend, Dieu même, mais afin d y trouver un appui, qui, loin d'aggraver, allège le fardeau de ce corps périssable, dont notre âme est appesantie. »

Vu de bas, tout diverge ; vu de haut, tout se lie : c'est le grand mérite de la méthode historique d'élever le point auquel se place l'observateur, de lui donner pour appui la tradition et le bon sens, ce maître de la vie ', d'empêcher le divorce entre des connaissances du même ordre, qui forment comme une seule famille intellectuelle, et qu'il s'agit aussi peu de confondre, qu'il serait dangereux de les isoler.

Aristote, ce génie universel, avait découvert l'éco-

• au de Dieu, XlX,ch. xvn.

• Bossuet, Discours sur l'histoire universelle.

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nomie politique S et cest la méthode historique qui la lui avait révélée^. Hâtons-nous d'ajouter que le grand philosophe n'avait entrevu qu'une des faces de la science, Idichrématis tique, et que ses idées portent singulièrement l'empreinte du temps où il a vécu ; toujours est-il qu'Aristote distingue cette science de toutes les autres, et de l'économie domestique qui lui est si voisine. Sans doute, il n'a pas fondé l'étude moderne de l'économie politique, mais il l'a pressentie, avec sa puissante intelligence de philosophe.

C'est au dix-huitième siècle que devaitappar tenir l'honneur de produire à la fois Adam Smith, Quesnay et Turgot ; c'est dans le Cours de philosophie de Glasgow que cette étude nouvelle devait définitivement marquer sa place.

L'illustre fondateur de la science de l'économie politique n'a point entendu briser l'antique alliance qui la rattachait aux sciences morales : histoire, philosophie, jurisprudence, belles-lettres, il avait tout exploré, tout approfondi.' Que ceux qui ont lambition de marcher, même de loin, sur les traces d'Adam Smith n'oublient pas quel a été le berceau de la noble étude à laquelle ils consacrent leur intelligence.

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