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portait atteinte à Ténergie morale en énervant la responsabilité, et s'il étendait tellement le cercle des résultats obtenus que personne n'en pourrait presque plus ressentir le contre-coup.
Le mal que fait Yégoîsme, cette triste déviation de l'intérêt personnel, se reproduit sous une forme tout aussi redoutable, quand l'intérêt général se transforme en communisme.
Le concours de l'intérêt personnel et de l'intérêt général est toujours nécessaire, pour le profit individuel et pour l'avantage social. Il y a autant de danger à annihiler l'individu qu'à l'exalter, l'histoire nous en fournit de mémorables, exemples; elle ne permet point de s'égarer dans les sentiers étroits d'une personnalité mesquine et jalouse, ni de se perdre dans les vagues contours d'une communauté chimérique et fatale : celle-ci tuerait ce qui fait la force de l'homme et sa dignité, elle effacerait les traits les plus saillants de sa noble nature, en détruisant ce qui entretient l'énergie de l'activité et ce qui alimente la force morale.
Mais, dit-on, l'économie politique n'est que la science de tégoîsme; Adam Smith est le prophète de l'individualisme ; enrichissez-vous, joer fasei nefas, tel est le dernier mot de sa doctrine.
Un pareil jugement dénote beaucoup de légèreté ou peu de lumières.
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Comment I Thomme éminent qui a conçu d'une ma^ nière si large Tétude des intérêts de Thumanité, le philosophe qui a reconnu Hutcheson pour maître, en donnant à ses idées un caractère plus expansif encore, serait Tapôtre de Tégoisme, et la science qu'il a fondée en formulerait l'évangile? Non, il y a ici erreur de fait, et erreur d'appréciation.
Hutcheson avait assis la philosophie morale sur le sentiment qui, suivant lui, engendre toutes les vertus, sur la bienveillance. Celle-ci est désintéressée, elle s'occupe du bonheur d'autrui, du bien public, de l'intérêt général.
Adam Smith a voulu aller au delà, et s'appuyer sur un sentiment plus énergique encore, sur la sympathie. La première phrase de sa théorie des sentiments movaux, qui résume cette théorie tout entière, la voici :
« Quelque degré A amour de soi qu'on puisse sup* poser à l'homme, il y a évidemment dans sa nature un principe d intérêt pour tout ce qui arrive aux autres qui lui rend leur bonheur nécessaire, lors même qu il n'en retire que le plaisir d'en être le témoin \ »
Et ce n'est pas là une vaine déclaration de sa part, cest la pensée la plus intime de son livre; aussi, atlaque-t-il avpc énergie ces philosophes, qui :
€ Regardant Y amx)ur -propre et ses raffinements comme la cause universelle de tous nos sentiments, cherchent à expliquer la sympathie par l'amourpropre. »
La Rochefoucauld, Mandeville, Helvétius, n'ont pas rencontré d'adversaire plus décidé, plus énergique.
1 !'• part., 1" sect,/ chap. r'.
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Nulle part les vertus aimables et douces, telles que la naïve condescendance et l'indulgente humanité, et les vertus respectables et sévères, comme le désintéressement, la modération, l'empire sur nous-même, qui soumet tous nos mouvements à ce qu'exige la dignité de notre nature, n'ont été mieux comprises, ni mieux interprétées.
« A. Smith est le philosophe de lu sympathie \ Sa théorie triomphe du lâche et honteux égoïsme qui concentre la vie morale de l'individu en lui-même, et le sépare de la société du genre humain, et de ce stoïcisme outré qui refuse à la raison le secours du sentiment ^. »
Suivant lui, la loi de la morale privée est la sympathie; la loi de la jurisprudence naturelle, la justice; la loi de la formation de la richesse, le travail libre. Mais s il a énergiquement défendu ce principe, il ne s'est point rendu coupable d'une véritable palinodie, en adorant l'idole qu'il venait de renverser; il aurait commis la plus étrange contradiction, s'il avait fait du vice qu'il venait de flétrir le pivot même d'une autre partie de son enseignement!
Nous regrettons^ que ce travail, qui a singulièrement dépassé les Kmites primitives que nous voulions lui assigner, ait pris une étendue qui ne nous permet point de reproduire la belle démonstration de Knies, Il a éloquemment et savamment vengé Adam Smith de cette singulière imputation, et il a, par là même, re-
^ Cousin, loc.cil., p. 276.
«i6id., p. 274.
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placé réconomie politique sur sa base véritable, to moraie, en écartant d'une manière décisive tout prétexte d'erreur et tout moyen de subterfuge. Cette partie est une de celles qui recommandent le plus son beau livre : r Economie politique du point de vue de la méthode historique \ Nous y reviendrons.
xm.
Que na-t-on pas reproché aux économistes! et avant tout cette sécheresse de c<Bur » cette sorte de cruauté, qui a fait résumer la sentence dont on les frappe dans ces paroles ; « L'économie politique n'a pas d'entrailles! i)
Certes,lereprésentantleplusattaqué de cette science, celui dont on a voulu faire un type d'impassible insensibilité, et sur lequel on a accumulé les plus sanglants outrages, c'est Malthus. Écoutons-le cependant ' :
« Si un pays n'avait d'autre moyen pour devenir riche que de demander le succès dans la lutte à la réduction des salaires, je dirais sans hésiter : périssent de telles richesses... Il est fort à désirer que les classes ouvrières soient bien payées, par une raison bien plus importante que toutes les considérations relatives à la richesse, je veux dire, pour le bonheur de la grande masse de la société...
(c Je ne connais rien de plus détestable que l'idée de condamner sciemment les classes laborieuses à se.
t Principes d^écon. poliL^ p. .âôl, é4H. GuiHàumiû.
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couvrir de haillons et à se loger dans de misérables huttes, afin de vendre à l'étranger un peu plus de nos étofTes et de nos calicots. »
Certes, aucun des défenseurs les plus déterminés des classes laborieuses n a rien dit de pW fort ni de mieux senti.
C'est que rien n'était plus étranger à l'esprit de Malthusque la roideur systématique des théories mathématiques de la richesse; c'est que, ministre de l'Évangile, il en avait médité les sublimes préceptes; toute sa doctrine ne repose que sur Vidée morale.
a II avait la conviction profonde qu'il existe en économie politique des principes qui ne sont vrais qu'autant qu'ils sont renfermés dans certaines limitas ; il voyait les principales difficultés de la science dans la combinaison fréquente de causes compliquées, dans l'action et la réaction des effets et des causes les unes sur les autres, et dans la nécessité de mettre des bornes ou de faire des exceptions à un grand nombre de propositions importantes S •>
Nous voici donc sans cesse ramenés sur le terrain ondoyant de la science vivante, au lieu d'avoir à suivre la route rectiligne tracée par la lettre morte ; nous sommes toujours, quoi que l'on prétende, refoulés vers les réalités, dont l'histoire seule possède le secret. L'idée de la richesse ne saurait tout absorber quand il s'agit de juger et d'éclairer les hommes. Il faut, pour y arriver, connaître les diverses phases du ménage social, savoir ce que les peuples ont pensé des intérêts
» Ch. Comte, Notice sur MaUhuê, XXVU,