A L'ÉTUDE DE L'ÉCONOMIE POLITIQUE
« Nanqnam benë percipiemas asa ne- « cessarium nisi et noverimiis jas illud usa a non necessarium. Nexum est et colliga- « tum alterum alteri. NuUi sunt servi nobis, « cur qasstiones de servis vexamu8?Diffna < imperito vox. > (Guj.^ YII, In tUul. Ing, De justiiid et jure.)
< Homo sam, bumani nihil a me alienum
« putO.» (TiéRERCB.)
« Ista prnpotens, ac aloriosa
(GicEROv, De or,y 1, 43.)
Qu'on ne s'étonne point si au début de notre travail, destiné à signaler les résultats de l'ajiplication d'une méthode nouvelle à l'étude de l'économie politique, nous invoquons l'autorité d'un jurisconsulte, d'un poëte moraliste et d'un philosophe, et surtout qu'on ne nous accuse pas de faire un vain étalage de citations. Dans ces paroles, en effet, se rencontre l'expression la plus haute de la pensée qui a dicté ces lignes; les recherches désintéressées de l'histoire, le sentiment profond des besoins divers, moraux et matériels de l'homme, et les lumières de la philoso- 1 phie, doivent dominer les enseignements de la science dont le but est de nous apprendre comment
X PnÉFACR.
les biens appelés à satisfaire nos besoins se forment, se répartissent, circulent et se coilsomment.
Le dix-neuvième siècle n'offre pas seulement l'admirable spectacle du développement rapide et fécond de la puissance mécanique xt des forces naturelles. Ce n'est là qu*iin des aspects, nous pourrions même dire un des résultats du progrès général de l'esprit humain. La rénovation des études intellectuelles et morales a servi de point de départ à l'application des conquêtes de la pensée : la science a précédé l'art.
Au premier rang viennent se placer la philosophie^ qui nous initie à la connaissance de la nature humaine, base du droit, et qui nous en traduit les aspirations légitimes; et Y histoire, cette prophétesse de la vérité, comme lappelle un ancien, qui retrace le tableau fidèle des temps écoulés, en ne se bornant point à recomposer le sque^^tt^ des faits, mais en suivant la progression vivante des événements et le développement organique des institutions.
Telle atté du moins l'œuvre des nobles esprits qui se sont consacrés à ressusciter là figuré sincère des temps passés, tel à été le service qu'ils ont rendu, en accomplissant aVec succès la réforme des études historiques, qu'ils Ont tentée avec un rare dévouement et avec une niérveilleiise sagacité.
Cette rénovation de l'histoire a exercé la plus fécôtide influence sur la philosophie, sur le droit, et nous pensons qu'elle ne sera pas moins utile à l'économie politique.
Elle nous a mis eh garde contre la facile séduction des idées conçues d priori.
PRÊPÀCE. XI
En nous montrant le résultat de la vie et de Texpérience des siècles, etl nous apprenant par quels degré* l'esprit humain s'est élevé, et qilfelle éducation il A reçue du passé, elle a periliis de remonter des phénomènes aux principes qui jes gouvernent, et des faits à la loi ; elle a substitué Fœuvre lente et progressive du génie des peuples aux cohceptions arbitraires, et aux constructions purement idéales.
Ce n'est pas qu elle abdique les hautes leçotis de la philosophie, ni qu'elle dénie les rapport* étemels qui résultent de la natuire des choses.
Loin de là, elle fournit utte base solide aux investigations de la pensée, et comme une réponse, pour toutes les sciences morales, à cette spirituelle boutade de Rœderer : « La politique est un champ qui n'a été parcouru qu'en aérostat, il est temps de mettre pied à terre. »
Elle ne se borne pas non plus à décrire, elle juge ; si elle restaure le respect du passé, en détruisant nombre d'appréciatiohs inexactes et passionnées, elle M'en fait point Une îdole ; elle l'interroge et le regarde en face, au lieu de l'adorer en baissant les yeux. C'est ainsi qu'en mettant au gratid jour les lietis nombreux qui nous y rattachent, elle évite à la fois les impatiences téméraires et les langueurs de la routitie.
L'impartialité qu'elle nous enseigne n'est pas de Vindiflférence; la justice qu'elle rend aux siècles écoulés ne risque poitit de dégénérer en un vain scepticisme ou en un optimisme commode.
L'étude de l'histoire, ainsi comprise, a encore un autre mérite : elle nous habitue à ces recherches pa-
XÏI PRÉFACE.
tientes, désintéressées, à ces labeurs de longue haleine, dont le résultat positif nous échappe d'abord, pour éclater d'autant plus brillant à nos yeux, quand une investigation sévère est parvenue à le découvrir. Elle nous dégage de la mortelle étreinte de Vuliliié immédiate.
Rien de plus funeste à l'étude que cette impatience fébrile du résultat, qui ne domine que trop de nos jours, qui fait courir sans cesse au plus pressé et qui engendre les conclusions précipitées.
« Les recherches que l'on n'entreprend que par l'amour désintéressé de la science, dit le savant Hugo, un des maîtres de l'école historique du droit en Allemagne S celles dont on ne peut, de prime abord, se promettre avec certitude d'autre avantage que celui de la vérité et de la culture de l'esprit, sont précisément celles dont on est le plus richement récompensé. Ne serait-on pas arriéré dans toutes les sciences, si Ton ne s'était attaché qu'aux propositions dont l'utilité pour la pratique était déjà connue ? Ne tirons-nous pas aujourd'hui de telle découverte, un parti auquel son auteur n'avait jamais songé? »
Sans doute cette tendance, si elle n'est pas ellemême contenue par d'autres exigences, n'est pas exempte de danger. On peut se laisser entraîner, par l'attrait propre à ces nobles études, à se retirer dans l'antiquité et tomber dans le mysticisme historique, qui finit par affirmer que tout ce qui a été est vrai, d'une manière absolue, et qui, ne se bornant point à
* Introduction au CwilUiUckes Magazin.