PRÉFACE. XIII
expliquer des phénomènes transitoires, les élève à la hauteur d'un principe. On doit éviter Técueil signalé par Mallebranche :
« Les savants étudient plutôt pour acquérir une grandeur chimérique dans l'imagination des autres hommes, que pour donner à leur esprit plus de force et plus d'étendue. Ils font de leur tête une espèce de garde-meuble, dans lequel ils entassent sans discernement et sans ordre tout ce qui porte un certain caractère d'érudition ; je veux dire tout ce qui peut paraître rare, extraordinaire et exciter l'admiration des autres hommes. Ils font gloire de rassembler dans ce cabinet d'antiquités, des antiques qui n'ont rien de riche et de solide, et dont le prix ne dépend que de la fantaisie, de la passion et du hasard. »
Un fastueux appareil d'érudition peut obscurcir la vérité, écrasée qu'elle est sous ce lourd attirail, au lieu de la mettre en relief; il peut aussi, en concentrant l'esprit sur la contemplation des vestiges matériels du passé, éloigner du mouvement intellectuel des temps présents, et faire vivre des savants, très-méritants d'ailleurs, comme des étrangers au milieu de leurs contemporains.
Sans le sentiment pratique et sans l'élévation de vues, on peut être un érudit, on n'est pas un historien. Les arbres empêchent alors de voir la forêt ^ dit un proverbe allemand.
Il faut suivre une autre voie, pour faire porter à cette noble étude son fruit le plus utile, qui est de nous préserver des formules ambitieuses et des chimères destructives.