‹ Principes d'économie politique (volume 2)Chapitre 89 sur 92 · HI8TOIRB DU PRIX DES MÉTAUX PRÉCIEUX · texte numérisé non relu

HI8TOIRB DU PRIX DES MÉTAUX PRÉCIEUX

Il est impossible d'écrire une histoire complète du prix des . métaux précieux dans Vantiquité et au moyen âge-, les sources manquent généralement pour ces deux époques. Mais il semblé possible d'en donner au moins quelques fragments et de retracer les contours de quelques faits particuliers, qui se sont succédés (1).

C'est ainsi que, durant les premiers âges de Thistoire des peuples, Tusage, généralement adopté, d'accumuler des trésors dans les caisses publiques, dans les temples, etc., empêchait les produits des mines d'or et d'argent de se répandre sur le marché (2). Les brusques changements de prix, auxquels l'an*tiquité n'a pas échappé, avaient aussi fréquemment pour cause rirruption subite de ces réservoirs, soustraits à une garde jalouse, que la découverte de sources plus abondantes d'approvisionnement. On ne saurait, par exemple, révoquer en doute une influence de cette nature sur l'élévation du prix des marchandises en Grèce pendant le siècle qui suivit la guerre du Péloponèse (3), lorsqu'on y vbit successivement dissiper les trésors de Périclès, affluer les subsides fournis par le roi de Perse, dépouiller un grand nombre de temples, par suite de l'altération de l'esprit religieux, enfin, distribuer les trésors conquis sur Darius par Alexandre le Grand (4). Plus tard, à Rome, le prix

des terres s'éleva du double, lorsqu'afiBuèrent sur le marché monétaire les riches dépouilles de l'Egypte opprimée (5). Du reste, il est beaucoup d'autres exemples de révolutions analogues, subies par les prix. Mais rien ne prouve mieux le peu d'imporance du commerce à ces époques reculées que le fait même de ces révolutions économiques, demeurées circonscrites dant^ les limites étroites de quelques localités. La Phénicie, la Palestine, etc., doivent, au temps de Salomon, avoir éprouvé une sorte d'inondation de métaux précieux, tandis qu'à la môme époque, et même plusieurs siècles plus tard, la Grèce, par exemple, en était dépourvue (6). — Nous n'hésitons pas à penser que, jusqu'à la période la plus florissante de l'empire, le prix des métaux précieux a éprouvé une dépréciation constante (7). Au moyen âge, il parait s'être notablement relevé, ce qu'il faut attribuer aux pertes subies lors de la grande migration des peuples, à l'interruption à peu près complète de l'exploitation des mines et au ralentissement de la circulation monétaire, bien plus encore qu'à la diminution du commerce (8, 9).

(J) V., outre le premier livre à^Boeckh (Staatshaushâlt der Âthener, 1817), Arbuthnot (Tables ofancieçt coins, weights and measures, 2* éd., 1754); Reitemeyer (Ueber den Bergbau der Allen, 1785); et MichaiflU (De preiiis rerum apud veteres Uebrœos, dans les Gomment. Societ. GoUingensis, vol. III). Les principaux passages des auteurs anciens se trouvent dans Diodor. (V); Strabo(nUY);Plin. (H. N., XXXIII).

(2) Ainsi, entre autres, les revenus en argent du roi de Perse, qui montaient annuellement à la somme de 14,560 talents, furent convertis en lingots et déposés au trésor (ïïerodot,^ III, 95, seq.). Un petit prince vassal, Pythius, possédait un trésor de 2,000 talents d'argent et de 4 millions de pièces d'or (Ibid., VII, 26, seq.).

(3) Un bœuf valait 5 drachmes au temps de Solon, 51 drachmes en 410 avant Jésus-Christ, 77 drachmes i/4 en 374 avant Jésus-Christ. Sous Solon, un médimne de froment valait i drachme ; en 390, 3 drachmes; sous Alexandre le Grand 5 drachmes en moyenne (Boeckh, I, p. 82, 102, seq.). Sous Philippe, roi de Macédoine, la rançon ordinaire d'un prisonnier de guerre variait de 300 à 500 drachmes (Demosth,, De fais* légat., p. 394). Sous Démétrius Poliorcète elle était de 1,000 drachmes pour un homme libre, et de 500 pour un esclave (Diod.^ XX, 84).

(Â) Ce bulin s'était élevé pour Suse seule à 40,000 ou 50,000 Ulents, pour Persépolis à 120,000, pour Pnsargade à 6,000 {Curtius, V, 2, 6; Slrabo, XV, p. 731; Justin,, XI, M; Arrian., III, i6}; Diod., XVII, 66, 7i; P/ttfarcA., Alex., 36).

(5) Oros. (VI, 19); Dio, (1., LI, 21); Suet. (Aug., -44). L'argent perdit de sa valeur sous Constantin le Grand, lorsque les objets précieux renfermés dans les temples païens furent convertis en monnaie (Monitio ad Theod. Aug.de inhibendâ largitate. Thés. Àntt. Rom., XI, p. 1415; Taylor, Ad. Marm. Sandvic, p. 38).

(6) V. I Rois. (10, 14, 27, seq.); I Paralip. (22, 2, seq.); Paralip.(9, 15, seq.; 12, 10, seq.).Sur Ophir, K. Hitler (Erdkunde, XIV, p. 407, seq); sur les merveilles do la découverte de l'Espagne: Heroilot, (IV, 152); Àristot. (De mirab., 146); Diodor. (V,35, seq.). Par Contre en Grèce (Athen,, VI, 19, seq.).

(7) Le prix moyen du blé était aussi élevé à Rome au temps de Pline qu'en Angleterre pendant la dernière génération (/aco6, ch. vi).

(8) La victoire des Avares paraît avoir produit une baisse notable sur le prix des métaux précieux {Guérard, Polyptique, I, p. 141). La valeur de l'argent augmente en Scandinavie pendant les dernières années du moyen âge (Wilda, Gesch.desdeutschen Strafrechts, I, p. 323, seq.).

(9) En Angleterre, de 1272 à 1509 on ne frappa annuellement en moyenne que 6,886 livres sterling et d^mi; de 1603 à 1830, au contraire, 819,415 livres sterling ; et sous Georges IV 4,262,652 livres par an (Jakob, ch. xu). Au reste, rien n'est moins certain que tout ce qu'on raconte des prix divers au moyen âge, puisque, d'un côté, Jacob conclut (ch. xii) du prix des céréales que l'argent est demeuré à peu prés stationnaire de 11 20 à 1550, tandis ({ueAd, Smith (I, ch. ii, 3) en tire au contraire comme conclusion une hausse dans le prix de l'argent de 1350 à 1570.

La découverte de rÂmérique a exercé une grsq^e influence sur le marché de métaux précieux, moins encore par la richesse des minerais qu'à cause de leur inépuisable quantité (1). Au reste, la valeur des premiers trésors tombés au pouvoir des Conquistadores a été singulièrement exagérée dans leurs récils (2). Les mines de celte contrée n'ont guère commencé à donner des produits abondants que depuis la découverte du Pûlose (1545), suivie, peu après, des premiers travaux d'exploitation des mines mexicaines de Guanaxuato (1558). Par

une coïncidence remarquable, due à un heureux hasard^ la même époque vit naître Tiuvention de Médina qui consiste, pour séparer Targent des corps étrangers, à le traiter à froid parla méthode de Tamjalgamation, au lieu de le faire fondre, comme cela s'était pratiqué jusqu'alors (1557) : découverte d'autant plus importante, pour l'Amérique en particulier, qu'il s'y rencontre un assez grand nombre de filons métalliques fort riches, dans le voisinage desquels on ne trouve absolument aucun combustible (3). Pendant les cent premières années, les mines du Pérou furent réputées les plus fécondes, mais celles du Mexique l'emportèrent bientôt après, et définitivement, sur elles (4). Suivant Humboldt (5), l'exportation annuelle de l'or et de l'argent, envoyés d'Amérique en Europe, s'éleva de 1492 à 1500 à la somme de 250,000 piastres; de 1500 à 1545 h celle de 5 millions (6), de 1545 à 1600 à 11 millions, et à 16 millions pendant le dix-septième siècle, à 22 millions et demi pendant la première moitié du dix-huitième, à 35,500,000 piastres pendant la seconde moitié. A partnr des premières années du dix-huitième siècle» la production de l'or commence à prendre au Brésil des proportions considérables (7), tandis que vers le milieu de ce siècle on mit en œuvre les plus riches mines d'argent du Mexique, la Valencienne^ la Bis-cayenne, etc. Au commencement dû dix-neuvième siècle, cette contrée livrait chaque année au commerce jsuropéen 537,512 kilog. d'argeut et 1,609 kilog. d'or; le Pérou, 140,478 kilog. d'argent et 782 kilog. d'or; Buenos-Ayres, 110,764 kilog. d'argent et 506 kilog. d'or; le Chili, 6,827 kilog. d'argent et 2,807 kilog. d'or; la Nouvelle-Grenade, 4,714 kilog. d'or ; le Brésil, 3,700 kilog.; l'Amérique tout entière, 14,018kilog. d'or et 795,581 kilog. d'argent, pour une valeur d'environ 60 millions 3/4 de ihalers (environ 220 millions de francs) (8). Pendant la durée des troubles qui amenèrent la séparation de l'Amérique espagnole d'avec la mère patrie (1818-1825), la production des

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mines diminua aussi rapidement qu'elle s'était accrue durant la génération précédente, en conséquence du système plus libéral inauguré par la politique espagnole vis-à-vis des colonies (de* puis 1778) (9). Et quoiqu'on ait pu remarquer un certain mouvement ascensionnel qui, néanmoins, avant la découverte des placers californiens, était loin d'avoir atteint l'importance de l'année 1808, la production annuelle ne montait pas à plus de 701,570 kilog. d'argent et 15,215 kilog.d'or, offrant une valeur totale de plus de 56 millions de thalers (environ 210 millions de francs) (10).

La production des métaux précieux avait également pris un essor rapide en Europe, surtout en Allemagne (11), pendant le quinzième et le seizième siècle, tandis qu'une loi de 1555 avait arrêté l'exploitation des mines espagnoles. Au dix-septième siècle, un nouveau mouvement de décroissance se fit sentir; mais, avec la fin du dix-huitième, commence une période d'activité, qui dure encore de nos jours. C'est de cette époque que date la production de Tor, sur une large échelle, dans les mines de rOural (à p^tir de 1819) et de l'Altaï (1829) (12), la reprise des travaux dans les anciennes mines d'argent des possessions espagnoles (1835) (15) et la découverte du procédé à l'aide duquel Patlinson obtint l'affinage des plus maigres minerais de plomb argentifère (14). Peu avant 1848, ou avaitcalculé que les mines réunies de l'ancien monde donnaient chaque année un produit de 274,000 kilog. d'argent et 56,000 kilog. d'or, d'une valeur totale de plus de 69 millions de thalers (environ 260 million? de francs) (15, 16).

(1) Le minerai d'argent du Pérou et du Mexique ne donne eo moyenne que de 2 à 3 pour 1000 de mêlai fin; le Potose aujourd'hui donne à peine 1 pour iOOO; et au Mexique la moyenne est d'environ trois ou quatre onces par quintal {Humboidt); en sorte qu'il s'en trouve en Europe de plus riches. Mais tandis que les filons de la mine saxonne de Himmelfûrst n'ont guère que de 0'«,2â0'",3, la Veta-Madre deGuanaxuato a rarement moins de 8 métrés, quelquefois même 30 mètres d'é-

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paisseur ; la Yeta-Grande de Zacaiecas a de 5 à iO mètres ; il $e trouve d Pasco d'énormes veines de minerai d'argent qui ont jusqu'à 114 ou même 123 métrés (Tschudi, Reise in Peru» ck. xu ; Michel Chevalier (Cours, III, p. 184, seq., 241, seq.). Humboldt (Essai sur la Nouvelle- Espagne, III, p. 413)^ dit qu'il faut, à Himmelsfûrst, onze fois autant de mineurs pour extraire la même quantité d'argent qu'a la Valenciana.

(2) C'est ainsi que la célèbre rançon de Atahualpa (même d'après Garcilaso de la Vega) ne s'éleva guère qu'à 5 millions de thalers (moins de 20 millions de francs)^ tandis que le roi Jean, par exemple, dut, après la bataille de Poitiers (1356), payer pour se racheter trois millions d'éous d'or^ équivalant à 3,750,000 livres, qui égalaient en poids d'argent 41,250,000 livres du dix-neuvième , et en pouvoir 247,500,000 de nos francs actuels. (Le6cr, Fortune privée au moyen âge, 2« éd. p. 131, seq.).

(3) V. Michel Chevalier (III, p. 190, seq.).

(4) Les mines du Potose, de 1545 à 1638, ont rendu 395,619,000 pesos (Ulloa, Viage, II, 1,13). On évalue en général leur produit jusqu'à ce jour à la somme de 6,000 à 7,000 millions de francs.

(5) V. dans Humboldt (N.-Espagne, IV, p. 237) les suppositions mal fondées des écrivains antérieurs.

(6) En 1525, l'importation annuelle des métaux précieux ne dépassait guère, pour l'Espagne, 2 millions de francs; c'est en 1550 environ qu'elle est devenue quatre ou même six fois plusconsidérable (L. Ranke, Fûrsten undVoelker, I, p. 347, seq.). V. HumboMt (Ueberdie Schwankungen der Goldproduction in der Deutschen Vierteljahrsschrift, 183S, IV, p. 18).

(7) V. Schaefer (Gesch. von Portugal, V, p. 192, seq.), sur l'exportation brésilienne de l'or au dix-huitième siècle.

(8) D'après Humboldt (N. E., IV, p. 218), le produit, au commencement de ce siècle, aurait été de 17,000 kilog. d'or et de 800,000 kilog. d'argent.

(9) Ainsi, par exemple, le Mexique, pendant cette période, ne donna, en moyenne, que 65 millions de francs par an, au lieu de 120 à 130 millions qu'il livrait précédemment. En 1826, on ne comptait plus au carro de Potosi que 12 bocards en activité au lieu des 132 qui fonctionnaient auparavant. Y.Adams (The aclual state of the Mexican mines, 1822). Jakob pense que la quantité du numéraire réuni de l'Europe et de TAmérique formait une somme moins considérable d'un sixième en 1830 qu'en 1809 (ch. xxviii).

(10) Dont 1,800 kilogrammes d'or tirés des Etats-Unis.

(11) Fischer (Geschichte des deulschen Handels, 2» éd.. Il, p. 516, seq., 673, seq.). Mais les mines de Schwaz en Tyrol, de 1523 à 1564, ont produit annuellement 55,000 marcs; la dîme perçue de 1542 à

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i616 sur celles de Freyberg rapporta chaque année 16,000 marcs (Y. Langenn, RurfurstMoritz, n,p. 56).

(12) Le lavage de Tor en Russie, tout à fait insignifiant avant 1814^ a fait depuis i840 de grands progrés. On a obtenu, de 1840 a 1854 : 9,046, —10,789, — 14,926, — 20,339, —20,91 0,-21 ,367,— 26,678,— 28,521 , —28,252,-25,075,-23,319,-23,782,-21 ,673,-22,034,-24,596 kilogrammes; de 1751 à 1851, 21,269 pouds. L'année 1847 paraît, au reste, avoir été de beaucoup la plus productive. Dans ces derniers temps, on n*a point fait de découvertes importantes, et le goût des recherchés diminue. Le bénéfice était â peu prés station naire dans les mines de rOural depuis vingt-cinq ans ; dans la Sibérie orientale, le produit net, en 1847, 1849 et 1850 s'élevait à 1,371, — 1,186 et 1,008 pouds (le poti(fa 161^,50) (Ermariy Archiv. zur Runde Russlands, XI, t. IV).

En valeur, la production de Tor en Russie représentait au total :

1850 84,780,000 fr.

V. Russia and the Ural, by Murchison ; Verneuil, and V. Keyserling, 1845; E. Hoffmann (Reise nach den Goldwaeschen Ostsibiriens, 1847); Otreschkoff (De l'or et de Targent, 1856).

(13) L'Espagne produisit en 1845 plus de 184,000, et en 1850 plus de 291,000 marcs d'argent {Willkomm^ Halbinsel der Pyrenœen, 1855, p. 537).

(14) Annales des mines (1836, X, p. 831, seq.).

(15) Le résultat fut, pour l'Europe, sans la Russie, 150,000 kil. d'argent, 2,650 kil. d*or; pour la Russie, 24,000 kil. d'argent et 30,000 kil. d'or (y compris les masses, d'or soustraites au contrôle des receveurs d'impôts) ; pour le reste de l'Asie, 100,000 kil. d'argent, 20,000 kil. d'or; pour l'Afrique, 4,000 kil. d'or (Michel Chevalier),

(16) D'après l'assertion de Humboldt^ avant Christophe Colomb, la circulation de l'argent en Europe aurait été de 170 millions de piastres; en 1600 elle aurait dépassé 600 millions; 1,400 niillions en 1700,et environ l,824millionsen 1809. L*Amériqueaproduiten général jusqu'enl803 9,915,000 marcs (espagnols) d'or et 512,700,000 marcs d'argent (N. E., IV, p. 245). Galattin compte 1,600 millions de francs avant Colomb, et pour Tannée 1830, en Europe et en Amérique, de 22,000 à 27,000 millions (Considérations on the currency and banking syslem of the Un. States, 1831). Michel Chevalier dit que tout l'argent sorti d'Amérique nedoa<

Démit que 11,657 métrés cubes, et tout For 151 métrés cubes seulement ; celui-ci ne remplirait donc pas la moitié d'un salon de Paris.

La simple découverte démines nouvelles d'une plus grande richesse ne saurait suffire pour faire baisser d'une manière sensible le prix de l'or et d&> l'argent. Gela dépend surtout des frais de production, qui peuvent quelquefois s'élever très-haut, malgré les circonstances naturelles les plus favorables, par le peu d'habileté des ouvriers, la cherté des vivres, des machines et des matières auxiliaires, Tabsence de sécurité pour les personnes et les biens, tes guerres, les redevances excessives, etc. (1). L'existence d'une mine nouvelle ne détermine une baisse, de prix qu'autant qu'elle assure, toute déduction faite, un résultat plus grand, pour la même quantité de travail et de capital (2).

On peut admettre que le prix du numéraire, en tant que métal, a baissé depuis la découverte de l'Amérique jusqu'à nos jours, dans la proportion de 3 ou 4 à 1 (3). Cette baisse n'a pas eu lieu d'une façon permanente. Nous rencontrons dès le commencement des temps modernes une véritable révolution dans les prix. Ainsi, par exemple, ou voit à Paris le prix du froment monter de 160 pour 100 dans l'intervalle écoulé entre les années 1490 et 1535, et de 219 pour 100 depuis 1535 jusqu'en 1546; la moyenne de 1577 à 1588 est cinq fois plus élevée que celle de 1492 à 1501. Dans la basse Saxe, le seigle valait, de 1525 à 1550, exactement le double de ce qu'il avait valu de 1475 à 1500 (4, 5). Au reste, l'accroissement delà production des mines peut bien n'avoir pas été l'unique cause de cette grande perturbation dans les prix : celle-ci commence, en effet, à se manifester, dans la plupart des pays, à une époque où les importations américaines étaient encore trop peu considérables pour déterminer un pareil résultat. Une des causes

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principales qui Toiit provoquée, vient de ce que, précisément pendant le cours de cette période, beaucoup de peuples virent succéder à un état de choses où le mouvement de l'argent était entravé par la manie de thésauriser, une époque où la circulation, de lente et restreinte qu'elle était, devint plus rapide, et fut encore favorisée dans son développement par la création de divers moyens' adoptés pour remplacer les espèces, etc. (§ 123) (6). L'Italie, qui, la première en Europe, atteignit l'âge mûr de la civilisation, avait vu déjà depuis longtemps cette transformation s'opérer d'une manière complète; aussi, le prix de l'or et de l'argent y avait-il depuis longtemps sensiblement baissé (7). L'Angleterre, au contraire, ne fut guère entraînée par le torrent de la révolution monétaire que vers le milieu du seizième siècle, et tandis que le calme se rétablissait eu Allé* magne et en France au commencement du dix-septième, le trouble apporté dans les transactions rie co];nmenca a s'apaiser de l'autre côté du détroit qu'à partir de l'année 1630 et durant les dix années qui la suivirent (8).

A partir d'environ 1740 jusqu'à nos jours , le prix des moyens de circulation parait en général être demeuré siaiionnaire (9). Tandis que Tooke attribue la baisse de prix du numéraire, lente mais persistante, qui signale encore une grande partie du dix-huitième siècle, à Télévation-du salaire, il parait plus vrai de rattacher ce dernier phénomène à l'élévation simultanée des classes laborieuses; et pendant qa'Ad. Smith constate le renchérissement de l'argent, à partir du dix-huitième siècle (10), il serait plus exact de considérer, comme cause déterminante de cet état apparent des choses, la longue série d'abondantes récoltes qui ne cessèrent de se succéder (11). Un nombre presque aussi inusité d'années mauvaises qui marquèrent la seconde moitié du même siècle explique également d'une manière suffisante l'élévation ,du prix des céréales. Une opinion assez généralement accréditée veut

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attribuer à ta longue guerre de 1793 à 1814 l'abaissement du prix de l'argent, en le mettant sur le compte d une forte émission du papier-monnaie dans un grand nombre d'Etats. On ne devrait pas oublier, cependant, que toute grande guerre a pour conséquence à peu près inévitable de ralentir la circulation de l'argent, de provoquer l'accaparement et même l'enfouissement des réserves, et de paralyser l'action que le crédit peut exercer pour fournir les moyens de remplacer le numéraire : il semblerait donc plus rationnel de chercher la cause du changement des prix, survenu pendant de longues hostilités, dans les marchandises elles mêmes dont la produc* tion a dû être rudement compromise. Les hommes les plus' robustes, les chevaux les plus propres au travail sont alors employés d'une manière complètement improductive, et même destructive; le commerce est interrompu par mille incidents funestes ou détourné des voies naturelles , Tactivité intellectuelle des populations s'exerce sur un tout autre terrain que le terrain économique. Et par-dessus tout il règne une absence complète de sécurité ! — Du moment où la production a été délivrée de ces entraves, grâce au rétablissement de la paix du monde, d'immenses progrès ont été réalisés dans toutes les branches de l'industrie; et ces circonstances expliquent d'une manière assez concluante pourquoi, pendant les trente années écoulées entre 1818 et 1848, le prix de l'or et de l'argent semble s'être constamment maintenu plus haut que durant la période précédente (12, 15).

(i) D'autant plus en faveur auprès des gouvernements, qu'ils pèsent de préférence sur le consommateur étranger. C'est ainsi que TEspagne frappa dès le principe les producteurs américains d'or et d'argent d'un droit de 50 pour i 00 du produit brut ; ce droit fut abaissé à 33 1/2 pour 100 sous OvàndOy puisa 20 pour 100 en 1505; (sous Cortèz, celle prescription était donc en pleine vigueur). Ce droit fut réduit à 10 pour 100 au Mexique en 1725, et au Pérou en 1736 ; plus tard à 3 pour 100, même pour Tor. L'oukase du 14 avril 1849 élève considérablement les droits

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perçus sur le lavage de Tor (35 pour 100 da produit brut) en Russie. V. Michel Chevalier (III, p. 271).

(2) Cantillon (Nature du commerce, p. 215, 236) montre par une analyse pleine de justesse que l'élévation du prix des marchandises provient de la consommation plus considérable que font les nouveaux possesseurs d^argent; celte hausse atteint d*aborti les objets qu'ils deman* dent de préférence.

(3) C'est Topinion à' Ad. Smith; de même D. Hume (On money). Diaprés Letronne (Considérations sur l'évaluation des monnaies grecques et romaines, p. 119) et Boeckh (Staatshaushalt, I, p. 88), la valeur moyenne du blé comparé à l'argent était : à Athènes, Tan 400 avant Jésus- Christ» 1 : 3,146; à Rome, 50 ans avant Jésus-Christ = 1 : 2,681; en France, peu avant 1520 « 1 : 4,320; au dix-neuvième siècle = 1 : 1,050. D'après Say (Traité, II, ch. m) Thectolitre de blé aurait valu : sou» Démosthènes 303 grains d'argent; sous César 270; sous Charlemagne 245 1/3 ; sous Charles VU 219 ; en 1514 = 333 ; en 1536=731 ; en 1610 = 1,130; en 1640 = 1,280; en 1789=1,342; en 1820=1,610 grains d'argent fin. Gamier (Histoire des monnaies, II, p. 238, 355) pense que l'argent a, dans l'antiquité (?) acheté 6,000 fois son poids de blé, tandis que chez nous la proportion ne dépasse pas 1,000. Th, Smith (De republ. Anglorum, 1, 18) croit qde depuis le temps de la chevalerie jusqu'en 1625, le prix de l'argent a diminué dans la proportion de 120 : 40. L'Espagnol Moncada (1619) parle de 6 : 1 (Jacob, ch. xix). Jacob lui-même, par comparaison avec notre temps, de 7 : 1 (ch. xv). Mais on ne doit pas oublier que le prix du blé peut, abstraction faite de toute cause étrangère, avoir haussé pendant les trois derniers siècles, et que l'or a été beaucoup moins déprécié que l'argent.

(4) Y. Dupré de Saint-Maur (Essai sur les monnaies ou réflexions sur le rapport enlre l'argent et les denrées, Paris, 1746) ; Unger (Ordnung der Fruchtpreise, 1752).

(5) L'élévation des prix se fit d'abord remarquer en Allemagne sur les épiceries étrangères ; elles montèrent en partie danç la proportion de 400 pour 100. L'opinion pul>rtque l'attribua â l'entente coupable des grandes maisons de commerce. Afin de rendre aux petits marchands la concurrence plus facile, la Diète de 1522 interdit la formation de toute compagnie qui posséderait plus de 50,000 florins de capital; et dés 1524, le fiscal de l'empire voulut poursuivre la transgression de cette défense. Les villes surent pourtant détourner le coup (L. Ranke, Gesçhîchle der Reformation, II, p. 42, seq. ; 134, seq.). En Espagne, le gouvernement essaya, surtout de 1550 à 1560, en défendant l'exportation des articles les plus importants et en suscitant des difficultés de toute espèce au commerce de détail, de lutter contre la cherté ^ujours croissante des marchandises (L. Ranke^ Fiirsten und

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V5lker, I^ p. 400, seq.)* Le bas peuple^ en Anglelerrc, allribua sa misère à la suppression des couvenls (Percy , Reliques ofancientpoetry^ II; p. 296). Bodin parait être le premier auteur qui ait compris clairement la vraie cause des changements de prix (Discours sur les causes de Textrême cherté qui est aujourd'hui en Fi^ance^ 1574^ et Responsio ad paradoxa Malestretti de caritate rerum, i568?). Âprçs lui^ Fauteur anglais anonyme ^.-S. (Â compendious or kriefe examination of certayns ordinary complaints of divers of our countrymen in thèse our days, London, lS8i).

(6) Pareillement, Quesnay (p. 77, Daîre) ; sir J, Steuart (Prïnciples. II, ch. m) ; Kraus (Vermischte Schriften, II, p. 131, seq.) ; Hermann (Slaalsyr. Unters., p. 127); Helferich (Von den periodischen Schwankungen im Werth der edlen Metalle, 1843, p. 70, seq.).

(7) D'après CibrariOy Thectolitre de froment valait en moyenne â Turin, de 1289 à 1379, 905 grains d'argent fin, c'est-à-dire trois fois peut-être autant qu'à Paris avant la découverte de l'Amérique, et autant à coup sûr qu'à Paris, de 1546 à 1566. De 1825 à 1835, il valait «i Turin environ 1,702 grains. Déjà, au quinzième siècle, les envoyés étrangers u Rome se plaignent du prodigieux enchérîssement du blé dans cette ville. V. Baumer (Histor. Taschenbuch, 1833, p. 162); V. aussi Carli (Del valore e délia proporzione dei metalli monetali con i generi in Italia prima délie scoperte deir Indie), qui exagère Pétat des choses et a recours à de grossiers sophismes.

(8; V. Roscher (Zur Gesch. der englischen Volkswirthschaftslehre, p. 14, seq.) ; Dupré de SaintMaur (p. 68). La cause qui a fait renchérir tant de marchandises, lors de la guerre de trente ans, tient aux marchandises elles-mêmes.

(9) Cela résulte principalement des recherches savantes de Ihlferich, On croit généralement que \^ statu quo dans lequel est demeuré le prix de l'or et de l'argent, depuis le milieu du dix-huitième siècle environ, a été interrompu par une nouvelle baisse qui, à son tour, a, depuis 1815, été suivie d'une hausse. Ainsi s'en expriment déjà D, Hume (History of £ngland,ch. xuy, App.; III, ch. xlix, App.) ; A, Young (Political arithmetics,ch. vi); et récemment Rau (Lehrbuch, I, § 176) ; Michel Chevalier (Cours, III, p. 220, seq.). Nebenius (Deutsche Vierteljahrsschrift, 1841) s'est posé en champion de Topinion d'après laquelle toute augmentation des moyens de circulation entraine leur dépréciation correspondante. — Le quarter de froment coûtait en moyenne, en Angleterre, de 1595 à 1685, 38 schellings 8/9 de pence; de 1686 à 1795, 38 schellings 1 1 pence 5/9 (Eden). Schwerz (Belgische Landwirthschaft, III, p. 37) parle d'une stabililé analogue du prix du blé en Belgique, au moins depuis la (in du dix-septième siècle. D'après le Quarterly Rev. (1830, XLHl, p. 293) et Helferich (p. 138), voici, pour le dix-huitième

siècle^ le tableau comparatif de l'augmentation du prix des céréales dans l'Europe centrale^ et de l'exploitation des mines d'argent en Amérique :

Pris ExpIoiUMon

du blé. de Targent.

(10) Le prix moyen du blé en Angleterre a été, de 1637 â 1700, de 51 schellings, de 1701 à 1764, seulement de 40 schellings 1/2.

(11) Ainsi, le bas prix du blé en Allemagne, pendant les trente pre*mières années qui suivirent la guerre de trente ans, provenait en très* grande partie de la dépopulation causée par la guerre. Le nombre des survivants n'était jjas assez considérable pour qu'on eût besoin de cultiver les terres moins fertiles.

(12) La plupart des articles de Birmingham et de Sheffîeld sont, depuis 1815, tombés de 50 à 70, ou même à 80 pour 100 au-dessous de leur valeur antérieure, et tout au moins de 20à 30 pour 100 {M'Culloch, Stalist. Account, I, p. 705). Le Quarterly Rev. (mai 1830) parle d'une baisse de prix sur les marchandises anglaises, qui serait de 50 pour 100 en moyenne.

(13) Ce point est parfaitement développé par 2\)oA:e (History of priées, ill, 1838). L'augmentation des moyens de circulation ne communique pas aussi facilement qu'on pourrait le croire un ébranlement sensible au marché universel, comme le démontrent certains faits, tels, par exemple, que l'exportation énorme de numéraire qui eut lieu hors de France par suite de l'émission de papier-monnaie, de 1716 à 1720, et aussi en 1790; elle coïncida aux deux époques avec la faiblesse du prix du blé sur les marchés voisins (Helferich^ loc. cit., p. 139, 190, seq.). Cependant il s\igissait, la première fois, de 4M)0 millions, et la seconde de 1 milliard !

Si Ton demande confiment un accroissement notable dans la production des métaux précieux n'a causé qu une baisse relativement faible de leur prix, il faut, pour résoudre cette pes-

HISTOIRE DBS PRIX. 351

tion, s'occuper des emplois auxquels Tor et l'argent peuvent servir, indépendamment du numérmre. L'évaluation de la somme totale consacrée à ces usages ne peut guère être faite exactement, puisque le poinçon officiel, dont tous les objets d'or ou d'argent nouvellement fabriqués portent la marque, n'apprend rien au sujet d'objets de même nature anciennement fabriqués et soumis à la refonte (1). Mais il est certain que le total augmente d'importance dans la mesure de raccroissement du luxe et de la richesse ; au sein des nations modernes, une grande quantité de métal précieux se trouve perdue sans retour, quand ce ne serait que pour la dorure et l'argenture (2). Ajoutons encore la perle qui provient du frai des monnaies en circulation, perte considérable surtout pour les espèces les plus courantes, par conséquent, pour les monnaies. d'argeYit plus que pour les monnaies d'or, elle dommage occasionné par les pièces de monnaie qui disparaissent dans les incendies, les naufrages, et par suite de trésors enfouis ou oubliés (5). ~ Enfin, le point capital réside dans Yaugmentation énorme de la demande de numéraire, qui s'est accrue pendant le cours des deux derniers siècles, de manière à dépasser de beaucoup la rapidité accrue de la circulation et la multiplication des moyens destinés à remplacer le numéraire. Sans parler de l'accroissement notable de la population et de la richesse publique, surtout en Europe et dans le nouveau monde, que l'on songe aux immenses progrès de la division du travail et au changement radical qui a été le résultat delà substitution de iVconomi^ monélair^ kféconomiô naturelle. Toute la marine de l'Angleterre, militaire et marchande, jaugeait à peine45,000 tonnes en 1602 (Anderson, a. 1588), c'est-à-dire, moitié tout au plus de celle que possède aujourd'hui la petite ville de Brème, tandis qu'en 1 852 elle avait déjà un tonnage supérieur à 4 millions de tonnes (au 31 décembre 1854, plus de 5 millions de tonnes). L'ensemble du commerce extérieur de l'Angleterre, de la France, de la

352 HISTOIRE DBS PRIX.

Russie et des Etats-Unis réunis formait un total de 260 millions de thalers, moins d'un milliard de francs, en 1750; un siècle plus lard, en 1850, il s'élevait au delà de 5,000 millions de tha- 1ers, 11 milliards de francs; il dépasse maintenant 15 milliards (Soëtbeer) (4). On ne doit pas oublier surtout que le commerce de TEurope avec TOrient s'est extraordinairement accru depuis le commencement du seizième siècle. Le résultat en a été pour l'Europe « un bilan des plus défavorables » et l'équilibre ne peut être rétabli qu'au moyen de forts envois d'argent (5).

(i) Jakob évalue cette partie à 2 i/2 pour 100 seulement , M^Cullœh à SO^ Lowe à 25, Necker et Helferich à 50^ Humboldt à 66 2/3 pour 100 de la masse travaillée. Elle est certainement plus considérable aujourd'hui qu^aulrefois, à cause de Taccroissement de rapprovisionnement total ; mais elle est en même temps fort différente dans les diverses contrées. Nebenius (Deutsche Vierteljahrsschrifl^ i841^ p. 56, seq.) calcule que la consommation totale de nouvel or et argent par Tindustrie s'élève à 44 miUions 1/2 de'piastres^ dont 7 millions proviennent de la refonte. L'augmentation annuelle de la masse des articles travaillés en or et en argent atteint en Europe 6 millions de piastres (i i/2 pour iOO, correspondant à Taccroîssement de la population) ; la dorure, le plaqué^ etc.^ demandent 4,200,000 piastres (un cinquième de la consommation totale) . Cette dernière somme se trouve de beaucoup accrue, par suite des procédés nouveaux d'argenture galvanique.

(2) Jakob calcule que les ouvrages industriels ont absorbé, pendant le seizième et le dix-septième siècle, un cinquième de la quantité de métal qui, déduction faite de la perte éprouvée dans le commerce de TÂsie, venait augmenter annuellement la somme de l'or et de Pargent dont l'Europe faisait usage, savoir : au dix-septième siècle, environ 2 millionsi/2 de piastres par an; au dix-huitième siècle, les deux tiers (?}, c'est-à-dire 15 millions de piastres par an; en 1830 : 2,457,221 livres sterling en Ângleterrre, 4,200,000 en France, 350,000 en Suisse, 1 ,605,490 dans le reste de l'Europe, près de 300,000 dans l'Amérique septentrionale; total, 5,900,000 livres sterling. Humboldt parle de 21 millions de piastres ; M'CuUoch^ de 6,050,000 livres sterling. D'après les registres de la Monnaie de Paris, l'argenterie a septuplé en France, de 1709 à 1759 (Humboldt.) En Angleterre, la masse des objets d'argenterie marqués au contrôle s'est augmentée, de 1804àl830, comme 1 : 30 (Huskmon), et de fait, avant 1815, si l'on en excepte les familles très-riches 9 les fourchettes d'argent étaient considérées comme une

rareié. M* Culloch eslime la quantilé d'argent employée chaque année à Birmingham^ seulement pour le plaqué^ etc.^ à 450^000 onces^ et d Shefûeld à 500^000 onces^ et Tor employé dans les districts où se fabriquent les poteries^ à 650 livres sterling par semaine. Les bijoutiers de New-York mettent en œuvre annuellement pour 3 millions de dollars de métaux précieux (Economiste 16 avril 1853)^ la plupart du temps en matière nouvelle. Suivant les calculs de Jakob, la vaisselle d'or et d'argent réunie de l'Europe et de l'Amérique aurait une valeur plus considérable d'uu quart que celle du numéraire ; en Angleterre, elle irait au double (ch.xxviii); tandis que^ au dire de Tegobonki, vers te commencement du dix-neuviéme siècle, l'argent monnayé aurait à lui seul formé les deux tiers des métaux précieux existants. — Le mouvement contraire se produit quelquefois ; ainsi^ par exemple, pendant les révolutions qui s'emparent de Targenlerie des églises, lors des guerres malheureuses de Louis XIV, etc. Nebenius parle (p. 17) d'un orfèvre de TAllemague méridionale qui aurait fait fondre, après 1802, pour 11 millions de florins d'argenterie, enlevée aux couvents.

(3) V. sur le frai des monnaies par l'usage, § 120, et Hermann (Archiv der politischen, OEkon., I, p. I8i). 11 est si considérable que Michel Chevalier va jusqu'à dire qu'il aurait suffi pour réduire une

' masse de 5,000 millions, sous Constantin le Grand, à 300 millions, à l'époque de Philippe IV (+1314) (Cours, II, p. 332). Combien de pièces de monnaie, surtout de celles dont le moiule est plus petit, sont perdues, tout à fait usées, etc., ainsi qu'on a pu s'en convaincre, lors de la démonétisation des pièces de 15 et de 30 sous ; sur les 25 millions frappés en 1791 et 1792, il ne s'en retrouva que pour 16 millions à peu prés au moment de l'échange. Les petites pièces de 10 centimes marquées d* un N représentaient, lors de l'émission, une valeur de 3,286,932 francs, et quand elles furent retirées de la circulation, il n'y en avait plus que pour 2 millions environ, quoique les particuliers y eussent beaucoup ajouté (iHtc/ie/ C^/iet;a/ter,Gours,III, p.321). if 'Cu//oc^ évalue les pertes provenant de cette cause à 1 pour 100 par an, Helferich les porte à 3/4 pour 100 seulement.

(4) Le chiffre des importations et des exportations réunies de TAngleterre dépasse 6 milliards 1/2 de francs pour 1855. — Pour la France, ce chiffre s'est élevé {valeurs actuelles)^ en 1856, au commerce général, à 2,740.9 millions d'importations, et 2,659.2 millions d'exportations, au total plus de 4,400 millions — et au commerce spécial (qui ne comprend, à l'entrée^ que les marchandises destinées à la consommation intérieure, et à la sortie seulement les marchandises indigènes), il a été de 1,989.8 millions a l'importation, et de 1,893.1 à Pexporlation, au total de 3,883 millions de francs.

354 HISTOIRB DES PRIX.

(5) Helferich évalue cette perte :

1550 à 1600, à 2 1/2 millions dç piastre^ pap an.

1790 à 1809, a 25 1/2 ^ (D'après Humboldt.)

Plus lard raccroissement de rexportalîon des produits anglais pour jGS. Indes orientales, et de Topium transporté de celles-ci' en Chine, ivnit tellement change ces rapports, que l'exporlaliondes métaux précieux de l'Asie méridionale remporta sur l'importation. L'ancien mouvement a recommencé, et, pendant la seule année 185S, on a exporté d'Angleterre, par les paquehols de la Peninsular and oriental sleam navigation company, de l'argent pour une valeur de 6,409.889 livres sterling, et 1,524,240 livres des ports de la Méditerranée (Economîsl, i856, p.30).

Les expcrlalions des métaux précieux, pour TOrient, se sont élevées, dans ces dernières années, pour Tor :

Angleterre. Ports de la

Alédiicrranéfé.

1853 22,000,000 fr. ï, 325,000 fr.

Total 85,150,000 11,450,000

C'est-à-dire, en somme générale, 96,600,000 francs. Ces envois ont été, en argent :

Anglelerre. Ports de fa Total général.

Méditerranée.

1853. . . . 117,700.000 fr. 21,^00,000 fr. 138,950,000 fr.

J85i. . . . 78,300,000 36,-275,if)00 114,575,000

Ainsi donc, l'Orient a absorbé, en quatre ans, plus de 900 millions de métaux précieux. Cette année (1857), l'expédition du numéraire de Son- Ihampton seulement, pour les Indes et la Chine, s*est élevée, pendant les six premiers mois, auchiffreénormede 8, 763,8i3Uvres (219,145,325 frj,

Tegoborski pense que Tor fourni parles seules mines de là Sibérie aurait été infailliblement absorbé par le besoin toujours croissant de numéraire, qui se fait sentir sur le marché universel, mais que la coïncidence des découvertes de gisemeiit§ ?y-

rifères en Californie et en Australie (septembre 1847 et février 1851) devra tôt ou lard amener une révolution dans les prix. En effet, ces nouvelles raines sont d'une richesse sans exemple jusqu à ce jour (1). D'après les rôles d'embarquemept qui, comme on peu^ le croire, demeurent bien au-dessous du chiffre total de Texportation, et surtout de la production aurifère, la Californie aurait exporté, en 1852, 1853 et 1854, près de 46 millions, et en 1855 au delà de 51 millions de dollars en or ; etTAuslralie, pendantles années 1853, 1854 et 1855, environ 8 millions, 10 millions et 12 millions de livres sterling : ce quj, réuni, donnerait pour une seule année plus de 143 millions de thalers (560 millions de francs environ) c'est à-dire, beaucoup plus que la somme totale produite par toutes les mines d*or et d'argent du monde, avant 1848, dans les années les phis favo- : râbles (2). — On ne saurait, néanmoins, répondre que d'une façon très-hypothétique à la question de savoir si la seconde ■ moitié du dix-neuvième siècle verra une perturbation de prix \ pareille à celle qui signala le seizième. S'il est permis d'en juger par analogie avec les faits antérieurs, les placers les plus riches devront être probablement bientôt épuisés (3); mais on : -• peut croire que pendant une longue série d'années, de nouveaux IV gisements d'une richesse égale seront découverts : il est ceri^ tain du moins que l'activité incessante des Anglais et des Amé- ^ ricains du Nord saura recueillir jusqu'à épuisement les dons de . la nature (4). À mesure que les progrès de Tagriculture se développent, que les voies de communication s'améliorent, et que , . la sécurité publique s'établit solidement dans les contrées auri- :,î-'fères, les frais de production diminuent. Sans doute d'autres parties du monde renferment aussi une quantité de placers qu'il suffira à la civilisation européenne de toucher, pour en faire sor- ;-;.tv tir des sources d'or abondantes (5). Cette civilisation devra, .Vi'c^ d'un autre côté, faire de ces contrées des débouchés avanta- . \t 11^- ?^tix pour la production de l'or. — Quant à l'argent, il est hors

■S ut î

de doute que TÂmérique en possède encore des mines d'une étendue immense, demeurées en quelque sorte vierges jusqu'à ce jour. II viendra un temps, dit Duport^ un siècle plus tôt ou plus tard, où la production de l'argent n'aura pas d'autres limites que celles qui lui seront imposées par l'abaissement successif du prix de ce métal (6) . Le vif-argent ne parait pas manquer non plus, surtout en Californie (New-Almaden), et les autres frais de production pourront être singulièrement diminués par le choii des ouvriers et par des améliorations, faciles du reste, à introduire dans le mode d'exploitation, les machines et les moyens de transport (7). Mais tout cela suppose de grands progrès de civilisation de la part des habitants de ces pays, tandis que jusqu'à présent le Mexique et d'autres Etats de l'Amérique du Sud, livrés à l'indépendance républicaine, n'ont fait que rétrograder d'une manière frappante, par rapport aux derniers temps de la domination espagnole. La conquête des républiques de l'Amérique espagnole par les Etals-Unis donnerait, à n'en pas douter, une grande impulsion aux améliorations ; et ici encore l'accroissement de la production aurait infailliblement pour conséquence un accroissement de demande.

Le besoin des métaux précieux qui grandit naturellement avec les progrès de la richesse publique, du commerce et du luxe, fournit l'élément essentiel pour la solution du problème que nous avons posé. Si une révolution dans le prix des métaux précieux devenait imminente, rien ne pourrait la précipiter autant qu'une série de guerres ruineuses ou de commotions politiques, en Europe. On ne doit pas oublier, du reste, que le marché monétaire s'étend aujourd'hui presqu'au monde entier et qu'il finira bientôt par l'embrasser complètement ; que, de plus, il ne consiste pas uniquement en métaux précieux, mais qu'il s'enrichit encore des nombreuses créations mises en œwvre pour remplacer le numéraire, xles moyens de crédit, etc. Le réservoir vers lequel s'écoulent les fleuves d*or et d'argent ré-

cemmeiU découverts est infiniment plus vaste aujourd'hui qu'il ne l'était au seizième siècle, et son niveau ne saurait être aussi facilement modifié. Une baisse considérable dans la valeur des métaux précieux pourrait difficilement se réaliser sans ralentir la circulatioD du numéraire, sans diminuer dans une certaine mesure les instruments de crédit, etc. , ce qui arrêterait la baisse et lui assignerait des limites rapprochées. S'il s'agit de toute au* tre marchandise, l'effet probable de la baisse est de réveiller une demande plus active et plus étendue; s'il s'agit de numé* raire, cet effet est inévitable. Une preuve, au surplus, que le marché métallique peut aujourd'hui supporter des atteintes assez rudes, c'est la comparaison du prix actuel de For, mis en regard avec celui de l'argent (8).

(1 ) V.Economisl (1 9 mars 1 853, 1 3 mai 1 854, 7 avriH 855, 2 avril 1 856) . L^exportation de Yor recueilli en Australie doit s*ôtre élevée, depuis les premiers essais de lavage jusqu'au 31 décembre 1852, à la somme d'euviron 15 millions 1/2 de livres sterling. Le savant éditeur del'AusIand (1856, n» 22, seq.) évalue le total de la production de Tor en Californie

et en Australie :

Californie. Australie.

En 1849 et 1850 à 145,000 kilogr. » kilogr.

En 1851 et 1852 à 116,100 »

En 1853 à 87,100 87,100

En 1854 à 84,200 63,800

En 1855 à » 75,400

Il pense que, depuis 1847 jusqu^en 1855, la quantité de Tor existant sur la terre s'est accrue de 34 pour 100, celle de l'argent de 4, et la valeur des deux métaux réunis de 11 pour 100.— Dans les nouveaux volumes (t. V et VI) de Timportante : Hislory of priées, de Tooke et Newmatch (Londres, 1857), nous trouvons (t. VI, 141, seq.) les renseignements les plus précieux sur cette question. Suivant Tooke^ il existait dans l'ancien monde, lors de la découverte de l'Amérique, 300 millions d'or (12 millions iiv. st.) et 700 millions d'argent (28 millions liv. st.), au total un milliard de francs. De 1492 à 1803, la production de TEurope, avec la Russie et l'Afrique, aurait fourni 2 milliards en oft(80 millions liv. st.) et 1 ,500 millions en argent (60 millions liv. st.), tandis que l'Amérique produisait pour plus de 7 milliards d or (290 millions liv. st.) et plus de 20 milliards d'argent (824 millions liv. st.).

3ôà HISTOIRE DES PRIX.

La quantité de métaux, au commencement du dii-nédriémé siècle (1803) 8*ëlevaitâ pr<^s de 9 milliards de francs (354 millions liv. fit.) d*or et de 16 milliards d'argent (638 millions liv. st.), environ 25 milliards de francs au total, c'est-à-dire à viugt-cinq fois autant qu'à la découverte du nouveau monde.

L'accroissement annuel moyen, pendant les trois siècles écoulés dépuis celte cpo(|ue; a donc élé inférieur à 80 millions par an.

Il s'éleva à plus do 200 millions, durant les années qui séparent i803de 1848, époque à laquelle la quantité d'or et d'argent qui existait sous diverses formes, en Europe et en Amérique, s'élevait à 20 milliards d'argent (800 millions liv. st ) et 14 milliards d'or (560 millions H?, st.).

De1803àl848, l'or s'est accru de 58 pour 100, l'argent de 25 poiirlOO.

La demande avait donc élé assez rapide pour absorber, dans Tintervalle, un supplément de plus de 5 milliards d'or (206 millions lir. st.) et de plus de 4 milliards d'argent (162 millions liv. st.).

Au tolal, Tooke élMll qu'ifa clé produit, jusqu'en décembre 1848^ 615 millions de liv. st. d'or (15,375 millions de francs), dont 55 millions, le onzième seulement, a disparu, par suite de perte, de frai, de guerre et d'envoi en Asie, et 1,198 millions de liv. st. d'argent (29,950 millions de francs) dont 398 millions liv. st. ou le tiers a disparu par les mêmes causes.

La production totale de l'or, de 1848 à 18^6, a été, en chiffres ronds, de 174 millions de liv. st. (4,380 millions de francs); elle a donc été de 31 pour 100 du stock général au point de départ (560 millions liv. st.).

Mais cette proportion relative est toute différente, à mesure que progressent les années et que Ton compare le produit annuel au stock existant.

C'est ainsi qu'une production de 27 millions liv. st. en 1852 et une production de 32 millions en 18o6 représentent la même proportion de 4,6 pour 100 seulement, relativement au stock.

Voici le tableau de Taccroissement successif de la production :

Tôt. général. 148,425,000 88,618,000 53,182,000 T^OSS.OOO

Californie el

Californie.

•s Australie.

Aaslhilie réuDies,

Vicioria.

Kouvelle-Gallei du Sud.

llrr. sierl.

Urr. rterl.

Ihr. Bterl.

lirr. Bt«rl.

En 7 ajoutant la production de la Russie, on obtient le total général de la production de l'or, avec la proportion annuelle correspondante au siock existant, ainsi qu^il suit :

Talpur Valeur Proporlîoa

fn miiliona en millions d'iccrois>emciit

de livres sterling. de francs. anouel.

IS'iÔ.. .... 8,890,000 2^2âôO.(K)0 1,6

Ainsi, la quantité absolue de Tor s'est accrue, en huit ans (183âi 856), de 173,710.000 liv. st., ou 4,342.750,000 francs, fornianl27,6 pour lOO de la quantité qui existe nujourdMuiî, et qui est environ de 730 millions liv. st. (18,250 millions do francs). Cet accroissement a donc été du quart environ de In somme actuelle.

V. encore Mason (The gold-rcgions of California, from the officiai reports, 1848); BuUler-h'ing (Report on C, 18a0,; Tegoborski (Sur les gîtes aurifères de la Californie et de TAustralie, 1853). Pour la partie méridionale des Etats-Unis : Ch, Lanman (Lclters from the Alleghany- Mountains, 1849).

(2) La Monnaie française qui, sous Louis -Philippe, frappait en moyenne annuelle pour 12 millions d'or, en a frappé, en 1850, pour 85,192,390 fr. ; en 1851, pour 269,709,570 fr. Ce chiffre s'est élevé :.

En 1852 27,028.270 fr.

En 1853 312,961,020

Kn 185i 526,5i28,400

En 1855 447,427,820

En 1856 508,350,000

Lès données relatives au gain présumé d*un chercheur d'or, en Californie, différent beaucoup entre elles : 25 à 50 dollars (Larkm); 10 dollars {Mason); 25 à 40 dollars (Foison); 16 dollars (Butller-King); une once = 16 dollars. Tout cela paraît trop élevé comme moyenne; suivant Khull (Colonial Review, juin 1853), le mineur, en Australie, ne produirait qu'une once par semaine, c'esl-â-dire, en calculant six journées de travail par semaine, moins de 4 thalers (15 francs) par jour. Sur les bords du Rhin, le laveur d'or se contente d'un 1/2 à 2/3 de gramme, c'est-à-dire 13 à 18 silbergros (1 fr. 60 à 2 fr. 25) i)ar jour {Daubrée, Compte rendu de l'Académie des sciences, XXII, 639). On ne doit pas oublier, il est vrai, que les habitants des bords du ileuvc

emploieni au lavage de Tor les heures de loisir que leur laisse la pêche, leur occupation habituelle , tandis qu'au contraire les laveurs d'or du nouveau monde ne peuvent vaquer à d^autres métiers ou industries accessoires et se trouvent même souvent interrompus, au milieu du lavage, par la saison des pluies, dont la durée est assez longue, les nombreux cas de fièvre, etc. Joignez à tout cela Fénorme difTérence qui existe entre le prix des vivres et tous les autres rapports sociaux.

(3) y. sur la richesse primitive des districts aurifères du Brésil, si promptement diminuée : Spix ei Martius (Reise nach Brasilien, I, p. 262, seq., 350); Gardner (Travels in the interior of Brazil, 1846). On n'extrait l'or que rarement par les procédés métallurgiques ordinaires; c'est d'ordinaire presque à la surface du sol, dans les pays d'alluvion, qu'on le rencontre à l'état natif. V. Ansted (The gold-seekers manudl, 1849). Cette circonstance a contribué â donner de Pimportance â la production de l'or dans des temps trés-reculés; aujourd'hui encore, elle la rend relativement plus facile, en même temps qu'elle exige moins de capitaux et dMiabileté supérieure. Dés que la partie la plus avantageuse delà contrée où a lieu le lavage a été exploitée (et cela arrive assez vile!) on abandonne ordinairement le tout; tandis que les chercheurs d'argent, par exemple, sont obligés de continuer Texploitation, à cause du capital important'qu'iis ont engagé dans les puits et les galeries des mines, les hauts-fourneaux, etc..

(4) Une des grandes difficultés qui accompagnent la production de l'or, ce sont les détournements opérés par les mineurs ; on les évalue en moyenne â 20 pour 100. De petites associations d'hommes travaillant pour leur propre compte seraient moins exposées à cet inconvénient et la race anglo-saxonne, les Américains du Nord en particulier, avec leurs mœurs démocratiques, y sont merveilleusement propres (if/c/i^/ Cheva^ /t>r, ni,p. 261).

(5) L'or est, dans un sens, un des métaux les plus répandus, quoiqu'on ne le rencontre partout qu'en très-petites quantités, en sorte que, sur le Rhin, par exemple, il faut de 17 à 22 millions de petits grains d'or pour faire un kilogramme. Un nombre extraordinairement considérable de pays sont redevables à Vauri sacra famés de leur colonisation et de leurs progrés : c'est encore ce qui arrive aujourd'hui sur les rivages du Pacifique. Voici, d'après K. /?t«fr (Erdkunde), une énumération des principales localités où l'on a trouvé de Por: chez les Schangallas (I, 249); plus encore sur la terrasse de Fazoql (I, 2o3; V. Bruce, Travels, V, p. 316; VI, p. 255, 342); au Monomotapa (1, 140); àManica, à l'ouest de Sofala il, 145); sur la Gôte-d'Or de la Guinée, surtout depuis la suppression de la traite (I, 305, 471) ; dans le pays des Mandingues (I, 360, 372); sur. la route àe la Sénégambie, à Tombouctou (I, 457); vers le lac de Wangara (l,493j entre Tombouctou

et Jinnin (I, 44S); en Nubie (\, 667, seq.); les mines abandonnées d'nrgentet de mercure sur le Bagradas inférieur (I. 913) ; la presqu'île de Malacca où Tor abonde (Aurea Chersonnesus, V, 6, seq., 27); le Tonçuf'njes royaumes de Laoseià'Ava(lll, 926, 1216; iV, A,l\3)\A8sam (IV, 294); le petit Thibet (III, 657); Kachmyr (III, H55); le Setledje snpérieur flll, 6S4, seq., 668); les chaînes de montagnes où VIndus prend sa source (III, 508, 529, 593, 608, 618); le Caboul (VII, 23); à Pischawar (VU, 223) ; Badakchan (VII, 795) ; riches mines d'argent près de Bérat, abandonnées faute de bois (VIII, 242) ; en Arménie (X, 273). Le sud de la Chine doit renfermer des quantités considérables de métaux précieux, à l'exploitation desquels le gouvernement local a mis obstacle jusqu'ici (IV, 756). V. toutefois Neumann dans l'Âusland (1837, n» 285, seq.). L'Arabie était également fort riche en or, s'il faut en croire Diodor, (II, 50; III, 45) et Agatarch, (De mare rubro,p. 60) ; mais on en doute aujourd'hui dans le pays même, parce qu'il n'en reste absolument aucune trace. Les îles de la Sonde, au contraire, et probablement aussi le Japon renferment également^beaucoup d'or^ quoique la production dans ce dernier pays ait beaucoup diminué de nos jours (Kaempfer), On voit sur quelle large échelle peuvent être quelquefois exploitées à nouveau^ les anciennes mines, abandonnées depuis longtemps, d'après l'exemple de Y Altaï (dont le nom signifie Montagne d'or) où les anciens Tschoudes avaient déjà exécuté des fouilles {K. Bitter^ II, 479, 580, 840, seq.), et qui a établi récemment de la manière la plus palpable la véracité û*HfirofIote (III, 116), si souvent révoquée en doute. Ce qu'il rapporte de griffons préposés â la garde des trésors cachés dans les entrailles de. la terre s'est vérifié aussi, puisqu'on y a trouvé d'énormes squelettes d'animaux fossiles que les chasseurs de ces contrées désignent sous le nom de griffons (Erman), V. Ungern-Stern- 6erp (Geschichte des Goldes, 1835); A. ^rman (Ueber die geographische Verbreilung des Goldes, iSÀS); Murchison (On the distribution ofgold in the earth : Proceedings of the British Association, sept. 1849).

(6) y.Humboldt (N. Espagne, IV, p. 147, seq.); Saint -Clair Duport (Essai sur la production des métaux précieux au Mexique^ 1843) ; Michel Chevalier (Cours, III, p. 483, seq.).

(7) Duport estime comme il suit les frais d'un kilogramme d'argent, évalués en argent, jusqu'au port d'embarquement:

Sel ei magistral 61 grammes.

Vif-argent 112

Triluraiion 171

Mise t;n oeuvre du minerai trituré. ... 72

Loyer et ilireciion 38

Impôts, redevances 145

Fonte, transport, embarquement 35

Pour l'exploitation et le bénéfice, il reste. . 366

y. dans Humboldl (N. Espagne, IV, p. 9)> seq.) comment la production de Torgenl eu Amérique s'accroît à mesure que le prix du mercure

(8) Le poids de la quantité d*or importée en Europe était, par rapport au poids de la quantité d'argent, au dix-sepliéme siècle, comme 1 : 60-65; dans la première moitié du dii-huiliëme, commet : 30; dans la deuxième moitié comme 1 : 40; en 1847 comme 1 : 14; sans que les oscillations de prix aient été le moins du monde parallèle:». Et même, après la découverie des mines d*or de rÂusiralie et de la Californie, M. Gladstone assurait, dans un discours prononcé à la Chambre des communes, au printemps de 1853, que le gouvernement anglais ne voyait encore jusque-là aucune raison de croire à la dépréciation de Tor. D'après Soëlbeer (Supplément à la traduction de l'ouvrage de /.-S. Milly II, p. 663), le cours moyen de Targent monnayé n'était tombe en 1852 que de 1,3 pour 100 au-dessous du cours habituel, à partir de Tannée 1816 jusqu'à Tannée 1847. Et pourtant la valeur de la production de Tor était, au commencement du dix-neuvième siècle, par rapporta la production de Targent^ comme 29 : 71 ; en 1846 comme 47 : 53; en 1851 comme 70: 30.

Quaiit aux conséquences ultérieures d'une semblable révolation dans les prix, elles contribueraient à augmenter la richesse véritable d'un peuple, en ce sens seulement que celui-ci pourrait avec de moindres sacrifices appliquer, sur une plus grande échelle, les métaux précieux aux commodités de la vie et aux exigences du luxe. Ce petit avantage serait lui-même balaucé par la dépréciation des amas métalliques, et surtout par la nécessité d'appliquer désormais à la circulation une plus grande quantité d'or et d'argent.

Mais une pareille révolution entrafne un brusque revirement dans la répartition de la fortune publique. Tous ceux qui, en vertu de stipulations antérieures, ont à effectuer des payements, bénéficient de la différence entre le prix ancien et le prix actuel des moyens de circulation, tandis que cette différence se traduit en perte sèche pour ceux au profit desquels ces stipulations cm

JllStOIRE DES PRIX. 363

été consenties (1). Les entrepreneurs améliorent leur position, parce qu'ils élèvent immédiatement le prix de leurs produits (2), et qu'ils continuent pendant un temps plus ou moins long âne payer qu'aux prix anciens le loyer des capitaux, des terres, etc., qu'ils utilisent (3). En outre, quand la masse du numéraire commence à s*accroî(re, et avant qu'une diminution dèvaleurcorrespondanttf ne se soit prononcée en ce qui concerne Fargent, il se produit d'ordinaire uiie baisse du taux de Tintérét (§ 185) et une demande plus active de la part des consonimateurs (4). Ceux qui perdent, à coup sûr, ce sont les fonctionnaires à traitements fixes (5) et les rentiers, eu letir qualité de créanciers du trésor ou de créanciers des particuliers. Les banquiers ne peuvent pas non plus fixer le taux des valeurs qui décroissent rapidement entre leurs mains (G). Parmi les propriétaires fonciers, ceux qui gagnent le plus, ce sont ceux dont les biens sont le plus grevés, par conséquent les plus pauvres et les plus entreprenanis (7). Tout au contraire, Timportance sociale des grands propriétaires qui ont consenti au rachat des dîmes, des corvées, etc. , moyennant un capital ou une rente fixés en argent, et par conséquent, dans certaines coiurées, celle dû corps même de la noblesse, se trouve singulièrement affaiblie. La scondilion des ouvriers avait, sans nul doute, empiré au seizième siècle, comme le prouve Tactif déploiement delà charité dans' la plupart des Etats de cette époque. Il leur était impossible d*élever le prix de la seule marchandise dont ils disposent, c'est-à-dire de leur travail, avec la rapidité qui accélérait là baisse des instruments de circulation ; car ils ne pouvaient ni attendre, ni suspendre loffre pendant un temps plus ou moins prolongé (§ 164). Il en serait autrement" aujourd'hui. Par suite des facilités morales et matérielles que rencontre l'émigration, le salaire pourrait être un des objets dont le prix en argent s'élèverait le plus promplement (8). Enfin, l'Etat gagnerait à la diminution réelle de valeur que subi-

rait la dette publique (9) ; mais il perdrait en même temps sur tous les impôts qui ne forment point une part proportionnelle du prix des biens imposés (10). Il se trouverait donc forcé de recourir à une augmentation dMmpôts. Or, le droit de voter Timpôt, qui appartient aux représentants du pays, quelque étendu qu'il puisse paraître légalement et en théorie, n'acquiert une grande importance pratique que lorsqu'il s'agit d'augmenter les charges existantes. La révolution opérée dans le prix des choses donnerait donc à ce droit, partout où il existe, une vie nouvelle, et lui ferait porter toutes ses conséquences (H).

Du reste, les nouveaux arrivages d'or et d'argent ne sauraient provoquer immédiatement une diminution correspondante dans la valeur des métaux précieux. Si ceux qui disposent les premiers de cet excédant métallique ne tardent pas à l'échanger contre d'autres biens, ils trouvent trèsprobablement à le placer au prix habituel ; la dépréciation ne se fait sentir qu'en seconde, ou même en troisième main, etc. On a donc ici un immense avantage à détenir ce produit en première main. L'Espagne du seizième siècle, cet empire redouté du monde entier, a vu grandir sa puissance, grâce aux ressources que lui livraient les mines d'or et d'argent de l'Amérique (12), et ce n'est certes pas chose indifférente aujourd'hui que la Sibérie, la Californie etTAustralie appartiennent à la Russie et aux deux grands peuples anglo-saxons !

En ce qui concerne les diverses classes de -la société, on sait qu'au seizième siècle la conquête de l'Amérique fut presque exclusivement consommée au profit de la couronne, de l'Eglise et d'un nombre relativement fort restreint de fonctionnaires, d'officiers et de soldats (13); aussi, la monarchie absolue a-t-elle été singulièrement fortifiée par ce grand événement !

Au dix-neuvième siècle, c'est aux industriels, aux coramer-

çants, et surtout aux ouvriers qu'il appartient de recueillir la pluie d'or!

(I) Beccaria regarde comme juste que le débiteur paye en tout temps la valeur originaire du métal (E. P., IV, 2, 17). Galiani, au contraire, ne veut pas, même alors que TËtat fait subir aux monnaies des diminu- Uons arbitraires, permettre aux sujets de régler leurs conventions sur la valeur métallique intrinsèque des monnaies (Délia moneta, V, 3).

(^) C'est précisément cette classe qui, d'ordinaire, comprend la première la nature du changement survenu.

(3) Les fermiers anglais, qui avaient souvent des baux fort longs, au seizième siècle, ont acquis, par suite des modifications éprouvées par les prix vers cette époque, une puissance qui n'a pas été sans exercer de riuiluence au milieu des luttes politiques du dix-septième siècle (V. sir M. 'F. Eden^ State of llie poor, I, p. 119, seq.).

(4) Ce sout naturellement les prix des marchandises recherchées de préférence par les possesseurs du nouvel argent^ qui s^élèvent tout d'abord. En sorte que si la quantité d'argent possédée par chacun venait à s'accroître d'une manière uniforme, la hausse serait également générale.

(5) On voit par là combien les domaines sont pour la couronne chose plus sûre qu'une liste civile, et que pour l'Eglise les dotations territoriales offrent plus de garanties que les traitements en argent. Edouard VI laissa un grand nombre d'écoles, qui lui devaient leur existence, libres de choisir des dotations en terres ou en rentes lixes (Y. Kohi, Ëngland imdWales, I, p. 33). Lois d'Elisabeth (18 Ëliz.), portant que les fermages seraient payés aux Universités 2/3 en argent et 1/3 en blé ; au temps d'^cf. Smithy ce dernier tiers avait une valeur double des deux autres (ch.v).

(6) Ils n'avaient encore au seizième siècle, chez la plupart des peuples, qu'une très-minime importance ; de nos jours, leur ruine causerait un ébranlement général. Les capitalistes avisés trouveraient moyen d'échanger en temps opportun leurs créaujces contre des valeurs plus sûres.

(7; C'est ainsi, par exemple, que le fils d'un propriétaire foncier, qui garde les terres pour les exploiter, s'acquitte vis-à-vis de ses frères entrés au service ou devenus fonctionnaires publics^ en leur servant une rente. Si une révolution dans les prix devait avoir lieu, les propriétaires rivaliseraient pour améliorer leurs biens au moyen de capitaux empruntés, ne serait-ce que pour profiter de la baisse qui menace les instruments de circulation. Au seizième siècle, les dettes de la propriété fon- ' eière étaient relativement insignifiantes.

366 HISTOIBE DES PRI^.

(8) liOrsqiie le travail est d'une indispen fiable nécessité, une faible diminution de roiïre peut en élever singulièrement le prix.

(9) Cela n*avait encore, au seizième siècle, qu'une bien médiocre importance; mais aujourd'hui... !

(10} Les impôts sur le revenu, les droits de douane ad valorem, les dîmes haussent et bnissent, augmentent et diminuent dans leur rendement nominal^ en même temps que le prix des moyens de cîrculatioD.

(M) Ainsi, par exemple, la victoire du parlement anglais sur le pouvoir absolu du monarque, dans la première moiliédu dix-septième siècle, a été singulièrement favorisée parcelle circonstance, que la couronne, malgré loule réconomie apportée à la gestion des afTaires, ne cessait de se trouver dans une gène extrême, à cause de ladéprécialion toujours croissante de l'argent {Power ofthe purée— power oflhe stvord!). Au reste, une force, en agissant dans le même sens, peut avoir l'effet d'une lame à double tranchant; tandis qu'on peut l'utiliser dans des circonstances favorables, il arrive aussi qu'elle comprime tout dans des circonslances fAchcuses. (lombien d'assemblées représentatives sur le conlinent ont vu leur énergie s'éteindre, pendant la révolution des prix qui eut lieu au seizième et au dix-septième siècle !

(12) Personne n'en doutait alors. V. Raleigh (The discovery of Guiane, pref.j. Rappelons-nous Philippe de Macédoine.

{\3) V. Roscher (Unlcrsuchungen ùber das Kolonialwesen) ; Rau- Haus&en's (Archiv. N. Folge, VU, t. I).

Un renchérissement notable des métaux précieux devrait natureliemcfit opérer dans les prix une révolution en sens inverse de celle que nous venons de retracer, révolution qui serait bien plus nuisible à Téconomie publique. Les consé* quences, en elTet, pèseraient surtout sur les classes productives, en ne profitant qu*à ceux qui se reposent sur les produits d*i(n travail antérieur. On verrait augmenter sensiblement certairuts branches de la consommation , utiles sans doute en ellesmêmes, mais dont l'excès offre des séductions de nattire à faciliter les entraînemenl-s (§212, seq.). D'un autre côté, çeltç révolution à rebours dans les prix peut êlre plus facilement modérée par des mesures administratives, telles que la diminution des impôts, rémission du papier-monnaie, etc. (1).

(i) Les oscillations éprouvées par les moyens de circulation ont toujours beaucoup moins d'importance chez Iesf)enptes encore peu avancés §U9 chei içeui qui ont atteint un degré de civilisation plus élevé, parée que le frafiç mofjétalfe, ej pli^s encore I9 çréfjjl, y §9$)( prç^qu^ jùç connus.

^ Le prix de Tor, relativement à pelui de l'argent, ne dépend pas directement du rapport de quantité qui existe entre le$ deux métaux ; il se règle plutôt à la longue' sur les frais de production qu'exige, pour répondre aux besoins de la demande, l'exploitation des mines d*or et d'argent les moins avantageuses. En somme, les progrès de la culture économique ont fait monter le prix de Yor, comparativepiput à celui de Targept : gji moyen âge, Tor valait dix à douze fois autant que l'argent (1), tandis qu'aujourd'hui on peut établir entre eux la proportion de 15 ou 16 : 1 (2). D4ns les' pays plus avancés en cjvilisation, rpr atteii)t d'ordinaire qn prix relativement plus élevé (3).-Tr Ces faits s'expliqueiU tout aussi bien par l'offre que par la demande. Comme la production de l'or exige peu de capital e| d'}iabi}et|é, tandis qu'au cQntraire, celle de l'argent en ej^ige beaucoup, le premier peut être regardera bien plus haut degri comme un produit naturel, et la règle indiquée au paragraphe 1 50 lui devient applicable {Senior), En outre, dans les civilis|ition| plus avancées, les payements soqtpi} général pli|s considérables, et Tpr s'y prête mieux que l'argent, tout comme dans les transactions ordinaires les marchands ne font guère difficulté 4'i)ccppter une pièce d'or, mônie un ppu au-dessus du coufç, tandis que les paysans et les ouvriers ne s'y résignent pas volontiers (4).— Lequel de l'or ou de l'argent est le plus exposé aux variations de prix, c'est ce qu'o|i ne saurait dire avec certitude. La circonstance, que l'or est surtout un produit nattirel, semble? rait impliquer un élément d'instabilité (§ 113); mais sa durée

et le soiu particulier avec lequel on le conserve fout que la masse existante remporte de beaucoup sur la quantité dentelle s'accroît chaque année. La demande de l'or varie plus rapidement que celle de Targent ; eu effet, en temps de guerre ou de révolution, on peut plus aisément l'emporter ou le cacher, et il est d'un usage plus commode pour la caisse des armées, etc. Un transport hc'ûe liri permet de circuler d'un pays dans un autre, suivant les besoins. En somme, l'argent parait plus apte à maintenir son prix pour de courtes périodes, et Tor pour les longues (5).

(1) Galiani (ûella moneta, III, i). Au temps de la Lex Salica^^iOii . D'après VEdictum PistenseAe Charles II, cap. xxiv (Pcrz, Mon. G^rm., III, p. 488)» i2 : 1. Au temps du Sachsenspiegel (III, 45; » 10 : i. Sous saint Louis <» 12^5: 1 [Leblanc, Traité historique des monnaies de la France, ch. i, 2) ; En Pologne, Vers 13ô6«" i2 : 1 {Muratori, Dissert, medii œvi^ II, 28). £n Angleterre, sous Edouard III (Jacob), Richard II, Henri VI et en 1494 — 12 : 1 (Anderson, Origîn of comra. a, 1395, 1422, 1494). En Danemark, sous les premiers rois de TUnion Scandinave— 8: 1 [Dahlmann, Dânische Geschichte, III, p. 52). Il en fut presque de même pendant tout le moyen âge Scandinave (IVilda, Gesch. des Deutschen Strafrechts, I, p. 329). En Italie, en 1579 «12:1 (Scaruffi, Sopra le monete, 1582). En Hollande, 1589 » 11 ,6 : 1 . Bodin (De republ., 1584, VI, 3) établit comme rapport général 12 : 1 ; cependant la Chambre apostolique admettait la proportion de 12,8:1. En Allemagne, si l'on s'en rapporte aux exemples cités par Ad, Riese (1522) » 10 1/2 : 1. Les lois monétaires de l'Allemagne portent en 1524 le rapport de 11 1/3 : 1 ; en 1551 =11 :1 ; en 1559 = 11 3/7:1. Au commencement du dixseptième siècle, la proportion établie en Espagne était = 13,3; en AUemagne«12,16; en Flandre «13,22; en Angleterre «13,5:1 (Forbonnais. Finances de la Fr., I, p. 52). En 1641, en Flandre 12,5; en France 13,5; en Espagne 14,1. Après la mort de Colbert, à Gênesl5,03; A Milan 14,75: 1 (Jtfon(anart, Délia moneta, p. 80). Tandis que le prix de Tor montait au dix-septième siècle, il baissait au commencement du dix-huitième, probablement à cause des lavages d'or du Brésil et des nombreux billets de banque qui, la plupart du temps, forment les gros appoints [Steuart, Principles, III, ch. xrii). PourUnt à Amsterdam, dès 1751 =«14,5:1.

(2) Le prix des lingots d'or et d'argent varia, é Hambourg, de 1816 à 1852, dans la proportion de 15,11 et 16,2 : 1 {So'étbeer); et, à la

même époque, à Londres, dans la proportion de 15^89 el 14,97 : i (ffumboldt).

(3) II se tient ordinairement plus bas en Asie qu'en Europe ; depuis des siècles on le trouve, la plupart du temps^ seulement »» 10 : 1. Gependanty chez les Birmans, le rapport =^17 : 1^ à cause du luxe énorme qui règne dans ce pays (Cratofurd^ Ëmbassy^ p. 433 ; K, RitteTy Ërdkunde, Y, p. tiÂ, 2è6). D'où vient qu'on rencontre en Chine iln prix analogue? V. Michel Chevalier (Cours, III, p. 359 j. En Afrique, T or, comparé à ^argent, baisse d'autant plus qu'on se rapproche davantage de l'enfance de la société. Ainsi, une once d'or coûte 12 piastres au Sennaar, 16 au Sinde, 20 à Suakim, 22 à Djidda (K. Ritter, I, p. 538). Mungo Park a trouvé, à Tombouctou, la proportion entre l'or et l'argent 4 1/2 : 1. V. Marco Polo (II, 39).

(4) On peut remarquer la marche analogue suivie dans l'antiquité. D'après les lois indiennes de Manou (VIII, 134, seq.) =2 1/2:1. Pendant longtemps, en Orient = 10 : 1 ; sous Darius, fils d'Hystaspe «= i3 : 1 (Herodet.^ III, 95). En Grèce, au temps de Lysias = 10 : 1 {Lysias, Pro bonis Arist. Conon.); après Platon = 12 : 1 {Hipparch,, p. 231); après Démosthènes (Adv. Phorra., p. 914), = 14 : 1. Sous Gélon, tyran de Syracuse, il était déjà = 13 8/9, ou, au moins, 12 1/2 : 1 [Boeckh^ Slaatsh., I, p. 43). Menander calcule de nouveau =£ 10 : 1. parce que les victoires d'Alexandre. avaient probablement diminué le prix de l'or (Pollux, IX, 76). Chez les Romains, l'an 189 avant J.-C, 10 : 1 {Tive-Live, XXXVIII, ii);un peu plus tard, = 11:1 (Mommsen, Verfall des roem. Mûiizv^resens, dans les Mémoires historico-philosophiquesde la Société royale de Saxe, 1851, p. 184, seq.); quatre siècles après J.-C. = 14,4 : 1 (r/jcod.^Cod.,XIII, 2, i;Ammian. MarcelL^XK, 4, 18), et, en 422 = 18 : 1 {Theod.,(lod., VIII, 4, 27). Des variations subites ont eu lieu par moments; ainsi, au rapport de f*o/t/6e (XXXIV, 10), le prix de l'or baissa d'un tiers, en Italie, après l'ouverture des mines d'Aquilée; la proportion de l'or à l'argent ne fut plus que 9 : 1, quand César épuisa en largesses et dépenses les sommes en or qui composaient le trésor public {Sueton., Caesar, 54). Le rapport de 17 : 1, pendant la guerre contre Annibai (Pline, H. N., XXXIII, 13), fut une sorte de banqueroute publique.

(5) Après la révolution de Février, le change de l'or contre l'argent monta, à Paris, de 10-15 à 70 pour 1,000 (Michel Chevalier, Cours, Ul^ p. 343). L'or, depuis la découverte de l'Amérique, a moins baissé que l'argent par rapport aux marchandises. V. Hermann (tJeber den gegenwàrligen Zustand des Mûnzwesens in Rau^s Archiv, I, p. 151, seq.). Lord Liverpool dit que la monnaie d'or, comparée aux banknoles, a varié, en quarante ans, surlemarchéde Londres, de51/2 pour 100,el la

monnaie d*ftrgeot de plus de 19 pour 100^ de 1783 à 1793 (Treatise on ,lhe coins of the reaim, 1805).

Si les masses d'or venues de la Californie, deTÂustralie, et d'ailleurs produisent réellement une dépréciation de ce métal (1), l'argent sera-t-il, par là même, forcément atteint ? Senior se prononce pour la négative, et s'appuie sur ce que les deux métaux sont loin, dans la plupart des cas, de se suppléer mutuellement. Si la somme totale du numéraire dont un pays avait besoin se composait de 1,000 livres d'or et 15,000 livres d'argent, et si ces deux masses métalliques avaient une valeur égale, une augmentation de moitié dans la quantité de For qui abaisserait son prix par rapport à celui de l'argent à la proportion de 10 : 1 n'encombrerait point les canaux de la circulation, car les 1,500 livres d'or vaudraient précisément autant que 15,000 livres d'argent (2) .—Ce jugement ne saurait être adopté sans restriction. Une dépréciation, même modérée, deTor, ferait aussitôt refluer l'argent de tous les pays dont le système monétaire réunit les deux métaux précieux ; de cette manière l'offre de l'argent augmenterait dans les autres Etats. Il est également possible de remplacer les grosses pièces d'argent par des petites pièces d'or (par exemple, les pièces de 10 et de S fr.). Rau pense avec raison que l'élévation générale du prix des marchandises par rapport à la monnaie, qui serait le résultat d'une abondance extrême de l'or, pourrait s'étendre beaucoup dans les pays où ce métal sert d'étalon monétaire, ne se ferait sentir que plus tard dans ceux qui admettent le double étalon d'or et d'argent, et durerait le moins dans ceux où l'argent seul a cours, en qualité de monnaie légale (3, 4).

(1) N'oublions pas de noter, en passant, qu'on sait aujourd'hui extraire des anciennes monnaies d'argent, etc., et cela avec un certain

avantage, des quanlilés d'or presque imperceptibles. L'iudustrie euro* péenne produit de cette sorte environ 1,600 kilogrammes d'or par an, dont moitié en Frnnce, elle reste à Hambourg, Amsterdam, Bruxelles, Saint Pétersbourg {Michel Chevalier, Cours, III, p. 302).

(2) Senior (On ihe vaine of money, p. 77, seq.). Il est vrai qu'une siinple modification dans les prix n'arrivera pas facilement à faire fabriquer des services de table en or, ou des ornements d'architecture en argent.

(3) Pau (Lehrbuch, 6« éd., 1, § 277, c).

(4) Outre les ouvrages cités, V. Fleetwood (Chronicon preciosum, or an account of Ënglish gold and silver money, the price of corn and other commodities, etc., for six hundred years last pasl, 1 707), PaMCf on (Métrologie ou traité des mesures, etc., des anciens peuples et des dernes, 1780), ainsi que l'appendice de Macpherson (Ànnals of commerce, 1805). Guérard (Polyptique, I, p. 141) donne d'intéressants détails sur l'histoire des prix sous les deux premières races.

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