CHAPITRE IV
HBiVRB DV PRIX.
Une mesure de prix invariable et universelle, comme les mesures de longueur basées sur des calculs astronomiques, nous permettrait de comprendre clairement toutes les circonstances relatives à la valeur, que les temps nous révèlent, et qui forment un des plus importants aspects de la science historique. Nous posséderions ainsi le moyen pratique de stipuler exactement ées rentes à long terme, voire même perpétuelles, constituées de manière à investir à toute époque le titulaire d'une égale puissance économique. Bien d*étonnant, par conséquent, que les économistes aient, àrexemple de Petty, recherché avec tant d'ardeur une mesure de çrh invariable (t). Si Ton entend par là un bien de telle nature qu'il conserve constamment une valeui* en échange uniforme, vis-à-vis de tous les autres biens, on poursuit une chimère : il faudrait qu'aucun bien ne pût varier de prix; autrement, vis-à-vis de ce bien du moins, la mesure adoptée n'échapperait pas aux oscillations (2). Mais on peut s'occuper de trouver un 6ten, sur lequel les éléments qui influent sur la fixation du prix agiraient de même, en tout temps. SiTon venait à découvrir un bien de cette nature et que la valeur en échange qui lui appartient vis-à-vis des autres biens éprouvât une modification quelconque, il demeurerait acquis que le changement proviendrait de ces derniers, et qu'ils auraient
subi une baisse ou éprouvé une bausse. Un pareil &t«n devrait réaliser deux conditions : A, qu'une quantité égale de ce bien eût pour un nombre égal d'homvnee, une égale valeur en usage dans toutes les circonstances ; B, qu'il fût constamment soumis aux mêmes frais de production, et- par conséquent, que Toffre pût toujours correspondre au nombre des demandeurs (3). De celle manière, l'offre et, la demande relativement à ce 6ien, abstraction faite de la quantité des conlre*valeurs, conserveraient toujours, lune vis-à-vis de l'autre, un rapport invariable (4).
(1) Petty regarde la recherche d'une semblahle mesure qui s*appliquerait égalemenl à la lerre et au travail, comme Tobjet le plus important de l'économie politique (Polit, anatomy of Ireland, p. 62, seq..). Sir J, Steuart (Principles, III, ch. i) s'est mis fort à Taise en regardant les monnaies de compte^ la monnaie de banque, par exemple, comme une grandeur invariable. V. au contraire, Jakob (Grundsaetze der Nat. OEk., 11^ p. 441, seq,)^ Cazauœ (Economie politique et privée, 1825, p. 16, sqq.) se livre à une élude curieuse ; mais son argumentation repose tout entière sur la pensée que le taux de l'intérêt est le prix de Targent! Le taux de Fintérêl dans deux, pays différents étant = I et t; le prix de la même marchandise = P et p, la valeur réeHe =|V et v ; on aurait v: V = tp: IP.
(2) Law (Trade and money, p. 181). Avant lui, Monianari (Délia monela, p. 84, seq.) compare la manière employée pour mesurer le prix des marchandises, les unes par les autres, à la méthode dont on se sert pour apprécier la durée du temps d'après l'espace que le soleil, TaiguiUe, elc, ont parcouru, et réciproquement retendue de l'espace d'après la durée du temps.
(3) On ne saurait ici perler en ligue de compte les moyens disponibles des acheteurs, puisqu'ils ont une imporlance égale à la quantité des contre-valeurs qu'il s'agit de mesurer.
(4) V. pour tout ce qui concerne Y étalon de la valeur, Léon Fauchety De l'or et de l'argent, elc.
Suivant Ad. Smilh, les biens de diverse nature, quelque séparés qu'ils puissent être Tun de Vautre par le temps ou la
âi4 tri&tbiRÊ DKS PRIX.
distancé, ont lit faiéthe Hkut en éciiahge, quand ils péuVént acheter ou cômirïniidéhlà mêthé (Quantité de travail humain. La frande variété des tfdvaiklùi fait adopter comme moyenne le ifâ- Hil manuel d'un ouvrier ordinaire; une journée dé travail, c'est l8 Sac^iflce dé la liiéihe portion «de repos, de liberté et de bonheur» qui doit dans tous les temps et dans tbiis lès lieux être d'uiie i'àlbill^ égale pour le travailleur, en lui causant la même pèinë. Quelle qdë soit là quantité de denrées qu il reçoive eii récôiiijienàé dé àoii traVàil, lé pHx (Jii'il paye est toujoiirsle même. Ce prix peut acheter tantôt une plus grande, tantôt une iuoiiidré quantité de denrées, mais c*est la valeur de celles-ci qui varie, el non la valeur du travail, qui les achète (1). — Lie Russéi par exemple, àura-t-il à souffrir autant qiie lé Bédouih du sacrifice dé la liberté^ Le Yankee estimera-t-il la perte du repos autant que le turc? N y a-l-il aucune différence à supporter la chaleur delà canicule, les rigueurs de Thlver, et à faire la même besogne pendant la saison tempérée? Dii reste, il ne s'agit que de la valeur eh échange, et celle-ci est malheureusement exposée à des oscillatidns pUrticulières, dans le travail à la journée. Les éléments sur lesquels reposent Tofifre et la demandlî du travail né sont pas invariables, et les changements qui surviennent ne se compensent guère. Chez les peuples en progrès, on voit s'élever à la fois la valeur en usage du tbavail, et les moyens d'action de ceux qui en disposent ; mais en même temps, Toffre du travail diminue, relativement du moins, par suite de l'augmentation de frais que nécessite Taccroissement du nombre des travailleurs : il en est autrement des nations en décadence dont la population est exubérante; le journalier est alors particulièrement exposé à subir des prix de détresse, non pas temporairement, mais d'une manière permanente (2). Combien de foisn'arrive-t-il pas, quand ce ne serait que d'une façon transitoire, que l'abaissement du salaire coïncide avec le perfectionnement du travail, êl vicé véfsà (3) !
HlfeTbîRÉ DES i^felX. 315
VêtoU dé fticardo mesure le prix des divers biens à la quantité de travail nécessaire à la production (4). il est évident que la même somme de travail donne des feonsétiuencés étfférentesi teultatït là dirëttloii bdnrië ôii mauvaise qui a été stiivîe : Ricardo doit donc avoir entendu le mot travail dans un sens idéai d'unité. En ôritrej les effets particuliers de la formation des c** jHtîlilx, fetlëè influericeS defe feStrictlbris de \i cbhciitrënce,tiâtiirelles ou artificielles, échappent a sa formule (§§ 47, 107) (5).
(1) Ad^ Smith {Vf. off^.i I, eH. v). De plus; Siimondi (Riehèàse commci-ciale, I, p; 371, seq.); Kraus (Slaatswirlhschaft, l; p. 84); SMoezèt (ànfangsgrûnâe, I, p. 4i)î Jakob (G^andsâetze, § 181); Malthus^ également (à partir de la ^ édtt. des Prineiples, ch. i, vi» et Définitions) ch;Tiii, IX; Thëmeasure of value, 1823); rêceniment, Kudter (Volkswirlhscbafti 1845,1; p. 85). Zaehariœ (Vief-zig Bûcher, III, p. 53, seq.) regatde enfume invariable la puissance itioyenne du travail hutnain, au moins pour chaque peuple en particulier. Les mdf ëns de subsistance néee^i^aires pour Jiné jdumée de travail constituent ainsi, bien que d'une manière ÎDdirecle, une mesure de {jrix: Tooke (History of priées, 1^ p. 56) pense que le prix d'une journée d'ouvrier donne une mesure plus exaetè pour déterminer la valeur de For et de l'argent, que le prix du blé. Baliani (Délia moneta, 11^ 2) a nîéj dés 4750^ la pbssiWlité d'éUblir dans ce monde; si sujet au changeiftenit; une mesure de prix absolument invariable j potir luii la commune mesure de toutes les valeurs est rhomnie, lés esclaves, par conséquent, dans les pays où règne Tesdavage. A ses yeux la macute des nègres n'est autre chosfe qu'une fraction du prix moyen dés esclaves. Turgot dit^ à sou tour; que « la valedr appréciative dans l'échange entre deux hommes est lé rapport entre la somme des portions tle leurs facultés qu'ils seraient disposés à consacrer à la recherche de chacun des objets échangés, et la somme des facultés de ces deux hommes » (Valeurs et monnaies, éd. Daire, I, p. 89). La constitution française de 1791 a fait entrer dans la pratique la me- «ui-e dé valeur adbplëè j)ar Smith; en effet, nul ne put faire partie des assemblées primaires sans payer un' impôt égal à trois journées de travail, et nul ne put être nommé électeur sans posséder un revenu égal à deiix cents journées de travail. Owen voulut aussi baser là valeur du paplîer-riri8nnaié Mk en circulation dans sa conimutiâuté iihagihaire, non p^i sur le titre et le poids d'un métal quelconque, mais sur Theure de
travail prise comme unité (Reybaud, Réformateurs contemporains, I,
(S) Toul le monde coDnait la situation misérable des travailleurs irlandais ; onsait qu'ils habitent des huttes en terre, sans fenêtres, sans plancher, sanscheminée, etc., péle-méle avec leurs cochons, qu'ils nemangent presque exclusivement que des pommes de terre, et ne sont vêtus que de haillons, etc.. Ces mêmes Irlandais (cœlum,non anîmum mutantes!) reçoivent par jour, dans T Amérique du Nord, en se livrant au travail grossier du terrassement, outre un salaire de S et 3 francs en argent, de la viande et du pain de froment à trois repas^ deux fois du sucre et du café, une fois du beurre, et sept ou huit verres d'eau-de-vîe (Michel Chevalier, Lettres sur l'Amérique du Nord, 1, p. 159).
(3) C'est ainsi que Timmigration des Coolis à Mauriceeut pour résultat de faire tomber le salaire des nègres, en même temps qu^elle stimula leur activité. Ils travaillent mieux aux îles Barbades qu'à la Jamaïque, bien qu'ils reçoivent un salaire moins élevé. Souvent les bons ouvriers ont à subir une baisse de salaire (à Manchester, par exemple, au moment des crises commerciales)^ pendant que les^ mauvais ouvriers voient augmenter le leur (par exemple, dans un village à proximité duquel on fait passer un chemin de fer). V. Lauderdale (Inquiry, ch. i); Sartorius (Abhandlungen, 1806, 1, p. 16, seq.); Lo(2(Re vision, I, p. 99), Michel Chevalier (Cours, III, p. 88, seq.).
(i) Outre les passages cités au paragraphe 107^ V. enc<$re Barris (Essay on money and coins, 11^ 1757, seq.).
(5) Cantillon, qui ramène tous les frais de production à la terre et au travail, établit le pair entre ces deux éléments en disant: « Le travail du plus vil esclave adulte vaut au moins et correspond à la quantité de terre que le propriétaire est obligé d'employer pour sa nourriture et encore au double de la quantité de terre qu'il faut pour élever un enfant, attendu que la moitié des enfants meurent avant l'Age de dix-sept ans, suivant les calculs du célèbre docteur Halley : ainsi il faut élever deux enfants pour en conserver un dans Tige du travail n (Nature du commerce, p. 42).
Lorsque les valeurs à comparer sont séparées seulement par l'espace, mais qu'elles appartiennent à la même époque, la mesure de prix que fournissent les métaux précieux n'est pas seulement relativement la meilleure ; elle est bonne, d'une manière absolue. Aussi, pour la vente des terres, fait-on bien d'évalyer le prix en argent, et non d'après le taux du blé. Sans
doute, à la loupe, l'or et Targent se trouvent exposés à des variations de prix sensibles et souvent imprévues; aussi, lorsqu'on veut comparer des valeurs ou des sommes d'argent qui appartiennent à des époques différentes, il faut d'abord dresser le prix courant de toutes les choses nécessaires ou utiles à la vie, durant ces mêmes époques, et calculer sur ces bases la valeur relative des sommes qu'on a le dessein de mesurer (1).
Le salaire ne manquera pas d'occuper une place importante dans une énumération de ce genre. Le désir d'exercer de l'influence sur les autres hommes et de les éclipser par la position sociale est très*général, et pour le réaliser on ne saurait s'attacher à un signe plus certain qu'à la faculté de disposer d'un grand nombre de journées de travail. L'homme en état d'entretenir un millier de journaliers est, sans contredit, un personnage important, au point de vue économique. En outre, rélévation du salaire exerce une influence directe sur le prix de beaucoup d'autres marchandises (2).
Le prix du blé, ou, pour pnrler plus exactement, du principal aliment du peuple, n'a pas une moindre importance ; car le prix de la plupart des matières premières indigènes (en tant qu'elles sont produites sur le même sol, alternativement avec le blé, etc.) et à la longue le salaire ont avec lui une relation intime (5). Cette qualité de denrée de première nécessité, qui appartient au blé par excellence, fait sans cesse varier son prix, d'année en année et de mois en mois (4), mais elle contribue à maintenir l'uniformité du prix moyen d'un certain nombre d'années (5, 6). Le blé est un article qui ne peut jamais passer de mode; et il possède la propriété de régler lui-même à la longue la demande (ilalthm). Si, par suite d'une amélioration importante des procédés agricoles, les frais généraux de production du blé viennent à diminuer de moitié^ on ne tarde point à constater un accroissement notable de la population ; et par contre, la population diminue d'une manière sensible, si quelque motif acci-
318 HISTOIRE OBS P^If.
denUl, (soisfue U desiniption des q)ay^ps d'|iTiga(io|i {irti9r cielle, ou (pute ^utre c^use jlu déplip f)erggrici|lture, augmenta les frais de production djss céréales, d'iipe pi^nière permaneut^. •- Di| res^^, |e prjx moyen du blé, ci^lpnl^ sur upe longue série d'anqées, n'es^ pas toujours invariable : une consoipoi^MoQ croissante obligp d|S recourir à des spurees de pvoductipB moins abondantes, ce qui fajt, en général, monter les prix, p est vrai que les progrès f]e Ia ^cie^ce agrjpole et les ^mé\i^rsitions apportiées dans le cofûm^jce ()es grgins réagissent ^ oolrit çjB^te tencjsnpgj ils peqven^ k P^njenir p^fu^me la faire ^gip pwr danf un (eipps PP sen§ cnntra|rp, et le peuple se trouve excité par se^ InMi^^ts les pluç vjfs et les p|u§ phers ^ tjrer parti ^h cgl^e rppsQurcp. Nésnfnqjns, quelque flpinbrensps que ^Q^m le^ exception^, lar^gte n'en cpn^n.Vp pgs uiplf^ ^ snbsis^er (7). Si )*pn constitiiai^ une rente perp|éMrpl[p son§ lj| pnpditipn àê y^yaf une somipe équivalente au prii^ moyen d'une pertajne quantité de blé pendant les tpentp dernières anné^» )a yateur réelle de cette fedev^n<^^ ^^ n^anquerait pa^ d'augn^^nter ^vec Ips prpgrès de la culture (8). Pour p))teuir quelque chose de p)||« staj^lp^ il f9u4Rit cpn)biner )a pfe^^ition de \>\é javec id'aiitrei biens de prep^ière nécessité, dont ta y^^V^ ^^ dépend p^§ ^u m^^ché de§ ç^r/§ale$. On pourrait, p^r exen^pl^* fixer un t|pv§ de 1^ ypu.te ^ percevoir d'iïprè^ le pri^ nipyen d'uRe certaîiig qu^n^itéde blé, un secpu^ tiers d'après nni^ quautjt^ cpnvenjis dp pièces de vêtements, e|t enfin le 4Prn|er tiers pn pié^gn^ prépieux 4 uop nature ()é.tprininép; mais |e tou); payable en espècps. Les métaux préc|efi^ pr/^sentent, fpu^ beaupoupde raj^pprts, un contraste §| frapp^n^ 9F<^^ 1^ I>I4? ^ <^!? 4UÎ conppFi^ les propriétés res^pctiyes 4^ nécessité, de fi^pilité de transport, de jdurée, etc., .q^ue ces defix çprtps de bim$ foot parfaiteg)#iH ^ na^re à se cpntre-b^lancer Tupe ('autre (9).
(i) 6'est là ce que Hermann (St. Ootersuch., p. lui) désigne sous le nom 4^ i^^^fif^ fîi^lh ^» !'9rgej?i- ^' up i^términt ^SHÎ #ii cett» bmt
tîére, Pqrter (progjpes? of the nation, III, ch. xi|, p. 438? »eq.). NatureU/eiDBDt tous les ^jens n'ont pas, cous ce rapport, la Tf^èif^ ÎJnBff^^Dp§| à soninne égale ; ainsi, p^r exemple, le salaire [)e9 journaliers^ n'/iura pgf a «ouffrir d'une viiriation moyennp dan$ le prif de$ diaf)[^|if}|s, Jn^[9 il sera dtt^injt, 4 Aoup sûr, p.ar la .diminution 4u rey^^u du 3pnv^ra|l}. L'ôuv^age de f^pue (t.'Âf)gleterre d^ij^^p él.at acfu.e|, tradujfpar /^^j9^, 18â3, ch. viH ^lix) renferme de prépieuçes rephe^ches sprPP^te îffîpprr tante par^e de la statistique. Le pfixd'et^tre.tien 4't^n invalide à Che}s/3§, en paifl, viande, |)eurre, frjQjn^ge? gfHf tf ^^ 5,e| piontait, ^uf t^fmesd^ marchés conclus, ea IjBOp é 8 pef^jcp^ jep 180^ 4 U pei^pe, eq Ig},;^ e{ seq. à 13 pence i/8«» en 1818 à 10 pence, de 1822 à 1832 à § pej}fe}/| {Marshall, Digestofall the accounls, etc., II, p. 181).
(2) Senior (Outljnes, p. 187). Il faut encore joindre ici celte considération que la yaleur réelle du salaire conduit à des c^ncli^i^ps ejL^ctes : sur la situation économique de 1^ p^ajeure partie du pei^ple^ je|, ^n présence de la répartition ordinaire iJbe la fortun.e publique, sur le degré d'après lequel la nation a su, en général, uiiiiser les forces delà nature.
(3) Ricardo (ch. xxii) réfute seulement l'opinion d'après laquelle une augmentation du salaire, motivée par la hausse du prix du bfé, devrait forcément a menjer le renchérissement de tous lesbiens^ coini/^je prpduits du travail.
(À) V. S 103. ie setier de fropient O***»^) coâtait à Paris, le ë mars 4817, 55 francs 60 cent., — le 2 avril W francs, — le 23 avril 60 francs, — le 44 mai Q3 francs, — le â4 mai 60 francs, -r le 28 mai 75 francs, -r- le 4 juin 82 francs, — le 44 juin 02 francs (Tooke, History of pr.H,p.47).
(6) Locke (p. 98). Lorsque Condillac reconnaît le blé comme la meilleure mesure pour déterminer le vrai prix, il ajoute comme condition que le commerce jouisse toujours et partout d*une liberté pleine et entière (Commerce et gouvernement, I, 473). Au contraire, c^esten soumettant le commerce à la direction absolue de l'Ëtat, que Pichte admet le blé comme la mesure fondamentale des prix (Gesdi. flande'lstaat, p. 47, seq.).
(6) On doit établir la moyenne du prix d'après les cours d'un nombre d'années assez considérable ; en effets ce ne sont pas seulement les années, mais les périodes décennales qui différent beaucoup entre elle^, pour les résultats de la récolte. Ainsi les années 1692 à 1699, 1765 à 1776 ont été pour le nord-ouest de FEurope, presque sans interruption, des années mauvaises ou médiocres^ tandis que de 4730 à 1764 il n'y a eu que deux récolles manquées. La Frauce, à partir de 1684, avait eu successivement huit récoltes excellentes ; TAngleterre, au contraire, de 1793 à 1812, ne compta que trois bonnes années^ six moyennes, onze
délesUbles {Roscher, Kornhandel und Theuerangs Polilik, p. 47, seq.). Les grandes guerres jettenl aussi une lelle perturbalion dans Tagricuiture, que le prix du blé éprouve une hausse considérable.
(7) La plupart des pays passent, en ce qui regarde le commerce des grains, par ces trois périodes : exportation qui dépasse de beaucoup l'importation; équilibre; importation qui domine à son tour (iftc^^/ Chevalier, Cours, III, p. 74, seq.). V. déjà Tacite (Ann., XII, 43). Si Ton fait abstraction des deux années les plus chères et aussi des deux années du meilleur marché, voici comment se sont comportées les diverses provinces de la monarchie prussienne (30 silbergros =: un thaUr zz 3 fr. 75 cent.) :
Prix du seigle, I8ia-1837. Population par mille
carré* i837.
Tout le royaume 40 silbergros. S776
Province de Prusse 33,S 18S7
Province de Posen 34,3 3180
Brandebourg, Poméranie. . 38,4 . 2093
Saxe 40,3 3396
Silésie 38 3613
Westphalie 47,7 3600
Provinces rhénanes 49,4 5078
(Rau, Lehrbuch, I, §183). Quand peut-on admettre que le prix du blé n'a subi aucun changement? V. Hermann (loc, cit,, p. 125, seq.).
(8) Petty recommandait comme mesure du prix la moyenne de ce qui est nécessaire pour la nourriture journalière d*un homme (days-food), en la ramenant aux denrées l'es moins chères (Polit, anatomy of Ireland, p. 62, seq.). Tkaer admettait comm.e telle le salaire le moins élevé, représenté par une quantité de seigle égale à il9^ de scheffel (boisseau de 35 litres). Pareillement Malthus (Principles, f éd.), et Buquoy (Théorie der Nationalwirtschaft, p. 240). Gela revient pourtant à employer comme mesure de prix, au lieu du blé en général, certaines quantités et qualités déterminées arbitrairement. V. sur les essais tentés pendant la Révolution française, à la suite de la dépréciation des assignats, Michel Chevalier (Cours, III, p. 98) et Constitution de 1795 (Y, 68 ; VI, 173). Le comte Soden demande que tous les impôts, les traitements des employés de TËtat, etc., soient réglés d après le prix du blé (Nat. OEk., II, p. 338, seq.).
(9) Tout ceci a déj;i été reconnu en général par Locke (Considérations, p. 24) et par Galiani (Deila moneta, II, 2) ; Ad. Smilh (I, ch. V).
HISTOIRE DKS PRIX. 321
niSTOIER DU PRIX DBS CHOSES LES PLUS NBGESSAIEES A LA VIE.
Plus l'économie publique se développe, et plus renchérissent d'ordinaire dans la même proportion les biens pour la produc^ tion desquels la nature remplit le rôle d'agent principal; on voit baisser, au contraire, le prix des objets que le travail et le capital concourent surtout à créer (1). Cela ne s'explique pas seulement par la faculté presque indéfinie d'accroissement que possèdent le travail et les capitaux, tandis que les forces de la nature qui peuvent avoir une valeur en échange sont essentiellement limitées ; cela vient surtout de ce que chaque augmentation du travail et du capital employés donne d'ordinaire un revenu relatij^ement plus faible dans la production agricole, et plus considérable dans la production industrielle et dans le commerce (§ 33, seq.) (2). — La proportion entre le prix des diverses marchandises permet ainsi de tirer des conclusions importantes quant au degré de culture qu'un pays a atteint. C'est en vertu de la même loi que les peuples jeunes, à leur début dans la carrière de la production, chez lesquels prédomine Télément purement naturel des matières brutes, demandent de préférence aux nations parvenues à un haut degré de civilisation tout ce dont ils ont besoin en fait de commerce et d'industrie. Ces dernières sont en état, et elles ont Thabitude de fournir eu échange d'une quantité donnée de produits naturels le plus de produits fabriqués, de la meilleure qualité, et réciproquement; au moyen de ce commerce, les besoins les plus essentiels et la possibilité la plus complète de les satisfaire avec une grande facilité trouvent un point de rencontre (3).
(1)V. /. Tacher (Four tracts on polit, and commercial snbjecls, p. 28 seq.), qui regarde comme une règle sans exception, que les operose
3M HISTOlKB DR» PRIX.
or complicated manufactures sont au meilleur marché dans les pays riches, et les raw materials dans les pays pauvres. Ainsi, par exemple, d^uD côlé, lé blé (?) et les produits du jardinage, et de Taulre le bétail, la laine, le lait, les cuirs, la viande. Les navires et tous les objets mobiliers sont à meilleur compte chet les uns ; le bois, qui est presque un produit spontané de la nature, chez les autres. Y. surtout Ad, Smith (W.ofN.,I,ch. ii;DigrO.
(2) Senior (Oullines, p. 119, seq.) calcule de la sorte : Sur les 45 pence que coûte un pain anglais, il faut en compter 10 pour Tachât du froment, les B autres reviennent au meunier, au boulanger, etc. A supposer 4odc qut le prii du froment, par suite d'une dimando plus considérable, ou des difOcultés survenues dans la production, s^élàveà 20 pence, les frais de fabrication, etc., descendraient peut-être, en vertu d'une division du travail mieux entendue, à 3 pence 3/4; le prix du pain se réduirait donc à ^ pencè 3/4. Il en est tout autrement des dçntelles : une matière première valant 2 schellings peut se transformer ici, en raison du travail, en un produit d'une valeur de 105 livres ster^ ling. Si la consommation augmentait au point de faire monter la matière première jusqu'à 4 schellings, la diminution simultanée des frais de fabrication portant seulement sur un quart du prix total forait pourtant descendre le prix à, 78 livres 19 schellings.
(3) Si les peupler, de la Baltique, par exemple, ont entretenu de préférence des relations commerciales avec les villes anséatiqués, la fiotlande et TAngleterre, c'est-é-dii-e avec les nations industrielles et com«> merçanles par excellence, ils n'ont recherché en cela que leur propre intérêt. Pour se rendre èompte du degré considérable de développement auquel peot atteindre, sous beaucoup de rapports, ce trafic entré lés old et neu7 çountri$$, Y. Torréns. (Th^ Budget : On commercial and colonial policy, 1844), et précédemment d^jà Wakefiêld (ËngUod and Américain, 1833).
A. Voici là marche progressive que suivent beaucoup de pfoduks bruts. Dans Tenfance de la civilisation, Us viennent spontanément en telle abondance, quMl suffit d'un travail trèsmodéré, qui se réduit presque à Toccupation, pour répondre, et au delà, aux exigences d'une demande fort restreinte. Les prix sont naturellement très-bas, mais ils s'élèvent à mesure que la civilisation fait des progrès, et cela par une double
R18TOIRB DBS PRIX. 3*23
cause : parce que la demande prend elle-même de jour en jour des proportions plus considérables ; et parce que les sources naturelles et spontanées de la production, obligées de répondre à des besoins nouveaux^ coulent avec moins d'abondance (1)» Les prix continuent de monter jusqu'à ce qu'on en vienne h contracter l'habitude de recourir à une production, véritable fruit d'un travail sérieux, au lieu de se borner à la simple occupation spontanée des dons delà nature. Dès lors, la tendance naturelle qui amène les prix à prendre leur niveau fait obtenir à la marchandise une valeur en échange égale à celle des objets qui ont exigé la même somme de forces productives. Si des raisons particulières empêchaient la production proprement dite, ou ne lui permettaient point de prendre un développement considérable, les prix seraient réglés suivant les exigences d*affection ou de vanité et n'auraient d'autres limites que les moyens disponibles des acheteurs. Tel est le cas du gibier ((2); tandis que les animaux domestiques (5), le produit de la pêche d'eau douce (4) ei le bois (5) suivent la règle que nous avons tracée plus haut.
(A) Le défrichement des forêts vierges, la culture des prairies natureUes, etc.
(2) En Russie, le peuple, jusque dans les basses classes, mangjB fréquemment de l'élan, du lièvre, du canard sauvage (Kohi, Reise in Russland, II, p. 386). Toutefois, il parait que le gibier a monté à Saint Pétersbourg depuis le régne de Pierre le Grand jusqu'à celui d'Alexandre I*"' dans la proportion de i : 6-7 (Storch, Handbuch, I, p. 368J. Le mouton, le bœuf et te veau coûtaient en 1807 à Pillsburg de 4 à 6 cents la livre, et le gibier de 3 à 4 4/2 (Melish, Travels through Ihe Un. St., Il, p. 57). Plus on veille à la chasse, et plus longtemps dure le bas prix du gibier, surtout lorsqu'il devient d'un accès plus dlflicileaux pauvres. Les modernes ont rarement songé à élever le gibier par des moyens artificiels ; chez les Romains non plus on ne s'occupait guère d'engraisser que les lièvres et les grives, etc. (Varro^ R. R., III, 12, seq. ; Columella, R. R., VIII, 10). Delà les prix énormes qu'avaitatteints le gibier et dont Pline (Hist. N., X.» 43) cite un exemple tiré de Tépoque impériale. Polybe, de son côté, nous assure que, de son temps, on pouvait avoir e» Lusitanie le gibier pr^que pour rien (XXXIV, 8, 7).
(3) Â Buenos-Ayres on voyail encore au dix-nen?iénie siècle des mendiants à cheval {liobertson, Lctters on S. America, II, p. 294). A Kras-nojarsk, en 1770, un bœuf coulait 1 rouble 1/2, une vache 1 rouble, un cheval de 2 à 3 roubles, un mouton de 0.3 d 0.5 rouble» un chevreuil 0.15 rouble (l*allas, Sibirische Reise, III, p. 5; II, p. 12). Diaprés les renvarquables Tables of priées, dans Sir F. -M, Eden (State of the poor, III ; Append., I),.on voit que
de 1135 à 1126, un bœuf gras valait 1 sch. ; 1 quai^ter de froment, SO scb.
en 1293. — 5 3/* — 8
en 1313, — 6 2/3 — 5 1/i
en 1406, — 9 1/2 — i 1/2
eu lii*, - 31 2/3 — i 1/3
en U63, - 10-20 — 12/3 à 4 2/3
V. Hume (flistory of England, a. 1327). Sous Henri VIII, la nourriture 'des pauvres consistait généralement en viande de veau, de bœuf, de mou ion et de porc qui coulait en moyenne 1/2 penny la livre, tandis que le blé allait jusqu'à 7 et même 8 schellings le quarter (PricCy Observations, II, p. 148, seq.). Il résulte pareillement des reasonable priées, que Charles l^' ùi établir eu 1633 par des jurés, que la viande de toute sorte était alors à beaucoup meilleur marché que le blé, en comparaison avec notre époque (Rymer, Pœdera, XIX, p. 511; Andersoriy Ôrlgin of commerce, a. 1633). Une livre de pain d'avoine coûtait encore, dans plusieurs contrées de la haute Ecosse, vers le milieu du dix-septiéme siècle, autant et plus qu'une livre de la meilleure viande. La réunion de ce pays avec TAngleterre, plus civilisée, ne tarda pas à changer cette situation, en sorte qu'au temps à' Ad. Smith, dans presque tout le territoire de la Grande-Bretagne, ou payait la bonne^iande de deux à quatre foisaotantque le même poids en pain de froment (W. ofN.,1, ch. u, 1). L'hôpital de Saint- Thomas, ^ Londres, payait en moyenne le stone(S livres) de bon bœuf:
de 1701 à 1710 1 sch. 7,9 pence.
de 1764 à 1773 2 3.7
de 1794 à 1803 3 5
de 1804 à 1821 4 10.9
de 1822 à 1842 3. 1,5
(Porter, Progress of the nation, III, p. 112). Un des signes les plus positifs du degré élevé de culture économique auquel la haute Italie était arrivée vers la fin du moyen âge, c*est que, au treizième et au quatorzième siècle, le prix du bétail, comparé au prix du blé^ différait peu des rapports de prix actuels (Cibrario, Ëconomia politica del medio evo, III, p. 335-383) , V. Hau (Lehrbuch, I, § 185). La livre de viande, sur la
HISTOIRE DES PHIX- 3:5
fiudu treizième siècle^ valait eu moyenne autant que trois livres depnin {Raumer^ Hohenstaufen, V^ p. 438). A Alhénes, le inédîmne de froment (52 litres) coûtait du temps de Solon aussi cher qu'un mouton, et la moitié seulement au temps de Démoslhénes [Bueckh, Slaatshnushall der AtheDer, I, p. 107, 132). —Il est du reste facile de comprendre que le prix de la viande, comparé au prix du pain, a dû baisser par suite de la multiplication des prairies artificielles; car Texagération de ce prix est assurément le motif le plus puissant pour établir celles-ci. Ainsi, le prix moyen de la viande eu Angleterre était plus élevé vers les premières années du dix-septième siècle que du temps d'^Ad. Smith ; et le fait analogue relatif à la Prusse, rapporté par PodewUs (WirlhschaflserfahruDgen, II, p. 15), tient à des causes toutes pareilles. De 1819 à 1832, OD achetait en moyenne dans les Etats prussiens 20,1 livres do bœuf avec 100 livres de seigle, à savoir : en Westphalie^ 34,6 ; en Silésie, 26,3 ; dans les provinces rhénanes, 23,7 ; à Posen, 19,5; en Prusse, 18,1; dans le Brandebourg et la Poméranie, 17,7; en Saxe, 16,7.— Tous les calculs de ce genre reposent sur une base commune : les prairies et les pAturages doivent finir pardonner le même produit en viande, etc., que les champs d'égale étendue, d'égale qualité comme terroir et situés dans la même position, donnent en blé, etc. Suivant Block^un arpent prussien ( morgen ) de première qualité rapporte en herbage l'équivalent de 1,000 livres de foin, en trèfle de 2,420 livres, et si Ton y a planté des betteraves ou des pommes de terre, 6,030 A 6,930 livres. Joignez à cela le calcul de Lengerke, diaprés lequel Téquivalent de 110 livres de foin> consommé par le bétail produit en moyenne 40 livres de lait, et de 3 livres 1/2 à 4 livres de viande. On aurait donc, avec le total énoncé |)lus haut, 36—88 et de 220 â 252 livres de viande. Quant au rendement en froment, Lengerke l'évalue en moyenne, pour les meilleures terres, à 14 scheffel {boisseaux, c'est à-dire environ-7 hectolitres 1/2) prussiens par année et par morgen (de 25 ares 1/2). (Chaque scheffel pesant 80 livres, ce serait en tout 1 ,120 livres.)
(4) Une chose tout à fait caractéristique, relativement â la pèche fluviale, c'est la tradition de tant de lieux différents, qui nous rappelle la condition stipulée autrefois par les serviteurs, de ne manger du saumon que deux fois par semaine; on la retrouve sur les bords de l'Elbe, du Hhin et ailleurs. V. aussi TTiaaru/) (Daenische Statistik, I, p. 112). En Ecosse, vers la fin du dix- septième siècle, on stipulait qu'ils ne seraient tenus d'en manger que cinq fois par semaine (Walter Scott. Old morta- Hty, ch. vni).— Les anciens Romains ont essayé de reproduire artificiel^ lement les poissons de mer, dans des étangs; en somme, la règle donnée par Ad, Smith doit s'appliquer ici, â savoir : qu'on ne saurait, la plupart du temps, satisfaire une demande dix fois plus considérable que par nn travail plus que décuple (I, p. 370, éd. Basil.). Ce qui peut jusqu'à
un certain point troubler ce résultat, c'est rimmensité de la source a laquelle la pêche va puiser, rinûnîdela mer. En effet, les perfectionnements apportés par la science à Tart de la navigation, et les connaissances en géographie chaque jour plus complètes, peuvent compenser pour longtemps Tépuisement des mers les plus voisines des côtes, ou même l'emporter sur cet inconvénient.
(5J Chez un grand nombre de peuples dont la civilisation est peu avancée, toute l'exploitation agricole repose sur l'ineinération des forêts. Les bois de Harzgerode furent comptés, en 1650, à la ligne ducale d*Ânhalt-Bernbourg pour un revenu annuel de 6,000 reichsthalers ; cent ans plus tard, ils rapportaient environ 70,000 reichsthalers, quoi* que leur économie eût fait fort peu de progrès (Justi^ Staatswlrtschaft, II, p. 2H). Voici un exemple qui prouve combien le sens du mol cherté, attribué au bois ou à toute autre denrée, est essentiellement relatif : ainsi, on se plaignait beaucoup en Bavière (1840) de ce que le prix du bois s'était élevé dans le cercle del'Isarde 6 à9 florins le klafler (corde); dans les cercles de Regen et du Mein inférieur, de 11-14 à 15-18 florins; dans le cercle du Rhin, de 15-18â 20-26 florins (Rau, Lehrbuch, m, $ 150, a,). Au reste, les progrès deJa culture font hausser le prix du bois sur pied bien plus rapidement que celui du bois porté au marché, car le capital et le travail entraient déjà dans le coût de celui-ci pour une part plus forte (Rau^ I, § 385).
B. Les prix tendent à s'élever d'abord pour la catégorie de ces biens, qui se trouve placée dans les conditions les plus favorables à la recherche d'un marchés en raison du peu de volume, de la valeur relativement élevée, et de la propriété d*étre conservée longtemps sans détérioration. Ceci s'applique notamment aux peaux, aux toisons, au poil, aux plumes, aux dents, aux cornes d'animaux, etc./ tous objets qui exercent la spéculation des éleveurs dans les pays peu avancés, où l'on se préoccupe moins de la viande elle-même que de ces produits accessoires. On préfère, et avec raison, puisqu*on y trouve plus d'avantage, produire grossièrement une grande quantité d'animaux, plutôt que de nourrir des bêtes de choix, en nombre plus réduit; car le» soins donnés à l'élève du bétail influept beau-
HISTOIRE DBS PniX. 3*27
cèup pins sur le corps de Tanimal que sur Tenveloppe (1). 8'agit-il du poisson, fecaviar, lacolle, Vhuile, les baleines, etc., jouent exactement le même rôle (2) ; par rapport à réconomiô forestière, il faut en dire autant de la poix, du goudron, de là potasse, etc. , et même, sous quelques rapports, du bois de construction (3). La hausse du prix n'a lieu que bien plus tard, au contraire, pour les produits dont le volume considérable ou la difficulté de conservation empêcbenl le transport. Il faut ranger avant tout dans cette catégorie le lait qui, à Tétat naturel, ne saurait devenir un objet sérieux de spéculation qu'au milieu d une civilisation avancée et surtout dans le voisinage des grandes villes (4). Sans doute, il est possible de rendre le lait très-transportable et de le conserver longtemps si on le transforme en beurre ou en fromage; mais pour approprier au com* merce ce genre de manipulation, il faut un soin minutieux et une propreté qui ne se rencontrent que chez les peuples civilisés (§ 229) ; d'ailleurs, la fabrication du bon fromage demande toujours un temps assez long, elle entraîne donc une avance de capitaux, qu'un peuple pauvre est naturellement hors d'état de fournir (5). Les vaches sont surtout destinées à fournir le lait; augsi leur prix §'élève.i-il ordinairement plu$ tard que celui des bœufs (6), et beaucoup plus rapidement, au sein des civilisations avancées. Il se passe quelque chose d'analogue pour les produits qui proviennent du déchet ou qui naissent du ré^ 3idH d'autres industries, exercées d'une manière distincte. Aussi longtemps que ces industries se suffisent, les frais de la production secondaire sont évidemment presque nuls, et le prix doit se maintenir fort bas. Voilà pourquoi le porc est proportionnellement bon marché h deux périodes de Téconomîe publique extrêmement différentes Tune de l'autre : d'abord, lorsque aux premiers âges de la civilisation il trouve abondamment à se repaître des fatnes et des glands, dont le sol des forêts vierges est couvert; et puis, quand on
peut le considérer'comme le produit accessoire d'une sucrerie, d'une distillerie, etc., ou comme une sorte de commensal» dont la présence au sein de nombreux ménages d'ouvriers et de paysans, permet de tirer parti des déchets de la consommation et de la production (7). En dehors de ces deux situations très-différentes, le prix du porc augmente rapidement avec les progrès de la culture (8, 9, 10).
(i) Les expériences récemment faîles par Wolff, à Moeckern, ont appris que^ chez les moutons nourris de foin, la toison devient beaucoup plus pesante, et la chairi au contraire, prend beaucoup moins de graisse que chez ceux dont la nourriture est plus compacte. Tandis qu^on calcule aujourd'hui en Angleterre que la laine des moutons dits Soulh-Doton donne à peine un dixième de la valeur, relativement à la chair (/aco6. On corntrade, p. 166), un bélier gras de première qualité valait, après la tonte, 3schellings en 1549, et4 schelliiigsl/âavanl; une brebis grasse après la tonte, 2 schellings ; avant, 2 schellings 1/2. Vers 1S0O, un mouton avant la tonte valait 12 pence ; une toison, 4 pence 1/2 ; en 1314, un mouton gras avant la tonte, 20 pence, et après, 14 pence ; en 1301 , un mouton avec sa toison, 12 pence, et dépouillé, 8 pence [Eden). Même sous la domination anglo-saxonne, la toison valait à elle seule 40 pour 100 de la valeur totale de Tanimal (D. Hume). Pendant la famine de 1315, le prix du mouton en laine monta jusqu'à 5 schellings, et sans la laine à 3 schellings 1/2 ( %mer, Fœdera, IV, p. 510). W. Maccann (Two thousand miles ride through the Argentine Provinces, 1853, I, p. 151) raconte qu'il acheta dans Tintérieur des terres 8,000 moutons au prix de 18 pence la douzaine, et qu'il 'vendit plus tard leur toison, après une marche de 200 milles anglais, à raison de 60 pence la douzaine. Autrefois, à Goya, un cheval vivant coûtait 3 pence, son cuir se vendait 12 pence sur la côte, et Ton comptait 3 pence pour abattre Tanimal, 3 pence pour le dépouiller et pour nettoyer la peau,
3 pence pour le transport (Robertson). Le cuir et le suif d*un bœuf étaient vendus presque aussi cher en Irlande vers 1673, dans une ville de commerce, que le bceuf tout entier avait clé payé au marché du village le plus voisin (Temple, Works, III, p. 13j. On payait, en Angleterre, en 1848, un bœuf entier 4 schellings, le cuir 1 schelling, une paire de bottes 3 schellings 1/2 (Eden). En Saxe, au contraire, le prix moyen acluel d*un bœuf est d'environ 48 ihalers, et celui du cuir
4 Ihalers 21 silbergros (Engel). De 1842 à 1847, la Russie a exporté pour 72,636,166 roubles d'argent de suif, 1,852,137 roubles de crins, 10,811,735 roubles de soies de cochon, 7,387,140 roubles de peaux
HISTOIRB DES PR|&. 329
brutes, 36,159»452 roubles de laine, mais seulemeul pour 370,362 roubles de viande, el des animaux sur pied pour 6,853,241 roubles (P. Storch, Der Bauernstand Russlands, p, 280, seq). Le suif y est dix fois plus cher que le même volume en blé {Steinhaus^ Russlands iudustrielle und commercielle Verhaeltnisse, p. 294, seq..; tandis qu'en Saxe la livre de froment coûte en moyenne 7,8 pfennigs, la livre de suif 50 pfennigs. Du temps de Pallas, les Cosaques chassaient les chèvres de leurs steppes presque uniquement pour avoir les cornes et la peau (Rcise, 1(1, p. 524) ; tandis que les Grecs tiraient les cornes de bœuf de la Macédoine et de la Thrace (HerodoL, VII, 126), c/est une preuve éclatante de haute civilisation qu'à Athènes (?,), vers Tolympiade 100^, une peau de bœuf ne valait que 3 drachmes, pendant que ranimai entier en coûtait 77 (Boeckh, Staalshaush., I, p. 105, seq.). — Comme le bœufest, par excellence, à la fois animal de travail et de consommation, et que le mouton, au contraire, est surtout recherché à cause de sa laine, on comprend pourquoi le prix du bœuf augmente proportionnellement beaucoup plus que le prix dû mouton, à mesure que la civilisation progresse. Un bœuf avait une valeur égale à cinq moutons é Athènes, du temps de Solon (Plutarch.^ Solon, 23) ; il en était de même au temps de Polybe dans les pays arriérés, tandis qu*à Rome, quatre cent cinquante-six ans avant Jésus-Christ, on donnait déjà dix moutons contre un bœuf (Polyb., XXXIV, 8; Ge//., XI, 1). Pourquoi les choses se passaient-elles ainsi à Rome dés les premiers temps de la République? (P^ut., Popl., II). En Angleterre, le rapport existant entre un bœuf et un mouton était, en 997, comme 6 :1 {Henry) ; en 1125 = 12 pence : 4 p.; en 1182 « 60 p.: 9 1/2 p.; en 1197 = 36 p. :4p.; en 1229 = 96 p. : 12 p.; en 1298 « 80 p. : 12 p.; en 1301 = 120 p. : 12 p.; en 1325 = 15-18 scheilings : 1 1/6 sch.; en 1336 = 6 sch.2/3 : 1/2— 2/3sch.; en 1348 = 4 sch. : 1/3 sch.; en 1368 = 9 sch. ; 5/6 sch.; en 1393 = 20 sch. 1/3 : 1 sch. 2/3 ; en 1467 = 20 sch. : 2 sch. ; en 1500 = 11 sch. 2/3 : 1 sch.; en 1511 « 13 sch. 1/3 : 1 sch. 2/3 ; en 1528 « 26 sch. 2/3 : 2 sch. 2/3 ; en 1551 = 53 sch. 1/3 : 5 sch. ; en 1597 = 119 sch. 1/2 : 14 sch. 1/2 (Eden). Le rapport actuel peut être comme 10—20 : 1 . En Saxe seulement comme 48 Ihalers est à 5,27 (Engel),
(2) En 1793, la Russie exporta pour 10,000 roubles de poisson, pour 452,000 roubles de colle, et pour 188,000 roubles de caviar (Storch, Russland, II, p. 184). Aujourd'hui, les choses ont déjà changé; voilà comment se divise Texportation de ce produit : 64 pour 100 en colle de poisson, 27 pour 100 en caviar, 7 pour 100 en poissons entiers {Stein" hms^ Russlands industrielle und commercielle Verhaeltnisse, p. 102, 368)* Les pécheurs d'Astrakan rejettent néanmoins toujours encore dans le fleuve la plus grande partie des innombrables esturgeons qu'ils prennent (PallaSy Beise im suedl. Russland, I, p, 189;; SlH^hauSj p. 99),
330 HISTOIRE DKS PRIX.
Les poitsonn salés se prêtent à un transport lointain, non- seulement parce qu'il est fhcilo do les oonsenrer, mais encore parce qu'on les prend el qu'on les prépare sur Teau» qui sert de route au commerce. Athènes recevait de la mer P^oire, outre le bois, le goudron, la laine, les peaux, les eorcUges, le miel, la cire et les esclaves, principalement les poissons salés (Wolff, Z. Demosth. Leptin., 251; Boeekh, Staatshaush., I, p. Si). Elle les lir.iit aussi de la Sardaigne, de l'Egypte et de TEspagoe (PoUux, VI. 48).
(3) Les contrées qui produisent surtout la potasse sont la Russie et l'Amérique septentrionale ; on calcule qu'un quintal de ce produit demande, en moyenne, i80 quintaux de bois (Pfeil, Gruudsaetzeder Forslwirthsoh., in Beiug auf Nnt. OEkon , etc., I, p. 128). Le prix du bois à brAler a plus que triplé^ dans le Wurtemberg, de 1800 à 1840; ctlui du bois de construction n'a augmenté que de 60 pour 100 (DeuUche Vierleljahrschrifl, 1847, n« 4, p. 404).
(4) Pendant que les peuples barbares ne se préoccupent que trés«pea, ou même point, de tirer parti du lait de leur bétail (Roscher, Ideen su Politik und Statistik der Ackerbau système, Arehiv der polit. OEk., nouvelle série III, p. 202), on calcule qu'en Saxe le produit des bêles â cornet s'élève annuellement, pour le Ult,é lOmillious de thalers, pour la viande é 2 millions, et que leurs services divers ont une valeur de 3 millions (Engel),
(8) Go sait que les pays qui produisent le plus de fromages sont la Hollande, le Limbourg, la Huisse, Glocester, Chester, le Ayrshire. Y. Ihschér {loe. oit., p. 199, seq.).
(Q) Vers Tan iOOO, une vache valait autant que deux moutons (Andêrson, Origin of commerce, a. 079). L^ meilleur beurre ne se payait, en 4ë90, qu'un penny la livre, pendant que le porc coûtait 1 penny 1/8, le veau et le mouton 1 penny 1/2, le bœuf 2 penny 1/4. Le prix du beurre est excessivement variable au seizième siècle (Eden).
(7) La viande du porc formait, au moyen âge, la principale nourriture animale même des classes supérieures (Buesching, Ritterzeit und Ritterwesen, 1, p, 164). La Lex salica attache une extrême importance à l'élève du porc (Tit. II-XIV : Ëmendat. Garoli Magni^ II, 1 ff.). L'archevêque de Cologne avait chaque Jour besoin de 24 gros porcs • et de 8 autres de moyenne taille ; aux trois p^randes fêtes de l'année, il lui en fallait 4 de plus ; l'abbé de Corvey (Corbie, en Westphalie, la plus ancienne et la plus riche abbaye des Bénédictins en Allemagne) faisait abattre de même tous les jours 5 porcs gras, 1 maigre, et 2 jeuues cochons (Kindlinger, Muensterische Beit.^ Urkunden, p. 147, 126). En 1345, on consommait annuellement, à la cour de Dauphiné, pour 30 personnes, 30 porcs salés et52poro8 frais, tandis que Paris mod^PAO, |vee 800,000 habitants, n'en eoniommaii par en que 32,000
HISTOIRE DBS PRIX. 331
(Roquefàrt, Histoire de la vie privée des Fr., I, p. 910, seq.). Aujonr* d'hoi (1857), avec une population aecrtie encore de moitié, et sur ano consomniation totale d'environ 84 milUona de kilo^. de viande, Paris eniploM près de 11 millions de kil. de viande de pore. *-*- Gomp. et que raconte l'Odysaée du porcher et la position qtril oocupe aux tempa héroïques de la Grèce 1 Bn Angleterre, sons le régne de Guillaume I*% Im foréla furent taiéee d'après la quantité de porcs qu'elles pouvaient nourrir (Sthcfotr, Gode of agriculture, p. 543). De nos jours la production des pores a pris des proportions énormes en Servie (cette province recevait de r Autriche seule, vers la fin du dix-, huitième siècle, la somme annuelle de 1^00^000 florins pour la vente de porcs : Rankê^ Serb. Révolution, p- 95), en Moldavie et en Valachie, aux Etats-Unis; également en Lombardie, dans les provioces rhénanes, en Belgique, dans les régions anglaises de Gloucesler» de Wiit, de Dumfries, deGalloway, qui produisent tant de lait, et dans les contrées du prolèlariat agricole^ rirlande et le Yorkshire. C'est en vertu de la même loi que le porc occupait le premier rang parmi les animaux domestiques dans les îles de la mer du Sud, et Toccupe encore aujourd'hui en Ghine, ainsi que dan» toutes les régions tropicales de TAsîe {Ritter, Erdkunde, !V, p. 938, 1101}. Il en était de même au temps de Polybe, dans litalie supérieure, assez peu avancée alors (11, 15), et dans la Gaule proprement dite, sous Auguste (Strabon^ IV, 4).
(8) Dans les villes de Prusse, soumise$ au droit d'abatage, le bœuf coûtait, en moyenne» de i silbergros 5 pfennigs à 3 silbergros 4 pfennigsit ^i ha porc de 3 silhergres 2 pfennigs â 4 siibergros 4 pfennigs {Dieterici). Encore aujourd'hui, a Moscou, la viande de pore est plus chère, tandis qu'elle était, au contraire, de beaucoup meilleur marché avant Pierre le Grand (Storch, Handbuch, I, p. 364). On peut signaler, comme une marque de civilisation, qu'à Florence , au quinzième siècle, le veau coûtait, en moyenne, 2 soldî 1/4, le mouton 2 soldi 1/6, le porc 4 soldi {Pagnint, Saggio sopra il giuslo pregîo délie cose, p. 325» seq.: CusU), Cç sont surtout les classes inférieures qui recherchent les viandes les plus grasses ; les moutons anglais trés-gras ne vont pas à Londres, mais dans les districts manufacturiers (Lauderdale, Inquiry, p. 321, seq.). N'y aurait-il pas une sorte de rapport entre le prix proportionnellement plus élevé de la viande de porc, et l'usage répandu dans le mondé élégant de Rome de manger du sanglier ? Y. làdessus ^ecA:6f (Gallus, II, p. 186).
(9) La volaille présente celte analogie de production qu'elle trouve fréquemment sa nourriture dans les débris de toutes sortes ; elle ne convient point aux pays arriérés, parce que Tobligalion d'exercer une active surveillance entraine une grande fatigue et une peine extrême. On dit qu'au Texas 10 poulets coûtent plus que 10 bœufs {Kennedyy Texas,
33^ HISTOIRE DES PKlX.
trad.de Gzaruowski, 1846, p. 115^ La volaille, qui n'esl après tout qu'on objet de luxe, n'offre d'avantage à Téleveur que dans un pays qui compte beaucoup de consommateurs aisés. Cambridge, fiuntiogdon, etc., produisent des pigeons en quantité extraordinaire {M*Culioek, Statist. account, I^ p. 189). Le nombre des œufs importés en Angleterre s'éleva, en 1850, à prés de 106 millions, dont la plus grande partie venaient de France. Depuis la révolution, la consommation parisienne en porc et ea volailles s'est notablement accrue {Michel Chevalier, Cours, I, p. 113). (10) D'après lesP hilosoph. Transact. de 1798, de Schuckburgh (Kraus, Vermischle Sclir., I, tab. 1), les marctiaBdises ci-dessous énoncées ont subi, en Angleterre, une hausse de prix, dans la période écoulée entre 1550 et 1795:
Chevaux,
de 8 tiv.
S schel.
à 19 liv.
» schel
Bœufs,
de 1
16 7/lS
Vaches,
de M
Moutons,
de »
Porcs,
de »
Ainsi les chevaux ont augmenté de 904 pour 100, les bœufs de 896 pour 100, les moulons de 876 pour 100, les vaches de 2,050 et les porcs de 1 ,964 pour 100.
Oies, de 1 schelling à S schcUings.
Beurre (la livre), de 5 penny à 11 penny 1/S.
Bière (le gallon), de 1 penny à S penny S/i.
Salaire de la campagne, de 1/2 schel. à 1 schel. 5 penny 1/4. *
Blé, de 326 pour 100.
V. Edinburgh Rev. (HI, p. 246, seq.). Dutot (Réflexions, p.946,fseq., éd. Daire) pense que la valeur des métaux précieux est tombée, de Louis XII à Louis XV, comme 3 79/91 : 1. Les prix des diversobjets.se sont, au contraire, diversement élevés :
Les moutons
gras.
de 7 sous à
10 livres
» sous
maigres.
de 5 à
io
Les cochons,
de 10 à
Les chapons,
de 1 à
Les poules.
de 1/2 à
Les pigeons.
de 1/12 à
Les chèvres,
de 1 1/2 ù
Le froment^
de 20 à
Journ. de travail (clé), de » 1/2 à » 12
— (hiver), de » 1/3 à » 6
G. Les produits qui, dès le principe, n'ont pu être obtenus que par le travail, conservent, en général, une uniformité de prix plus régulière. Toutefois, ils ne dépassent guère la somme des besoins immédiats, chez les nations peu civilisées. Dès que Téconomie publique tend à se développer, la diminution des forces de la nature, devenue plus avare, peut être plus ou moins compensée par l'abaissement du prix des capitaux et du travail. C'est ce qui a lieu eu particulier pour le blé (§ 129) (1).
D. Quant aux matières premières, qui ne sont jamais, à proprement parler, qu'un objet d'occMpoiio?î et non ie production, les matières minérales, par exemple, le progrès économique peut ne rien changer à leur valeur,- tout eu modifiant Téchelle générale des prix, souvent dans des directions diverses. L'a découverte de nouvaux gisements d'une grande richesse exerce ici une incalculable influence, et de pareils « accidents » ne dépendent que dans un sens des lois de développement 4ui dominent Thumanité : les époques oii la vie intellectuelle est le plus active sont aussi celles où Ton met le plus d'ardeur et où on réussit le mieux à découvrir les ressources naturelles qui aident au progrès (2).
(1) Le prix moyen du blé, en Thuringe, de 4558 à 1570, par rapport à celui de 1790 à 1830, a élé, à peu prés, dans la proportion de 1 à 2, tandis que toutes les espèces de viande ont enchéri à un degré beaucoup plus élevé ; le foin et la paille ont de même augmenté dans la proportion de 1 à 3^5—9 (Lotz, Handbuch, I, p. 400, seq»). Les prix des diverses espèces de céréales peuvent, au reste, être respectivement modifiés suivant les circonstances. Ainsi, le Gapitulare Snxonise (ch. a) de 797 évalue le seigle, Torge et Tavoine, comme 30 : 30 : i5 ; tandis que la taxe camcrale de Magdebourg, en 1804, établit la proportion de 17 : 14 : 8. Le prix moyen du froment, du seigle, de Torge et de Tavoine, dans le royaume de Saxe, était, de 1841 à 1849, comme 144:
â34 HISTOIRE DM FRIX.
100 : 75 : 47 (Engel). Ed admettant que le prix du seigle = 100, le froment^ l'orge, Tavoine coûtaient :
A Bruxelles : Froment. Orge. AToine.
Au seizième siècle i26,7 80 50
Au dis-^fieptième siècl«. » . . flS^tf 81|9 •!>
Au dix-huitième siècle . . . U7 86,7 (5,S
be 181S ^ 1844 ....... 156,JB » 0
De 1841 0 18ft0 lit %%,! fl
A Berlin :
De 1789 à 1818 185 74,8 94
De 18t9 à 1832 143,5 74,9 52
(Rau^ Lehrbuch, I, S 183). Pour bien comprendre ce tableau» il faut m rappeler l'augmentation Considérable de la consommation du pain de froment, de la bière d'orge et ôelle du nombre des chevaux de luxe. La différence «xtréme du prix de ravoine, dans lei possessions anglaises de TAmérique du Nord, comparé avec le prix du froment» iocomparabltment plus élevé, provient de la facilité que présente Texportation du bléi A Florence, pendant le cours du quinzième siècle, le froment se TindsU 22 sotdi 2/3, le seigle lâsoldi et Tavoine 8 soMi le sitajo {Pa* gnini, Sopra il giuslo pregio délie cose« p. 325).
(2) Les évaluations de la douane anglaise correspondent aux prix d« marché de 1606. En exprimant ces derniers = 100, le prix était
• 1826 iSSl
Pour le fer et l'aôlef 83 56
Pour la bouille 47 46
Le ferd^Ecosâe a encoi^e baissé de moitié, de 18% â 1K$0 (Mêidingêtf pv 387); la houille, i Londres, a diminué d'un ti^ri (P^^tUr),
Ë. Les produits de l'industrie dimiuueni régulièrement de priK, à proportion que la culture oconomiqtte fait des progrès; et cela d*autantplus que. dûns leur production, la division du travail et Temploi du capital Temporteut davautage sur la ma* tière première (1)» C'est ainsi que les draps fins, etc., ont éptouvé une baissé beaucoup plus considérable que les draps grossiers (2). Lorsqu'au contraire la matière première dominé dans U produit fabriqué, le prix de ce dernier peut s'élevtr
HIftTÇIRB DES PRIX. 836
avec les progrès de la civilisation. On tire» par exemple^ les objets fabriqués en bois« à beaucoup meilleur marché des pays de montagnes, où la division du travail est fort peu développée, mais où la matière première ne coûte presque rien (3).
F. Chez les peuples d'une culture avancée, le prix des marchandises baisse, surtout lorsqu'il dépeitd des relations commerciales (4). En effet, le capital seul et le travail de Thomme exercent ici leur empire presque e^clusif^ et l'oii tire grand parti des améliorations fécondes, dont profitent les moyens de communication, la sécurité légale et la concurrence (5).
6. Comme les services pêtsomitls touchent la plupart du temps à des rapports purement individuels, le principe en vertu duquel, dans les civilisations avancées, le coût du travail diminue, ne saurait guère rencontrer d'application en te qui les concerne (6). Pourtant, les progrès de la civilisation exercent, eu général, sur le prix de ces services, envisagés d'ensemble, une double influence : en premier lieu, on voit dominer progressif vement, ici comme partout, la libre concurrence, qui amène des prix plus équitables et mieux connus (par opposition à l'absence de liberté, au privilège, à la coutume) ; en outre, la division croissante du travail et de la consommation (§ 48, seq., 307) amène une gradation mieux échelonnée entre les services ordinaires et ceux d'un caractère plus élevé. Lorsque ces derniers ne sauraient fitre multipliés à volonté, leur prix peut s'élever presque indéfiniment avec la richesse des consommateurs, en vertu de l'usage auquel ils sont employés, ou par de simples motifs de vanité» La danseuse à laquelle Hérode promit dt donner la moitié de son royaume (Ev. Marc, 0, 25) présente un exemple instructif, au double point dé vue économique et moral, pour les nations qui ont dépassé l'apogée de leur civili-^ sation.
(i) Eb Angleterre, ua hçaviî coulait 2 schelliogs, en H7â ; le drap vert.
n^^O HfSTOIRE DES PRIX.
eu 1175, 2 schellin^ 10/12 Faune, et le drap rouge 5 schellings i/2 {Eden), Dans les étals ie Poiiest de l'Amérique septentrionale, le paysan donne 2 livres de laine brute pour 1 livre de laine filée ; il envoie au meunier A buihels (boisseaux) de froment en grain^ contre 3 bushels de farine {Ausland, 1843, n<> 68); tandis qu'à Ravenne, le prix de monture n'était déjà^ au treizième siècle, que le 1/10 (Raumer, Hobenstaufen, V, p. 437, d*aprés les taxes officielles citées par Fantazzi, Monum. Ravennat.), et dans TÂllemagne moderne, ordinairement 1/16 du prix de la matière première. En 1806, on ne pouvait avoir, à la Guyane, une selle très-ordinaire avec la bride, à moins de 10 guinées 1/2 {Pinckard, Notes on the W. Indies, III, 1806). Le comte Goriz dat payer, à Demcrara, pour une misérable canne de parapluie, 4 florins; pourle nettoyage de son fusil, 5 florins 24 kreulzers; un autre voyageur 5 dollars pour faire graisser sa voiture (Ausland, 1846, n^ 40). Une robe coûte, à Mobile, quatre fois autant qu'à Londres ou à Paris {Ck, Lydl, Second visil to the Un. States^ II, p. 70}. Les prix des vêtements, à Athènes, même pour les pauvres^ ne furent jamais, proportion gardée, aussi bas que de nos jours dans les pays civilisés. V. Plutarch. (De tranquill. anim., lOj.
(2) Dans la haute Italie^ en 1376, la toile de Reims coûtait 7^04 lires Tauoe; le drap noir de Monana 2,83^ le drap vert de Malines 43,83, celui dTpres 47,04, le drap écarlale de Malines 70,44 lires l'aune, Técarlate fin de Bruxelles, 135 lires (Ct6rario, loc. cit.). Aujourd'hui, sur le marché de Leipzig, la différence de prix entre le drap le plus cher et celui qui est le meilleur marché dépasse à peine la proportion de 18: 1. Scaruffi (Sulle monete, 1579, p. 163 : Gustodi) fait observer que la toile de chanvre et d*aulres objets grossiers de ce genre sont « beaucoup plus montés » que le brocard; il en attribue la cause uniquement au désordre introduit dans le système monétaire. Ce phénomène est bien mieux expliqué par Ad. Smith (I, p. 386, éd. Bas).
(3) Ainsi en Angleterre issa issi
le prix du verre était de 387 364 %
— du cuir — 285 123 Vo
— des soieries — 158 249 «/« de celui de Tannée 1696 (Rau). Le salaire des ouvriers employés à la fabrication des vingt-neuf sortes de produits chimiques de Tindustrie parisienne ne s'élevait en moyenne qu'à 7,4 pour 100 du prix de vente, et pour quelques-uns méuie 1—2 pour 100 (Chabrol, Recherches statistiques sur la ville de Paris, 1821; Hermann, Staatsw. Unters., p. 137).
(4) Un manteau de soie, doublé de fourrure, coûtait, sous Gharlemagne, 400 scbeffels de seigle; un manteau sans fourrure en coûtait 200 (Hûllmann, Finanigeschichte^ p. 212, seq.). A Florence, au quinzième
siècle^ une livre de sucre valait aatant que quinze livres de viande de mouton {Pagnini, p. 326); à Turin, au quatorzième siècle, une livre de poivre valait autant que vingt-huit livres de lard [Cibrario^ III, p. 3S9y 362). On payait encore à la cour du duc Guillaume de Saxe, vers le milieu du quinzième siècle, i rlhlr. 8 gr. pour une livre de sucre, tandis que les pourboires donnés aux ouvriers ou serviteurs s'élevaient rarement au-dessus de 2 gros. C'est pourquoi souvent on en usait à peine une demi-livre pour le repas du prince {BUsching^ Bilterzeit, I, p. 137, seq.).
(5) Les capilulaires de Gharlemagne fixent le béné&ce des négo** ciants de 100 à 200 pour 100 (a. 809^ c. 34). Aujourd'hui encore les marchands de Kaboul ne sont souvent pas satisfaits d'un bénéfice de 300 à 400 pour 100(iir. Rilter, Ërdkunde^ VU, p. 244) ; et 4es caravanes qui partent de Maroc pour le Soudan avec des marchandises pour la valeur d'un million de piastres ont coutume d'en revenir avec des marchandises pour une valeur de 10 millions (S^etn-fTappaeus^ Handb. der Gcogr.^Àfrika^ p. 33). Bûsch (Geldumlauf, II, 10) assure que le prix des produits des Indes occidentales s'était élevé à Hambourg à prés de 70 pour 100 plus haut que dans le pays de leur origine ; Pline (H. N.^ IY> 26) parle d'un prix cent fois (?) plus élevé à Rome, et les épices^ i répoquede la domination portugaise^ étaient vendues en Europe six fois autant qu'elles avaient d'abord coûté (Crawfurd, History, III^ p. 360; K. mur, Erdkunde, V, p. 872).
(6) Humholdt (Relation historique, I, p. 374) parle d'un missionnaire qu'il rencontra prés de Gumana ; il paya une vache 7 piastres, et fut obligé d'en donner 18 pour une saignée, assez peu habilement faite: ceci tient à la nature même de Texistence coloniale ; on y rencontre les mêmes besoins que dans les civilisations les plus avancées^ sans trouver â côté les moyens de les satisfaire.
(7) Les artistes, les comédiens, les sophistes, les hétaïres renommées, étaient à cette époque payés fort cher. Le comédien Ësope jouissait d'une fortune de 20 millions de sesterces, tandis que Pompée^ par exemple, en possédait 70 millions. L'Etat allouait à Roscius, pour chaque représentation, 286 écus ; il gagnait 43,000 thalers environ par an (Mommsen^ RoemischeGesch.,111, p. 483, 547). V.(7/ceron(Pro Roscio comœdo. 10); Pline (H. N.,IX, 59; X, 72j. A la fin du dix-huitiéme siècle", les grands comédiens de Paris recevaient de 4^000 à 5,000 francs ; maintenant, un chiffre de 100,000 francs semble modéré {Journal des Economisles, mai 1854, p. 279; Steuart, Priuciples, II, ch. xxx). Àd. Smith pose plusieurs fois eh règle (par exemple, I^ p. 298, Bas.) que les superlluités, comme l'or et l'argent, coûtent le plus chez les peuples les plus riches, et que chez les peuples pauvres ce sont au contraire les objets plus né-
cessaires dont le prix est le plus élevé. Mais rofTre influe plus que la demande sur le prix constant d'une marchandise; et il faut distinguer entre Toffre qui peut être accrue à volonté et celle qui se trouve forcément renfermée dans certaines limites. Voilà ce qui rend inexacte la comparaison établie entre Targent et les œuvres de peinture ou de sculpture (p. 295) : ces dernières ont un monopole fondé sur la nature mdme des choses, tandis que l'argent étant un objet durable et portatif, samasse peut être accrue à volonté dans chaque pays.