IM
Les biens qui viennent successivement s'ajouter à la fortune {\)ne constituent pas iousun revenu. Celui-ci ne comprend que les résultats de l'activité économique (§§ 2, 11). Le produit, c'est le revenu considéré non pas au point de vue du sujet qui s'applique à Yéconomie, mais au point de vue de Véconomie elle-même ou de Vobjet sur lequel elle s'e.xerce.
Tout revenu consiste en prodnils (résultat du travail ou de l'emploi de la fortune). Le producteur peut, à sou gré, ou s'en servir lui-même, ou les échanger contre d'autres biens, afin de donner satisfactiou à un besoin plus vivement éprouvé (2). C'est doncàtortqu'ou emploie, comme cela n'arrive que trop souvent, une expression enlièremeut dépourvue de justesse, en disant que l'ouvrier vit du capital de l'entrepreneur, ou que celui-ci vil de la sueur de l'ouvrier, ou bien encore que l'homme qui exerce
un étal, etc., vit du revenu de ses pratiques (5). Aucun bon ménager {Wirlh) ne vit sur son capital, et bien moins encore sur le capital ou sur le revenu d'autrui; chacun, au contraire, vit de son revenu, des valeurs qu'il a produites lui-même, bien que le développement continuel de la division du travail dispose de moins en moins à terminer seul les produits, et à s'en servir pour une consommation immédiate. On ne devrait appeler revenu dérivé, c'est-à-dire prélevé sur autrui, que celui dont on use gratuitement {A) ..
{]) Par conséquenl aussi celles qui |iroviennent de présents, du gain à la lolerie, d'iicrilage, elc.
(:2) Ainsi, par exemple, le »•eyenu primitif de l'auteur, c'est le manuscrit, dont l'usage peut lui procurer une jouissance personnelle ; le revenu de l'éditeur, ce sont les exemplaires ((u'il a fait imprimer ; celui du libraire consiste dans son travail d'assortiment, et celui du relieur dans ses reliures. L'argent qui circule entre eux et les acheteurs est seulement le moyen d'échanger contre la nourriture, le vêtement, les services personnels, etc., la partie de leurs produits qu'ils ne peuvent utiliser euxmêmes. Cet argent lui-même a commencé par former le revenu primitif de celui ipii l'a produit. V. Mirabeau (Philosoidiie rurale, 1763, ch. ui); A(K Smilh (11, ch. ii), et surtout J.-B. Sciy (Traité, II, ch. i, 5). Sismomli (S, P., I, p. 90; II, p. 37G), dit que la propriété de capital ou de revenu n'est pas inhérente à la chose, mais dépend de la personne. V. cependant une idée contraire (I, p. U8j ; Hermann ^Staatsw. Unters., p. 297, .seq.; 33, seq.).
(3 (]'est l'idée fondamentale des écrits de Saint-Chainans (Du système d'impôt, 1820; Nouvel essai sur la richesse des nations, i82i).
(4) Par exemple, l'cnlrelieii fourni par le père aux membres de la famille -. les préseuls, les aumônes, les vols, etc. Dans uuc maison en location, il s'effectue un échmgo entre deux revenus : le locataire fournil une partie de celui qui lui appartient, coulre la jouissance de la maison (|ue procure le bailleur. Il en est de même des services personnels. Les auteurs (jui ne regardent comme protluchfs quo certains modes du travail utile doivent étendre beaucoup l'idée de revenu dérivé ou secondaire, ainsi que le font Lotz (llandbuch, III, § 133); Kau (Lehrbuch, I, !^ 218. 2ril). Canlillon pense ipie si aucun propriétaire foncier ne dé|.ensait au delà de son revenu, il serait .i peu prés impossible aux autres de devenir riches (Nature du commerce, p. 73).
DU RBVENU Ei\ ÜINEKAL.
Nous devons distinguer le revenu brut, le revenu net et lergvenu libre {\}. Le revenu brut d'une année, par exemple, consiste dans l'enseiiible de tous les biens auxquels ['économie générale a donné nnissance durant cet espace de temps. Le revenu nel (2) est la part qui reste sur le produit total, défalcation faite des frais de production (§ lOG); il peut être entièrement consommé sans diminuer la puissance de la fortune originaire [Slammvermœçien). Les valeurs nouvelles, dans les biens nouvellement obtenus, composent seules le revenu nel. Evidemment, luie grande partie de ce qu'une économie jrrivée regarde comme frais de production formera pour d'autres le revenu net, par exemple, ce que l'entrepreneur paye à titre de rente foncière, de salaire et d'Intérêt du capital. Par cette dépense, une partie de son capital circulant passe entre les mains d'autres personnes, sous forme de revenu, tandis que leur revenu primitif devient, au contraire, une partie de son capital circulant (5). — Nous appelons enfin revenu libre, la portion du revenu net qui demeure disponible après que le producteur a pu donner salisfaction aux besoins de première nécessité.
Plus les progrès de la civilisation sont grands, plus on pratique l'usage de distinguer les trois parties intégrantes du revenu, au moyen d une bonne tenue de livres (bilan économique); c'est même, quand le commerce a pris une grande activité, uue obligation légalement imposée aux personnes qui s'y consacrent. Les civilisations arriérées, avec leur abandon poéli(pie, sont hostiles h de pareils calculs. Il faut bien reconnaître aussi que l'économie naturelle, lorsqu'elle domine, rend toute tenue de livres sérieuse chose fort peu praticable (4, 5). — Le rapport du revenu net au revenu brütest le principal élément qui permet d'apprécier les avantages du mode de production. Quant au
revenu libre, c'est sur lui que repose la satisfaction des besoins plus élevés de l'existence ; il est le point de départ d'une charité rationnelle et de l'accroissement progressif de la richesse.
(1) On rencontre une indication analogne dans Sismondi ÇS. P., II, p. 230) et Hau (Lehrbnch, I, § 71, a.].
(2) Hermann (loc.cit.) l'appelle simplement revenu.
(3} J -B. Say a exag(iré celle vérité en prétendant que, pour une nation, le revenu brut el le revenu net étaient absolunment idenlii|ues (Traité, II, ch. v; Conrs praliqne, III, p. 14; IV, p. 74). En elïet, le produit brut de toules les entreprises de l'année esl beaucoup jilus considérable que le revenu uel des personnes ([ui y ont participé, car il s'y incorpore beaucoup de capitaux circulants, fruif de l'épargne faite sur le produit nel des périodes économii|ues antérieures. V. Slorch (Revenu national, p. 126); /fermann (\). 323).
(4) En Orient, établir le compte de sa fortune, c'est un acte de coupable orgueil, t|ui devrait être puni par la perle de ce qu'on possède (Burkhanlt, Travels in Arabia, I, p. 72, seq.). Dénonibremenl de la population ordonné par David (// Samuel, 24). Les Egyptiens, au contraire, ainsi que cela résulte de leurs monuments, ont dû avoir compris de Ircs-bonne heure la nécessité d'une sorte de tenue de livres. Les llomains, plus écl.iirés, l'onl pralii|uée d'une manière exacte en se servant d'une espèce de journal, dont ils reportaient chaque mois les indicalions sur un graml-Uore [adversaria — tabula expensi et accepii). V. Cicer. (Pro Uoscio Corn., 2 et 5 ; Pro Cluenl., 30; Vcrr., II, \, 23, 36). La tenue des livres, (ju'on a nommé Italienne, a élé d'un usage général, vers la lin du quinzième siècle, chez le peuple de l'Europe modiN-ne t|ui a élé le premier mûr pour la civilisalitu) ; on en attribue l'invenliou au moine Luca Paciulo di Borgo S. Sepolcro. En Angleterre, elle se répand de plus en plus, même parnn les fermiers, « tandis qu'en France ou trouverait cela aussi ridicule peut-être que la tenue des livres d'un fruitier » [Simond, Voyage eu .\nglelerre, 2'' éd., II, p. 64; Dunuxjer, Liberté du travail, VIII, o). Au reste, la différence remarquée a l'occasion de la laxu sur le revenu en Angleterre, entre l'cvaclilude tics déclarations faites par les grands industriels et les industriels moyens ou |)etils, dilïéreuce loul à l'avantage des premiers , prouve clairement la perfeclion avec la(|uelle sont tenus leurs livres, cause et effet d'une éconou)ie générale |terfeclioiiiu'e. V. Kries (Tübinger Zeitschrift. 18r)4, p. î)13). V. sur la meilleure méthode pour établir le revenu net, Cazaux (Elements d'économie publi(|ue el privée, liv. II). Il faudrait parliculiéremeiil tenir compte de raugmentation ou de la diminution, même fortuite, de In valeur des capitaux lixes.
(5) Aux ternies du Code de commerce (I, art. 8), tout commerçant est tenu d'avoir un livre-journal, pamiiliô et visé par rantorilé, qui présente jour par jour tout ce qu'il reçoit et paye, à quelque titre que ce soit, et qui énonce, mois par mois, les sommes employées à la dépense de sa maison. Il est tenu, en outre^, de faire tous les ans un inventaire exact de son actif et de son passif, inventaire signé par lui et copié sur un registre spécial. Les statuts italiens du quatorzième siècle montrent Pautorité attachée en justice au témoignage des livres de commerce [Martens, Ursprung des Wechselreclits, p. 23j.
Un des objets les plus importants (1), mais aussi les plus difficiles de la statistique, cette lenue des livres des nations, c'est le revenu public. Alin de l'apprécier exactement, on peut adopter pour base du calcul soit les biem recueillis, soit les personnes qui les obtiennent (2). — Dans le premier cas, le revenu public brut se compose : A, — des matières prcMiiières, nouvellement produites ; B, — de ce qui a été importé de l'étranger, y compris ce qui provient de la piraterie, de butin de guerre, des contributions dont les autres Etats ont été frappés, etc.; C, — de l'accroissement de valeur, que l'industrie (3) et le commerce ajoutent aux objets compris dans les deux premières catégories, jusqu'au moment delà consommation définitive ;D, — des services personnels, dans la stricte acception du terme, et de l'emploi des capitaux de consommalion; le tout évalué en argent d'après le prix moyen, en admettant que toutes les transactions (celles surtout qui sont comprises sous la lettre D) aient été librement consenties, au prix naturel (4), Il faut en déduire, pour avoir le revenu public net: A,— l'ensemble des matières employées h la production, en deliors de la consommation faite par rbomme (5); B, — les exportations qui ont servi à payer les importations; C, — l'usure subie parles capitaux fixes, de production ou de consommation.
Üans le second cas. le revenu public net embrasse les élé-
6 DU RKVF.NU KN GFNÉRAL.
nientg suivants : A, — le revenu net de toutes les économies privées, proveiKiiit de sources économiques (6) ; B, — le revenu net de l'Etat, des communes, des corporations et fondations, qui provient de leur fortune particulière ; C, — il faudra, autant que possible, dans les deux catégories ci-dessus énoncées, tenir compte de l'usage des portions de la fortune, dont on jouit directement et immédiatement (7); D, — les intérêts des dettes seront uniquement portés au cvédil du créancier, et déduits du revenu du débiteur (autrement error diijdi!). Ou ne procède pas ainsi h l'égard de Vimpôl, car celui-ci procure aux sujets d'un Eiat convenablement organisé des fcit^ns d'une valeur au moins équivalente (8).
Pour connaître le revenu public /iôrd, il faut, dans les deux hypothèses, calculer le nombre d'hommes qui vivent du revenu général, et la moyenne de leurs besoins essentiels, en évaluant celle-ci en numéraire t^9).
(1) Non sciilenieiil imiir comparer le bonheur dont jouissent, el la puissance que possèdent les divers peuples au point de vue éconoinir que, mais encore au point de vue de Vimpôt, qui ne peut être assis d'une manière pioduclivc et sans causer de préjudice, que s'il est en rapport convenable avec le revenu général,
(2j II est (pieslion des premiers dans Hau (Lehrbuch, 1, § 247). //ermaun (p. 308) parle des seconds.
(.S) Sur le terme moyen de celle augmenlalion de valeur dans les diverses industries, V. Chaplul (De l'indiislrie française, U, passim). Ainsi, par exemple, l'industrie de la laine, sans la teinture, fait hausser le prix de la matière première dans la proportion de 3 à 5; Tindustrie liniere commune = 1 : 3; la passementerie = 1 : 4; rébùnistcrie = 1 : 4; le lamiage des cuirs de vache = 1 : 2, etc.
[i) Beaurouj) de choses qui rentrent dans la catégorie D se dérobent d tout calcul; par exemple, les innombrables services personnels dont prolilc celui-là même (pii les rend, et l'usage de la plupart des capitaux de consommation, utilisés par leur pro|iriélaire. Le compte n'est guère possible, que (juaiid il s'agit des habil.ilions, des équipages, etc., on en apprécie la jouissance par analogie avec les objets de même genre qui sont en location.
(bl On ne déduit point ici les matières premières employées par les
différentes industries, puisque, sous la rubrique C, leur accroissement de valeur a été seul porté en compte.
(6j Si, dans le pays, un artiste vient à se faire distinguer et gagne 10,000 écusparanje revenu brut s'accroit aussi bien que si Ton avnitdcco'ivert une marchandise nouvelle, qui produisît annuellement 10,000 écus d'augmentation de valeur sur la matière première. 11 n'y a guère à s'occuper, pour l'artiste, des frais de production ; presque tout son revenu sera net, à l'exception des frais de voyage, etc., et la plus grande parlie de ce revenu sera libre. Un impôt sur le revenu atteindrait ses auditeurs, après comme avant, et celui de l'artiste y fournirail une matière nouvelle. V., en sens contraire, Fmoco (Saggieconomici,!, p. 176, seq.).
(7) Comme, dans la répartition des impôts, on se base sur une évalualion relative, plutôt que sur une évaluation absolue, il suflirait d'admettre que chaque ménage fait une consommation d'ustensiles et de vêtements proportionnée au reste de son revenu. On pourrait donc, sans inconvénient, laisser ces articles de côté.
(8) Démontré mathématiquement par Fuoco (Saggi economici , II, p. i02, seq.).
(9) Le revenu public brut des possessions britanniques en Europe a été évalué à öU,82.'^,0.^9 livres sterling par Pebrer (Histoire financière et statistique générale de l'empire ßr., IS.'U, II, p. 90). savoir : agriculture, 246,600,000; mines, 21,400,000; pèche, 3,400,000; industrie (en défalquant les matières premières), 148,030,000; commerce intérieur et cabotage, 51,975,000 ; commerce extérieur et navigation, 34,398,059; affaires de banque, 4 millions 1/2; intérêts perçus à l'étranger, 4 millions 1/2. J/oîYou de Joniiès (Statist, de la Gr. -Br., 18.37, 1, p. 312) l'estime à 18 milliards de francs, mais il n'effectue pas assez clairement la déduction des matières premières. Le revenu public net était estimé par Put (1799) à 123 millions de livres sterling; parlotüe (England nach seinem gegenw. Zustande, 1823, p. 246] à 255 millions; par iUorea« (I, p. 319) à 235 millions. — Il y a trente ans environ, on pouvait, d'après Chafilal, Doudeauville, Balbi, etc., évaluer le revenu brut de la France à environ 6,500 millions de francs; Schnitzler parle de 7 milliards (Création de la richesse en France, 1842, I, p. 392), déduction faite des matières premières indispensables à l'industrie. Michel Chevalier {\^ç.\ ne des Deux-Mondes, 15 mars 1848) parle de 10 milliards au plus; ces trois écrivains n'ont en vue que la production matérielle. D'après Charles Dupiri, le revenu brut aurait moulé, en 1730, à 108 francs ; en 1780, à 169 francs ; en 1830, à 269 francs ]»ar tôle. Le revenu public net, selon Cazaux (Eléments, p. 163), aurait atteint, en 1825, le chilTre de 5 milliards. Tous ces chiffres sont siiiguliéremcul dépassés aujourd'hui, aussi bien pour l'Angleterre que pour la France. Nous avions évalué (Statistique de la France, par L. Woloivski, 1847), il
y a dix ans, à plus de 12 inilliards la production de la France ; depuis lors elle a encore beaucoup augmenté. — Borrego (Richesse nationale, etc., de l'Espagne, 1834, p. 33) estime le revenu de la monarchie espaïnole comme il suit : agriculture. 2,284 millions de francs ; industrie, 361 millions; commerce, 12i millions ; maisons, 180 millions ; canaux, routes, etc., 8 millions 1/2; services personnels, 7S millions; numéraire en circulation (probablement capitaux prêtés), 83 millions. — Le revenu des Etats-Unis a dû s'élever, en 18.40, au delà de 1,063 millions de dollars; agriculture, plus de 6o4 millions ; industrie, prés dn 240 millions; commerce, environ 80 millions ; mines, plus de 42 millions; firèts, prés de 17 millions; pêcheries, prés de 12 millions. Il é ,uivaul en moyenne .i 62 dollars par habitant : les points les plus favorisés soûl Hhnde-hlani (110), il/os5ac/ius«<s (102), et la Louisiane (99) ; le loion (27) et le Michigan (.33) sont ceux dont le revenu est le plus faible pnr habitant. V. Tucker (Progress of ihe Un. States, p, 193). — Le revenu brut public de l'Autriche s'élèverait, d'après //«t/îer, à 3,300millioiis de llorins (pins de 8 milliards de francs) par an. — Pour comparer le revenu public net de la Prusse avec celui de la Grande Bretagne, on peut faire le rapprochement de la taxe du revenu à l'époque où dans les deux pays elle exemptait les mêmes quotités (les revenus inférieurs d 1,000 Ih.ilers et ;i iriO livres -sterling). Dans la Grande-Bretagne (sans l'Irlande), en 1842 — 18."jl,on com|ilait une personne imposée sur 38 habitants, e! en Prusse, en 1833, une sur 387; ici les revenus taxés étaient en moyenne de 1,038 thalers, là de 3,720 ihalers. V. Kries (Tübing. Zeitschrift, 1834, p. 331 ; 1833, p. 382). — Pour ajouter à ce qui précède un exemple local, Viebahn évalue le revenu net de la régence de Diisseblorf à i4 millions 1/2 de thalers; lesalairedu travail à 4 millions environ, dont 903,000 thalers pour le traitement des fonctionnaires ; le proOl des commerçants, 3,483,000; des industriels, 4,893,000 ; des cullivatenrs,5,224,000; le revenu net des terres et bâtiments, 3,374,000; des mines et dfs capitaux prêtés, déduction faite des dettes, 1,623,000 (Slalistik und Topographie des Rogierung.bezirks Düsseldorf, 18.36, I, p. 193).
Ail moyen {\o notre division tripartite, il est facile de résoudre la (piesiion. si sonvenl agitée, de savoir s'il y a plus d'avantage pour un jK'iipIc à raccroissenient du revenu brut ou du revenu »ri. (^oinnie toiitf production économique a pour but de donner, satisfaction aiixJ)esoins de Ihomme, le simple ac-
croissement du revenu brut est chose indifférente ; quant au revenu nel, à mesure qu'il augmente, la nation acquiert la possibilité d'étendre le chiffre de sa population ou le cercle de ses jouissances (§§1G3, 239). Double progrès qu'il est désirable de voir s'accomplir en même temps !
Quand le revenu libre s'accroît par suite de la diminution absolue ou relative des frais de production, qui ne concernent point la consommation faite par l'homme, on doit bénir cette diminution comme un bienfait; mais si l'excédant se produit, au contraire, au préjudice des besoins de l'existence humaine, il devient une véritable calamité, au double point de vue politique et moral. Thomas Morus appelle les moutons de son temps, qui firent vider tant de chaumières, des animaux voraces qui « broutent les hommes comme l'herbe et dévastent à la fois la campagne et la ville » (1).
(I) Ce sont principalement les pliysiocrates qui ont introduit dans la science la disliiiclion du produit brut et du produit net. Vauban (1707) n'en avait aucune idée; trente ans pins tard, un ministre faisait rédiger une nouvelle inslrnclion sur le prélèvement des uingticmes, et^ sentant confusément que le vingtirme du revenu »enie devait pas être tout;» fait égal à celui du jiroduiL brut, il ordonna d'en retrancher les frais de mo25sonetde battage (Dupont de Nemours, Correspondance avecJ.-B. Say, p. AOij. Quesnay entend par produit net, l'excédant de la production primitive sur les frais^ et cela au point de vue rie l'intérêt prive du propriétaire foncier. Cet excédant peut seul accroître la richesse nationale, et même entretenir la classe « stérile. » Son importance politique, militaire, etc., est parfaitement signalée (p. 102, éd. Daire). Aussi Çuesnay le favorise-t-il de toute façon ; il recommande d'une manière absolue la grande culture au lien de la petite, l'élève du bétail sur une large échelle, le remplacement des ouvriers du pays par des ouvriers étrangers, qu'on paye moins cher, ou même par les machines, les animaux, etc. (p. 91, 200, 27i, seq.). Mirabeau va jusqu'à dire que rélévalion du produit net donne la mesure de la perfection de la constitution etde l'administration, et même de la moralilédu peuple ^Pliil. rurale, ch. v; Sieuart, Priiiciples, I, ch. \\). Ad. Smlh, au contraire, donne la prééminence au produit brut, et il classe les branches principales du travail national dans l'ordre de l'accroissement qu'elles pro-
ciirenl quaul a\i produit brut (H, ch. i, 5). De même J.-B. Say (Traité, II, ch. viu, § 3) ; Lauderdale (Inquiry, p. 14:2). Ricardo s'élève, au contraire, avec vivacité contre celle opinion ; il regarde comme fort indifférent qu'nn produit net (intérêt du capital et rente foncière) d'une importance donnée, qui peut suffire à l'existence de 5 millions d'hommes, soit le résultat du travail de o ou de 7 millions d'hommes (Principles, ch. Yxvi). C'est aussi le sentiment de Ganilh (Systèmes, I, p. 218; Théorie, II, p. 96), combattu par il/o///i«s (Principles, II, secl. 6); Buquoy (Theorie der >'at. Wirthsch., 1813, p. 3i(^). Sismondi plaisante cette prédilection pour le produit net (qui, chez Ricardo, se confond en partie avec ce que nous appelons le produit libre); à l'entendre (et c'est bien méconnaître la tendance de Ricardo), « il ne reste plus qu'à désirer que le roi demeure tout seul dans l'ile en tournant constamment une manivelle qui ferait accomplir par des automates tout l'ouvrage de l'Angleterre » (N. P., II, p. 33Ü). La nation, dit-il, « ne doit estimer que le produit brut » (I, p, 183). Les socialistes de nos jours ont coutume de le faire en réalité, et ils voudraient voir tout le revenu nel (comme nous l'entendons) employé à satisfaire les besoins de première nécessité d'une population toujours croissante. Il en résulterait une grave atteinte à la matière imposable, au fonds destiné à la satisfaction des besoins plus délicats et à l'épargne du capital ; à chaque mauvaise récolte, la génération jtrésente ressentirait cruellement les effets de cette existence au jour le jour, et au bout de quelque temps, tout progrés et tout accroissement de la population deviendrait impossible. V. les recherches approfondies de Bernhardt (Versuch einer Rriiik der Gründe, die für grosses und kleines Grundeigentlium angeführt werden, Petersb., 1848). — Du reste, une terminologie plus exacte fait cesser beaucoup de controverses. Ainsi, par exemple, lorsque Rau met au nombre des frais de production l'entretien des ouvriers et des entrepreneurs (Lehrbuch, I, § 247), ou quand Jakob (Staatsfinauzwissenschaft, § 496) et Storch (Revenu national, p. 116] y comprennent même l'entretien nécessaire de toute classe utile ä la société, leur évaluation du revenu public brut ue présente avec notre théorie qu'une cûulradiction apparente.
Il faut dislingucr, dans loin revenu qui se trouve mis en rapport avec d'autres, le rcsullat immédiat de la produclion et le résullat de l'acqumlion : tous les produits particuliers doivent être d'abord, pour ainsi dire, confondus dans le trésor com-
muii de l'économie publique, où chacun puisera sa part de revenu. La justice exige qu'il y ait corrélation parfaite des deux côtés, et que chacun retire du revenu public la part dont il a enrichi la masse. C'est ici qu'une appréciation exacte de la force productive des divers travaux permet d'élever une digue puissante contre l'invasion des doctrines subversives du socialisme. Quand on se refuse à regarder comme productifs les services du juge intègre, du médecin, etc., on est entraîné à méconnaître aussi ceux de l'intelligence, qui donnent l'impulsion aux entreprises agricoles et industrielles, ainsi que le font les socialistes les plus radicaux, avec leur idohàtrie du travail manuel.
Mais la justice pure et simple ne suffirait pas pour assurer l'existence humaine, llfaut y joindre Vamour{\)', il nous porte a venir en aide à ceux qui, sans faute de leur part, ne peuvent rien produire ou ne sauraient produire assez pour donner satisfaction cà leurs besoins (les enfants, les pauvres).
De même que le revenu public, considéré dans sou ensemble, se divise en trois éléments principaux qui correspondent aux trois grands facteurs de la production économique, à savoir : la rente foncière, \e salaire et Vititêrêt du capital, pareillement le revenu de chaque économie privée peut être ramené à un ou à plusieurs de ces éléments (2).
Les trois éléments principaux du revenu peuvent être utilement étudiés sous un grand nombre d'aspects différents : on peut s'enquérir, en ce qui concerne chacun d'eux, de l'importance absolue qu'il présente, du rapport dans lequel il se trouve avec le revenu public en général, de l'importance du fadeur de la production qu'il rétribue, du nombre d'hommes qui le perçoivent et de la quantité de besoins que ces hommes ont h satisfaire (oj . Enfin, il est important de connaître la différence entre le montant stipulé et le montant originaire, aussi bien de la rente foncière, que du salaire ou de l'intérêt du capital. L'un consiste dans le prix de jouissance, payé par le locataire au pro-
priétaire de la force productive; et l'autre, dans le résultat direct de l'emploi de cette force au compte du propriétaire lui-même. Evidemment, ce résultat doit servir à la longue de mesure au \ir\\ stipulé. Mais tandis qu'il dépend surtout des éléments qui influent de la manière la plus intime et la plus durable sur la constitution du prix des choses, savoir: les frais de production, la valeur en usage et les moyens disponibles des acheteurs, le loyer stipulé se trouve soumis aux oscillations extérieures deToffre et de la demande. Relativement au but que nous poursuivons, le résultat orujïnaire est le plus important, mais aussi le plus difficile à constater.
(1) C'est à dire la chante, en mninlenant la signification large elsubliiiie du mol [carilas). V. Cousin (Cours d'hisloire de la philosophie moderne, II, SI«" Uçon.III, 9« leçon) et surtout ses belles leçons surylrf. Smith (Histoire et Economie politique, IV. W et 18« leçons, p. 297). — La charité ne doit point dégénérer en injustice!
(2) Un des plus grands services rendus à la science par Ad. Smith a été d'avoir montré comment toute espèce de revenu se résout dans ces trois parts, rente, travail i'\ profil (I, cli. w).
{'.i) liicanh a souvent exposé à une erreur complète des lecteurs peu exercés à la crilicpie, par leniploi qu'il lait habiluellenienl (et dune manière (|iii n'est pas entièrement rationnelle) des expressions : salaire bas et élevé, profits bas et élevés, etc., pour désigner, non l'élévation absolue do ces branches de revenu, sollen argent, sollen nécessités de la vie, mais seulement la proportion relative qu'obtiennent, dans le partage de l'ensemble du revenu, l'ouvrier, le capitaliste, etc. C'est là, sans contredit, le côté le moins important pour la solution de la plupart des questions économi(|nes. V. les observations de Senior (Outlines, p. 142, seq.); Cnrey (On the rate of wages, p. 24). Ainsi, par exemple, Ricanlo prét(>iiil(|iie tout accroissement de l'un des éléments du revenu ne peut s'eflcctuer qu'aux dépens des autres, alors (pi'ils grandissent siniultancmeiit tous les trois chez les peuples qui prospèrent. — Ricardo luimême n'était pas éloigné de le penser, puisqu'il affirme que le prix courant des salaires hausse par l'augmenlation du capital et |iar suite de toute amélioration réalisée dans la société (Principes, ch. v; Du Salaire).
CHAPITHE II.
LOI DE RICAHDO.
Nous appelons rente foncière ce qui reste du produit régulier d'un fonds de terre, déduction faite des salaires du travail et des intérêts des capitaux, qui y ont été incorporés (1). C'est donc le prix payé pour utiliser les facultés naturelles, productives et impérissables, que leur union intime avec le sol rend susceptibles d'appropriation (2). Ce prix dépend nécessairement du rapport entre l'offre et la demande ; quant à la demande, elle dépend du besoin du preneur et des moyens dont il dispose , tandis que l'offre n'est pas soumise à des frais de production, qui n'existent point. — Du reste, les fonds de terre ont cela de commun avec les autres instruments de production , que leur prix se règle essentiellement sur celui qu'obtiennent leurs produits.
(i) Excédnntde profit, selon Whatoly. Tout fermage com|ireiul presque toujours, outre la renie foncière propreuienldile, l'intérèl des ca|iitaüx, plus ou moins élroilemenl unis au sol. On peut en comprendre approximativement l'importance, quand on sait que dans la petite liesse électorale la valeur des forêts, des prairies et des terres labourables est estimée à SOri on 206 millions do lluilers (76o millions de francs), et celle des maisons à 100 millions (."^5 millions de francs) [Hildibraml., Statist. Milllieil. über die vulkswirlhsch.ifiliclien Zuslaende Kurhessens, 1852, p. 31) .—Vincome-tax en Angleterre, d'après les calculs établis en 1843, fait monter Vannual value des terres à plus de 4S millions, (1,12S millions de francs], et celle des maisons à plus de 38 raillions de livres sterling (150 nullions de fraucs). Au reste, le fermage d'une terre
14 Di: LA RENTE FONCIERE.
ne représente pas toujours la rente tout entière, car une partie de celleci revient à l'Eiat sous forme d'impôt foncier, et une antre partie acquitte la dîme. La théorie a beaucoup profité en Angleterre de ce que les propriétaires du sol, même en se consacrant eux-mêmes à l'exploitation lie leurs biens, se sont, en quelque sorte, regardés comme des farmers, et ont fait entrer en ligne de compte une renie foncière, etc. Les discussions, assez fréquentes en Allemagne, sur le point de savoir si tel domaine rapporte 2 ou 15 pour 100 du prix d'achat, auraient été impossibles chez les agronomes anglais (T/iaerj Englische Land Wirlhschaft, II, 2, p. 61). Les baux ;i court terme, les ventes fréquentes des terres, la diflicullé de dégager les capitaux appliqués à la cullure. la réunion dans la même personne des qualités de propriétaire terrien, de capitaliste el d'entrepreneur, contribuent à voiler les lois de la rente foncière. (2) La richesse d'une mine, d'une saline, etc., n'est soumise à la loi générale de la rente foncière, qu'autant qu'elle peut être considérée comme inépuisable.
Des terres d'une ferlililé très-inégale peuvent donner des produits d'une qualité et d'une quantité égales, mais à la condition d'une dépense très-différente en travail et en capital (1); pourtant le prix de ces produits est régulièrement le même, sur le même marché. Il faut qu'il s'élève à la longue assez haut pour rembourser les//fljs nécessaires à la culture du sol le moins fertile, dont l'exploitation a été provoquée par les besoins généraux de la société (§ 1 10). Le sol le plus ingrat ne saurait guère produire une rente (2). Les terres de meiiieurc qualité, qui donnent un |)roduilpUis considérable, en exigeant le même capital et le même travail, procurent un excédant sur les frais de production (3). (Ai excédant, c'est la renie foncière; celle-ci est nalurollemenl daulanl plus élevée, (lue la différence de forlilité est plus grande entre les meilleures terres et les plus mauvaises. Celui qui exploite les terres d'autrui peut , sans hésitation , laisser celle renie au propriétaire foncier, puisqu'il retrouve largement, dans le prix des produits recueillis, tout
DK LA RKNTE FONCIÈRE. 15
ce qu'il consacre à la production, en ressources de capital et en
efforts de travail (4).
(]j Flotow (Anleilnnif zur AbschaetznngderGrnndslücke nach Klassen, 1820, p. 50, seq.) évalue les frais de production du scheffel (öö litres) de seigle sur une terre de première qualité, â peine à 1 thaler1/2(5 fr. 62), et à 3 thalers (10 fr. 25), sur une terre de dixième classe. Dans le Hanovre, 60,4 pour 100 des champs cultivés et des jardins ne produisent que de 2 à 4r fois la semence; 35,8 pour 100 de 5 à 8 foisj 4,5 pour 100 de 9 à 12 fois {Marcard, Zur Beurlheilung des Nat. Wohlstandes im Koenîgr. Hannover, lab. 3). — Les recherches ordonnées par le Parlement en 1821 ont établi que les meilleures terres de l'Angleterre rendaient de 32 à 40 bnshels (;i 35 litres 72) de froment par acre (de 40 ares, donc 28 ;i ô5 hectolitres par hectare), et les plus mauvaises de 8 à 12 seulement (7 à 10 hectolitres par hectare) (Edinburgh Rev. XL, p. 21j. En ce qui concerne l'influence exercée par le jilus ou moins d'élévation du sol au-dessus du niveau de la mer, il résulte des instructions adressées par l'administration du royaume de Saxe, au sujet de l'estimation des propriétés foncières (Annexes, p. 12), que le revenu net s'élève, pour une hauteur au-dessus du niveau de la mer :
Dans les terres Dans les i erres
de deuxième de onzième
classe. classe.
de 500 pieds à 5.5 % à 42.9 "/o du produit brul. de 800 à 52 1/2 à '^9 1/2 de teuO à 48 à aide 2400 à 43,8 à 26
(2^ Les Anglais répètent toujours qu'il n'est pas possible de tirer de renie du sol qui appartient à la plus mauvaise catégorie (Ricardo, Principles, ch. n). Ce qui obscurcit souvent ce fait, c'est qu'on réunit, dans un même ensemble d'exploitation, des terres incapables de produire une rente, et celles qui bidonnent (J.-S.Mill, Principles, II, ch. xvi, % 3). « Et, eu réalité, il esl beaucoup de terrains qui ne sauraient être affermés et que leurs propriétaires seuls peuvent utiliser. » Toutefois, lorsque chaque parcelle de terre esl appro|u-iée, la concurrence des fermiers penl faire produire une renie même au terrain le plus stérile. Aux Etats-Unis, le gouvernement vend à raison de I dollar 1/4 l'acre, près de IG francs riieclare, des terres entièrement incultes. Il est iiuliffcrenl, pour la théorie de la rente foncière, que le sol le plus mauvais ail eu ou non, avant que d'être cultivé, une valeur quelconciue par l'occupation, le pâturage du bétail, etc. V. Nebenius (Oeff. Credit, I, p. 29); Hermann (SlaaLswirlhsch. Uulers., p. 170, seq.).
lö DK LA, RENTK FONCIERE.
(3) Il existe une graude analogie, sur ce point, dans les divers modes d'exploilalion minière.
(4; Ricardo explique ceci par un exemple. Une colonie peu nombreuse vient habiter une contrée inculte. Aussi longtemps qu'il y aura surabondance de terres de première (jualité, dont chacun sera libre de s'emparer gratuitement, celles qui sont déjà occupées ne pourront produire aucune rente. Mais lorsque les terres de première qualité, qui rapportent annuellement, avec l'aide d'un capital donné, jusqu'à 5 quarters par acre, sont toutes livrées â la culture, et que l'accroissement de la population ohligede se rejeter sur les terres de seconde classe, qui ne rapportent plus, avec le mèaie capital, que 4 quarters jiar acre, il en résulte une rente annuelle de 1 quarler par acre,au profit des terres de première classe. En effet, le prix de 4 quarters devient assez élevé pour couvrir les frais de production d'un acre; et il est absolument indifférent (?) au nouvel arrivant de retirer, comme fermier, S qnartersdes terres de première qualité, et d'en donner un à titre de redevance, ou de récoller seulement 4 quarters sans avoir aucune redevance à subir, sur une terre de qualité inférieure dont il sera propriétaire. Que si la population augmente encore au point qu'il faille livrer à la culture des terrains de troisième classe, qui ne produisent que 3 quarters par acre, le prix du blé s'élèvera de nouveau, parce que 3 quarters doivent suffire désormais pour couvrir les fr;iis de production : les terres de première classe donnent alors une rente de 2 quarters, celles de deuxième classe une rente de 1 quarter, etc. (ch. uj.
Il se forme réellement une rente foncière, lorsque, pour répondre au besoin général, l'on doit non pas exploiter diverses qtialilés de terrain, mais aj)pli(pier stn le même terrain des capitaux et des efforts de travail d'un rendement différent. Nous avons vu au paragraphe 54 que l'emploi de plus en pltis considérable du travail et du capital à l'amélioration du sol, si la science agricole demeure statiomiaire, fait lot ou tard arriver au point à partir du(picl tout surcroît de capital et de travail ne produit plus ((u'un résultat relativement moins considérable (i). Supposons qu'un cultivateur, en liiisant chaqtie année 1,000 écus de frais, produise 500 quintaux de blé, et que le
prix de chaque quintal soit de 2 éciis, avec une dépense double la récolle pourra s'élever de 500 à 900 quintaux : chacun des 400 quintaux obtenus en plus aura donc coûté 21/2 écus. Si le fermier ne peut point vendre sa récolte au moins à ce prix, il cessera d'augmenter la production. Son revenu devra donc être de 900 X 2 1/2 écus = 2,230 écus; et il lui restera sur l'ensemble Je.^ frais un excédant de 250 écus (2). La différence d'.uis l'avantage de la situation des terres agit sous presque tous les rapports, au poinlde vue économique, delà même manière que la différence de fertilité. Lorsque, pour répondre complètement aux besoins du marché, il faut y amener des produits d'une distance, par exemple, de dix lieues k la ronde, il devient naturellement nécessaire d'ajouter aux autres frais inévitables de production, les frais de transport, calculés sur la distance de dix lieues. Les producteurs qiri demeurent dans un rayon plus rapproché, n'ayant pas des frais aussi considérables à supporter, et vendant néanmoins leurs denrées au même prix de marché, gagnent un excédant, qui correspond exacieuient à la situation favorable de leur propriété (o). — La situation de chaque portion de terrain, par rapport aux bâtiments d'exploitation, doit agir d'une façon absolument analogue (4).
(I) Thilnen (Der isolirte Staat in Beziehung auf Landwirllischafi. und Nal, OEk, 1850, II, 1, p. 179) calcule que si une couclic de fumier d'un 1/2 pouce d'épaisseur, sur un acre déterre, augnionle le renilemenl dans la proporlion d'un 1/2 grain de blé. une seconde couche d'un 1/2 pouce n'ajoutera qu'un surcroît de 3/8 de grain, la Iroisiémc d'un 1/4 de grain, etc., eli*. Suivant Geyer, en Saxe, sur une Wrve de moyenne qualité, une exploitation Irès-inlelligcnle et soulenno p;ir de puissants capitaux penl produite bntl 60 ihalcrs et net M ihalcrs par acre, et une ex|)loiialion tout à fait ordinaire ne donnerait (|u'un produit bnil de 20 thalers, avec un produit tiel de Tthalcrs 1/2. — Thilnen se sert de la formule suivante pour faire comprendre quand il est avantageux de se livrer à la culture plus intensive d'un sol déj.i travaillé, plutôt que d'atta(|uer de nouvelles terres : tant (|ue /) — aq ost plus petit
que |/~Àp, l'augmentation du capital employé à cultiver la même terre T. u. -i
oifre plus d'avantatres que TexploUalion d'uue terre nouvelle, et vice yersa; p désigne ici le lolnl du [iroduit qu'un ouvrier oblient annnellemeiil aveclccn|iilnl (pi'il emploie; par A, on entend la somme qui lui est iiécess.iiro pour couvrir les besoins indispensables durant l'année ; par « l'intérêt annuel d'un ca|)ital =/j ; eniiii 7 exprime la quolilé des capitaux mis à la disposition de cha(|ue travailleur.
!2} V. les tableaux dans Hicardo (On Ihe inlluence of a low price of corn on (be profils of stock, 1815, p. M, seq.).
(3) La differeiice de situation et de fertilité est cause que pour l'IIimal.iva, les fcrniicrs des terrains situés au bas de la montagne payent aux propriétaires, comme prix du bail, MO pour !00 du produit brut, et ceux de la région supérieure 20 pour 100 seulement, ou même moins encore (Ä'. Ritter. Erdkunde, III, p. 878). Ces iniluences peuvent être facilement observées dans la Frise ori< ntale et dans les pays analogues qui possèdent des terres marécageuses, des terres sécbes, des bruyères, des tourbières, etc. — La situation du lieu détermine surtout la quotité monétaire de la rente foncière et la qualité du sol inllue principalement sur le ]iroduit naturel {M'Culloch, Principles, III, 5).
(A) Qu'on songe seulement au transport du fumier et des récoltes! D'après l'instruction déjà citée de l'adminislralion saxonne, unedistance de 2o0 toises élève les frais de 10 pour iOO; et une dislauce de 500 toises les fait mouler de 20 pour 100.
Il résulte de ce que nous venons de dire, que la rente foncière d'un pays égale au moins la somme de toutes les différences entre le rendement des capitaux le moins productifs qui ont dû être consacrés h la cnlture, et le rcndomcnt des capitaux le mieux employés. Elle peut s'élever plus haut, par suite d'une coalition des propriétaires et de la concurrence désordonnée des fermiers, obligés de sacrifier nue partie de leur salaire et du revenu de leur capital; mais elle ne saurait jamais descendre longtemps au-dessous. Et lors même que les propriétaires renonceraient h toute rente, le prix nécessaire des produits du sol, pour ({ue le marclié continue à être abondamment pourvu, ne baisserait pas; les fermiers seuls ou les marchands de blé prolileraient de lexcédant obtenu dans les terres de meilleure qualité, etc. (1).
DE LA. RKNTK KONCIEHE. IV»
La rente normale n'est point la conséquence du droit de propriété foncière (2); elle ne saurait non plus s'expliquer par une mystérieuse faculté de production, inhérente à la terre (5j. Ce qui lui donne naissance, c'est la résistance de plus en plus énergique que les facultés jyroduclives el impérissables du sol opposent aux efforts croissants de l'exploitation (4).
On se tromperait si l'on ne faisait reposer la rente foncière que sur la puissance de production relative des diverses parties du sol. Celle-ci ne détermine que le consentement du public au payement de la rente ; mais quant à la possibilité de la payer, plus ou moins forte, elle est subordonnée à la puissance de production abaolne de la terre (5). — Du reste, les capitaux qui sont irrévocablement confondus avec le sol, et que l'œil même ne saurait distinguer, par exemple, les fonds consacrés aux dessèchements ou à l'inlroduclion de matières destinées à modifier la nature de la couche arable, prennent eux-mêmes un caractère territorial, et leur produit obéit aux lois qui dominent la rente foncière (6).
{\)y . Anderson [kn inr[iiiry iiilo Ihc nature of the cornlnws, 1777). On trouve des exlrnilsdaiis VEilinb. Rec. (LIV, p. 91).
(2) Buchanan, on parliciilier (Sur Ad. Sinilli, IV, p. 134), pense, au contraire, qu'elle provient iini(|iiement du monopole d« propriétaire, el que sans elle le blé serait vendu à meilleur compte.
(3) Malthiis (Ot) llie policy of reslriclin!i ihe iiniiorlalion of forci2fu corn, ISirJ; Additions, 1817, à l'Essay on Ihc principlc population, m, ch. VIII xu ; Principles, p. 217).
(4; A supposer que l'air, Teau, l'élasticité de la vapeur, etc., fussent de (|ualilè diverse , si l'on pouvait s'en emparer exclusivement cl que chienne de ces (jualités existât seulement en (|nantilö limilce , alors, comme la terre, ils donncraifnl une rente, el les diverses qiialitcs ne seraient que successivement mises en œuvre {lUcardo). Mémo avec la libre disposition des forces de la nature, la possession d'un secret de. fabrique, une habileté hors ligne, ou u;i privilège légal acquis pour en tirer parti, créeront un avantage analogue à celui que procure la rente (Senior, Oullines, p. 91). C'est pourquoi Mangoldt, par exemple, em-
ploie le mol de rente pour ilésigiier loules les » primes dp rareté. » V. ci-dessus, §110.
(o; V. Malthus fPrinciples, iiij; Sen/or (Ou lli nés, p. 136j. (6) J.-S Mill (Principles, II, ch. xvi, § o\ Cela explique beaii-^onp de criliques dirigées contre la loi de Bicardo, et qui ue reposent que sur un malentendu, comme celles dont, par exemple, la Quarlerly Review (XXXVI, p. 412) s'est rendue l'organe, et récemment celle de Bastial illarmonies économiques, p. 340); ils envisagent la rente foncière comme l'inlt-rpl des capitaux consacrés à la mise en culture et à Tamélioration dos terres. Supposons qu'une ile, au sol excessivement fertile, sorte tout à coup des Ilots prés de INaples, à la suite d un tremblement de terre; personne assurément ne mettra en doute ([ue ce terrain n'obtienne immédiatement une grande valeur, ( t ne produise une rente foncière considérable. Et pourtant il n'aura encore exigé aucun travail, ni aucun capital. — Il est une antre erreur beaucoup plus grossière et néannioins trés-répanJue, savoir : celle qui attribue à la rente foncière la faculté qu'avait le capital consacré à l'acquisition du sol, de produire un intérêt : elle est professée par Hamilton (Report lo tlieCongress on Ibe manufactures of Ihe Un. St., 1793) et Canard (Principes, secl. v). V. pour l'opinion contraire, Turgot, ci-dessus g 42, note 1. Locice ((]onsiiloralions on Ibe lowering of interest, Works, p. M) avait déjà voulu établir un parallele complet entre la rente foncière et l'intéiêt , avec cette légère différeuee seulement que « l'argent » est toujours également productif, tandis que la fertilité des diverses espèces de terrain varie beaur.on|i. On |)put en dire autant désir I). North (Discourse upou trade, 1691, p. 4) et de son parallele entre le Landlurd et le Stockiord.
Diiprès Ricanlu, hi rente foiirière ne peut « jamais, pas niêiue dans la plus légère proportion, consiiluer une partie du pri.v des céréales. » C'est la, sans contredit, une manière impropre de traduire celte vérité, (ju'une rente loncière élevée n'est point la cause, mais la conséquence du haut pri.v des grains (1); Ricardo aurait dit avec plus de justesse, que la renie ne constitue pas un élément de prix, pour la toialilé de l'approvisionnemenl.
La ren/t?ajouie-t-elle réellement au revenu national? Ricardo (chap. xxxi) répond négalivemeiil ; elle enlève au.\ consomma-
leurs ce qu'elle donne aux propriétaires, et elle n'augmente que la valeur en échange àe h forliine publique (2). — Evidemment, la question est mal posée. L'intérêt du capital et le salaire du travail n'augmentent pas non plus le revenu national ; ils sont, comme la rente foncière, les canaux au moyen desquels s'effectue la distribution de ce revenu, entre les divers membres delà société (^ 201).
La qualité particulière des produits qu'on obtient d'un fonds de terre n'exerce d'influence sur la rente, qu'autant que toute imitation est impossible (par un privilège naturel ou factice, par suite de préjugé, etc.) (3). Ad. Smith évalue la rente des terres cultivées au tiers du produit brut, du dixième au cinquième celle des mines de houille, au sixième celle des bonnes mines d'étain et de plomb (avec la redevance des 21 2/5 pour 100 payable à l'Etat), au dixième h peine celle des mines d'argent du Pérou, au vingtième, tout au plus, celle des mines d'or. Et encore, h mesure qu'on descend ainsi l'échelle de perception de la rente, celle-ci devient de moins en moins assurée (4). — Les fiùts sur lesquels ces données reposent s'expliquent de la manière suivante : plus une marchandise est portative, moins est grand l'avantage de la situation, qui constitue, en général, un des principaux éléments de la rente. Plus un objet est indispensable, et plus facilement le consommateur se décide à payer un prix qui dépasse les frais de production, c'est-à-dire une rente, circonstance que fortifie encore la difficulté de conserver la marchandise. Plus enfin cette dernière est simplement une création de la nature (5), et moins on peut consacrer, simultanéraent, à ce genre de production des capitaux d'une efficacité diverse (6).
(i) Cette pensée se rencontre déjà chez Ad. Smilh (W. of N., I, ch. Il, pr.). Voici de quelle manière J.-S. Mill envisnge la situation : celui qui paye une rente foncière acquiert ainsi un instrument de travail supérieur «i ceu.\ dont Tusasie est gratuit. La supériorité de l'iu-
siruinent esl exaclement proporlionnée à la rente qu'on paye pour s'en servir (Principles, II, ch. xvi, § G). D'après Jakob (Grundsaelze der Nal. OEk , I, p. 187), la renie foncière représenle une partie beaucoup plus nolahlc (lu prix des marchandises qu'on ne l'imagine d'ordinaire, car le salaire du travail di-pend esseuliellenienl du prix des denrées.
(2) Telle est aussi la manière de voir de Buchanan et de Sismondi (Richesse commerciale, I, p. 49). V. au contraire, Malthus (Inqniry inlo Ihe nature and progress ofrent, p. IS). Je signalerai en passant ro|iiiiion erronée en vertu de laquelle la valeur en échange de la fortune publique pourrait s'accroître, sans l'augmentation de la valeur CD usage. Si les jiroduits du sol s'échangent aujourd'hui contre un plus grand nombie d'autres biens, ceux-ci ont nalurellemenl diminué à leur égard de valeur échangeable.
(3) Ad. Smilh fait remarquer que les champs de blé et les champs de riz peuvent donner des rentes louciéres fort différentes, parce ijuil n'est pas toujours l'ossible de transformer les cultures ;W. of N., I, ch. xi, 1). /î(/u (Lehrbuch, I,§2I8, établit de la manière suivante le produit net du morgen (arpent) de
Vi-iiitl)le. . . 213 161 m] 165 30i « 199 189 410, » ,^
Jardin i02 258 21« -iiiS 293 185 162 176 » » i*
Prairie.. . . 136 149 92 200 119 113 l(i5 72 233 131 a-
l'àliii;igL'.. . . 15 37 31 44 30 122 25 16 15 » \S
Buis. . . . 2i » 39 76 28 25 40 6 38 41 j -
di' ce i|ne rapportent les terres labourables. A contient l'évaUiation fiscale dans le cercle wurlembergeois de la Necker; B désigne les cercles delà .Miirg et (ie l'iinz, au pays de B.ide ; C la basse Autriche; Ü la France ; K le Jura bernois ; F la régence de Düsseldorf; G la Bavière ; II la Slyrie; I la Toscane; K la Belgique. Le taux extraordînairement élevé de la rente foncière sons la rubrique F, article Pâturage, vient de la qualité exceptionnelle des pälnragos du Rhin, qui ont une valeur cg.ile ci celle des prairies ; déduction faite de quatre districts, les autres donnent pour les pâturages une rente de 27 pour 100, en moyenne. — A cette occason, il convient également de ne pas passer sous silence la renie ]ierçue pour lus emplacements propres aux conslrnclions, au blanchissage cl au séchage, pour les manèges, la force hydraulique, etc. Il iiiumn (Siaalsw. Un tirs., |). 177j donne une théorie générale de la renie des forèls el ip. 181) de la rente des vignobles, elc
(4) Ad. tiwilh (W. of N., I. ch. xi, .'^).
(;>) Elle leiid ainsi a .se rapj rocher des civilisations moins avancées, qui ne connnisseul point la rente.
(G) Tout ceci ne s appliquo nalurellemenl qu'aux marchandi.ses, dont U pruduclion se relie d'une moniere exclusive à corlnines looalilés.
Comme Tachât d'une terre n'est pas autre chose que l'échange de cette terre contre un capital en argent (1), le prix d'achat d'une terre dépend, en général, de l'élévation de la rente qu'on en retire, comparée avec l'intérêt du capital employé pour l'acquérir. Il monte ou baisse, comme la rente elle-même, lorsque le taux de l'intérêt demeure invariable; si c'est la rente qui ne change point, le prix s'élève ou s'abaisse en même temps que le taux de l'intérêt, mais en sens inverse (2). Si le prix des terres augmente, il ne faudrait pas toujours en conclure que la nation elle-même devient plus riche, car cela peut bien être le résultat d'une dépréciation de l'argent, ou bien d'une baisse du taux de l'intérêt, causée par la difficulté de trouver des placements avantageux. — On prétend généralement que les terres ont coutume d'être payées au delà du capital en argent, d'un rendement égal(ô). Cela lient, abstraction faite de la compétition des propriétaires, pour l'acquisition des parcelles de terrain, ainsi que des privilèges politiques et sociaux de la propriété territoriale, à la plus grande sécurité qu'elle semble offrir (4), bien qu'elle soit, certes, fort exposée en temps de guerre et aux époques d'agitation politique. Le fait lui-même, qu'il s'agit d'expliquer, ne se manifeste qu'aux époques de progrès économique véritable, alors que tout semble favoriser de légitimes espérances; il repose sur la prévision de la hausse de la rente foncière, et de la baisse du taux de l'intérêt.
On a remarqué en Belgique que dans chaque province ayant un caractère économique particulier, le prix moyen du fermage produit un intérêt d'autant plus faible, comparativement au prix d'achat, ([uela contrée est plus fertile, qu'elle renferme une population plus compacte et qu'elle compte relativement un plus grand nombre de fermiers que de propriétaires, se li-
vrant eux-mêmes à la culture (5). Cela tient à ce que ces circonstances sont ordinairement l'apanage d'une civilisation plus avancée, et que la baisse du taux de l'intérêt est Teffet ordinaire du progrès de la civilisation (§ 185) (6).
(1) Lorsqu'on parle d'iiii acquéreur de terres, on dit vulgairement qu'il a « eiifoni dans ses domaines , qu'il leur a irrévocablement appliqué, etc., » le capital au(|uel s'élève le prix d'acquisition. Mais cette façon de parler peut être mise sur la même ligne que cette autre expression fort usitée : « Le soleil se lève, le soleil se couche. »
(2 K : z = G : r, si K représente le capital, z l'intérêt de ce capital, G la terre et r la rente de celle terre.
(3) On voit déj i chez les anciens Grecs que le fermage dune terre ne procurait au capital consacré à son acquisition qu'un intérêt moindre que celui qu'il était d'usage de percevoir généralement dans les autres placements [lsœus,ue llagn.,42; Salmasins, De modo usur., p. 848).
(4 Xortlt et Locke ; CanlUlon (Nature du commerce, p 29 i].
'Ö) Le prix moyen du fermage en Belgique était en 1830= 57. 2o fr.; 18.35 = 62.48 ; 1840 = 70,44 ; 1846 = 74,50 fr. par hectare. Ce revenu établissait l'intérêt du prix d'achat ä raison d'à peu près 2,62 à 2,80 pour 100, en moyenne 2,07. Si l'on calcule en outre l'augmentation du prix des terres de 1830 à 1846, en divisant le total par 16, le proiiiiit annuel moule de 2,67 à 3,91 pour 100, el répond ainsi d'une n)aniére assez exacte an taux moyen de l'intérêt hypothécaire ; tantôt plus élevé, tantôt plus bas dans chaque province, parallèlement à ce dernier. (Heuschling, Résumé du recensement général de 1846, p. 89). En France, les terres ne rapportent guère, relativement à leur prix d'achat, (|iiede2ii 3 pour 100; ui:\\< la rente foncière et le prix du sol ont doublé de 1794 à 1844 (Journal des Econom., IX, p. 208).
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