‹ Principes d'économie politiqueChapitre 10 sur 38 · HAUMO.XIE DES TROIS BKAXCUES DU REVENU · texte numérisé non relu

HAUMO.XIE DES TROIS BKAXCUES DU REVENU

Avec les progrès de la culture économique, la différence individuelle des trois branches du revenu se dessine sans cesse d'une manière plus tranchée (1). L'antagonisme entre le propriétaire foncier, le fermier et le travailleur, absolument inévitable, au dire de Ricardo, n'existe point au moyen âge, puisque propriétaire et fermier ne forment d'ordinaire qu'une seule et même personne, et que le travailleur est esclave, ou bien se trouve protégé contre la concurrence proprement dite par la coiidilion de paysan. Il en est exactement de même en ce qui concerne Taclivité industrielle de cette époque, où elle ne rejiose que sur les métiers et sur l'industrie domestique (2).

A mesure que la division du travail se manifeste, la diversité des aptitudes se trouve mieux utilisée, mais elle se développe aussi davantage, et les différences sont plus fortement accentuées. A côté de la classe des ouvriers qui, vouée uniquement au travail, conçoit à peine l'espérance de posséder un capital ou un coin de terre (3), s'élève parallèlement une classe de capitalistes, qui acquiert chaque jour une plus haute inq)ortance.— Au point de vue purement économique, cette transformation oflVe

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de grands avantages. Combien la présence d'une classe spéciale de ca])ilalistes ne doit-elle pas faciliter la concentration des capitaux, si favorable à la production, ainsi que leur oscillation qui contribue tant à niveler les prix ! Les capitalistes « oisifs » ont eux-mêmes du moins cela de bon, que sans eux l'homme capable, mais dépourvu de ressources, ne pourrait jamais s'élever au rang d'entrepreneur indépendant. Il est vrai que., si la ligne de démarcation s'élargit par trop, elle peut susciter un mal immense, à la fois politique et social (§ 55) (4).

(1) Chez les peuples en décadence, la renie foncière et l'intérêt du capital se confondent dans les mêmes mains, car les capitalistes s'emparent ordinairement de toute la propriété foiiciére.

(2) Si les anciens auteurs, tels ([ne Steuart, par exemple, jiarleül si peu de capital, de travail et de renie foncière, mais seulement de la ville et de la campagne, cela ne provient nulknient de leur ii^Mior.iuce. La différence qui existait entre celles-ci était bien plus saillante et nv;iit de leur temps beaucoup plus d'iniporlaiice qu'aujourd'luii, tandis (|uc le développement relatif des trois sources du revenu en avait beaucoup moins. D'antre part, quand Colton (Public economy for the Un. States, 1848, p. 155, seq.) prétend que, du moment où les trois branches de revenu ne sont pas aussi distinctes en Amérique qu'en Europe, toute notre science économique avec ses théories ne saurait convenir à l'Amérique, il oublie (|ue la science ne doit pas être sinqilement le contre' moule, mais l'analyse de la réalité.

(3) C'est un trait caractéristique de l'époqueactuelle, que lorsqu'il est question en général d'ouvriers, on entend parler de ceux qui travaillent moyennant salaire, et souvent même seulement de journaliers. En Prusse, vers ISOo, 17.8 pour 100 de la population vivaient du salaire qu'ils obtenaient en louant leur travail, et en IBiO, 22.8 pour 100 étaient journaliers, domestiques, compagnons et ouvriers de fabriques [Dieterici).

(■4) Ricardo (Principles, ch. iv) fait ressortir le côté favorable de la question; Sisinondi (N, P., I, p. 268), au contraire, le mauvais côté. Ce dernier pense que le capital, et le sol nécessaire pour son exploitalion, seraient mieux placés dans la même main. En fait, l'existence solide d'une classe de paysans capables (également d'une classe j)areille d'ouvriers) fournit le meilleur moyeu pour empêcher les périls d'un divorce trop tranché entre les diverses branches du revenu.

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Toute classe, dans laquelle se personnifie une branche du revenu, doit avoir conscience que son intérêt marche d'accord avec celui de l'économie publique tout entière. Lorsque le revenu national, pris dans son ensemble, augmente, chacune de ses branches en particulier peut grandir, sans détriment pour les autres, et elle grandit ainsi en réalité (l). La classe des propriétaires fonciers doit, plus qu'aucune autre, envisager ses intérêts comme liés, de la manière la plus intime, à la prospérité de la nation tout entière. Il est facile aux ouvriers d'émigrer; pour les capitaux, c'est plus facile encore! L'Angleterre, de nos jours, ne saurait faire la guerre sans avoir à combattre, du moins au début, des capitaux anglais (2). « LàoU est votre trésor, là est aussi votre cœnrï » Le sol seul demeure immobile ; il ne peut ni échapper à la pression de l'impôt, ni se soustraire aux nécessités de la guerre, et il ne saurait non plus, par suite d'un délit, se réfugier en pays étranger (5, 4).

iMais aussi il est indubitable que la faculté de mettre sa fortune à l'abri et de la transporter, dans son portefeuille, en pays étranger, où l'on peut, pour son argent, se procurer presque les mêmes agréments, vivre de la même manière, et conserver les liabitudes de son propre pays, constitue, dans certaines circonstances, un élément essentiel de liberté poHtique et religieuse.

Du reste, la qualité ou le défaut, qui distingue ceux qui possèdent, c'est-à-dire la crainte de tout changement, quand elle serait môme indispensable, doit être commune à la rente foncière et au capital. Eu présence d'une séparation tranchée des diverses branches de revenu, ce sera donc toujours un problème difficile h résoudre, et cependant inévitable, que de relier d'une manière active les intérêts du simple travailleur aux intérêts de l'Etat (5).

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Dans toute période calme, car cela ne saurait avoir lieu aux époques de crise et de transition dont nous avons parlé {§ 24), il existe une opinion. Ton pourrait dire une conscience publique, appelée à prononcer sur le service et la rétribution, qui envisage comme équitable une certaine proportion entre les trois branches du revenu. Tout homme, animé d'un sentiment de justice, est satisfait quand il voit cette proportionnalité établie, et la satisfaction qu'il éprouve est pour la production une condition essentielle de prospérité, puisqu'elle détermine la coopération active de tous ceux qui possèdent des fonds ou des forces. C'est toujours un malheur que de dévier de la ligne tracée par ce sentiment d'équité ; mais ce malheur est surtout redoutable, si on le fait au détriment du salaire. On ne doit jamais oublier que la rente foncière est un présent de la nature, et V intérêt un fruit ultérieur, conquis par l'épargne, à la suite de travaux qui déjà ont obtenu leur rémunération. L'élévation du salaire élève d'ordinaire à une plus haute puissance Tefficacité du travail, ce qui n'est point le partage de la rente ou de Vintèrêt{Q).

L'activité générale est, dans tous les cas, le meilleur moyen de maintenir Tharmonie entre les diverses branches du revenu (7).

(1) L'opposition qu'où remarque sur ce point entre Ad. Smith (à la fin de sou premier livre) et Ricardo (cli. xxiv) caractérise bien les époques où vivaient ces deux écrivains. Selon Smith, l'intérêt particulier des propriétaires et des ouvriers se développe toujours parnliélcnient à l'intérêt général; seulement ces deux classes peuvent facilement être induites en erreur sur leur intérêt véritable. Les capitalistes comprennent à merveille leur avantage particulier et le font valoir avec beaucoup d'ardeur; mais celui-ci est en désaccord avec l'intérêt général, en ce sens que le profit s'élévc plus haut chez les peuples pauvres et chez ceux qui déclinent, que chez les nations riches et tlorissantes. Ricardo pense, au contraire, que Tintcrêtdes propriétaires fonciers est en opposition avec tous les autres, car il gagne à voir les frais de 'production du 6/é, etc., s'élever aussi haut que possible. — En même

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